L'Ile au trésor, Robert-Louis Stevenson, 1883

coquillage



L'ïle au trésor deviendra — s'il ne l'est déjà — et demeurera un classique dans son genre, grâce à cet indescriptible mélange de prodiges et d'humanité, de coïncidences surprenantes et de sentiments familiers.

Henry James, avril 1888, extrait d'un article paru dans Country Magazine.





Les origines du roman

Stevenson, le 25 août 1881, raconte à son ami W.E. Henley qu'il écrit un roman destiné à la jeunesse qui s'intitulera Le Cuisinier du bord ou L'Île au trésor et dont il espère tirer un bon prix. Il est alors en vacances dans un cottage de Braemar, en Ecosse, et il pleut...




[...] Seras-tu étonné d'apprendre que c'est une histoire de boucanerie, qu'elle commence dans l'auberge de L'Amiral Benbow, sur la côte du Devon, que tout tourne autour d'une carte, d'un trésor, et d'une mutinerie, d'un navire mal en point, d'un courant et d'un beau M. Trelawney (le vrai Tre, dépouillé de toute littérature et de tout péché, pour convenir aux jeunes esprits) et d'un docteur, et d'un autre docteur, et d'un cuisinier unijambiste, et d'une chanson de marins avec refrain "Hisse et Ho! Et une bouteille de rhum!" (au troisième Ho virer au cabestan), qui est une vraie chanson de boucanier, connue seulement de l'équipage de feu le capitaine Flint (tué par le rhum à Key West, fort regretté, le présent avis tient lieu de faire part).
[...]
Pas de femmes dans l'histoire, ordres de Lloyd* ; et qui s'est empressé d'obéir ? C'est extrêmement amusant d'écrire des histoires pour la jeunesse. Il suffit de céder au plaisir de son coeur, c'est tout ; pas de difficultés, pas de tension. La seule chose ardue c'est qu'il faut leur trouver une fin. [...]

* Lloyd Osbourne : le fils de Fanny, épouse de Stevenson, alors âgé de treize ans.

Lettres du vagabond, Correspondance, NiL editions, 1994




Quelques années plus tard, en 1894, dans un texte intitulé "Mon premier livre" (bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'un premier livre, l'auteur ayant déjà beaucoup écrit et publié) Stevenson racontera ainsi la genèse de ce roman qui le rendit célèbre. Durant les après-midi pluvieuses il s'amuse, avec son beau-fils Lloyd,  à "faire [...] des dessins coloriés" :




A l'occasion d'une de ces séances, je dessinai la carte d'une île. Elle était très soigneusement et (du moins pensai-je) très joliment coloriée. Sa forme, en particulier, accapara mon imagination au-delà de toute expression. Il y avait des criques, des ports, qui m'enchantaient autant que des sonnets, et, avec l'inconscience des prédestinés, je baptisai mon oeuvre Treasure Island. [...] Qui ne se souvient d'avoir, enfant, plongé sa tête dans l'herbe, en imaginant y voir une forêt miniature, grouillante d'habitants, parcourues d'armées féeriques ? C'est un peu ainsi, tandis que je m'absorbais dans la contemplation de mon île au trésor, que je vis apparaître peu à peu, sortant de bois imaginaires, les futurs personnages du livre. Leurs visages brunis, leurs armes étincelantes se laissaient entrevoir par brefs instants, là où je ne les attendais pas, passaient et repassaient devant mes yeux [...] j'eus, pour le personnage de John Silver, une idée dont je me promettais de tirer beaucoup d'amusement : prendre un de mes amis, que j'admirais (que le lecteur, probablement, connaît et admire autant que moi), le priver de ses plus belles qualités, des traits les plus nobles de son caractère, ne rien lui laisser que sa force, son courage, sa rapidité de réflexe, un tempérament à toute épreuve, et tenter d'exprimer tout cela en des termes correspondant à la culture d'un rude loup de mer. Une telle chirurgie psychique est, je crois, un moyen assez courant de "composer un personnage". C'est même probablement le seul.

Essai sur l'art de la fiction, traduction de France-Mary Watkins et Michel Le Bris, éd. de La table ronde, 1990




carte de l'île

Carte remplaçant celle qu'avait dessinée Stevenson et avait été égarée par l'éditeur ; l'auteur la refit en partant de son récit si bien qu'elle devient le point d'aboutissement du roman et non plus son point de départ.
"L'île devait faire environ neuf milles de long et cinq milles de large ; elle avait à peu près la forme d'un gros dragon dressé sur les pattes arrière ..." (I, 6)





Hetzel

Frontispice de l'édition Hetzel de 1885.
Dessins de Georges Roux.




La publication

Le roman est d'abord publié en feuilleton dans une revue pour la jeunesse, Young Folks, du 1eroctobre 1881 au 28 janvier 1882, sous pseudonyme (Captain George North)  avec un succès très relatif. La publication en volume, en 1883, diffère assez considérablement de la première version du roman. Stevenson, en particulier, a remanié ses dialogues ; a peaufiné le langage de Long John Silver capable de s'exprimer avec raffinement autant qu'avec brutalité selon ses interlocuteurs ; a donné à son jeune narrateur, Jim Hawkins, un caractère un peu plus complexe que dans la version du feuilleton.

La structure du texte

Le roman s'ouvre sur deux dédicaces, la première "A l'acheteur hésitant" met le récit sous le signe des "romances d'antan", c'est-à-dire de l'imagination, de la fantaisie, du romanesque par opposition au réalisme en vigueur au moment où Stevenson écrit ; la deuxième à son beau-fils, Lloyd, le jeune garçon avec lequel il dessina l'île et avec lequel  plus tard il écrira divers récits.
Le roman est divisé en six parties entre lesquelles sont répartis les 34 chapitres qui le composent. Parties et chapitres portent tous des titres et hormis pour une part de la quatrième partie, "Le Fortin" (chapitres 16,17 et 18), qui a pour narrateur le docteur Livesey, le récit est raconté par Jim Hawkins, longtemps après l'aventure, à la demande de ceux avec qui il était parti sur l'Hispaniola ("Hawkins sera du voyage comme mousse." I, 6) : "le seigneur Trelawney, le docteur Livesey et les "autres messieurs".
La structure interne est très proche de celle du conte avec une brève situation initiale dans laquelle deux éléments perturbateurs vont intervenir: l'arrivée à l'auberge des parents du narrateur d'un "vieux marin basané, au visage entaillé d'une balafre" qui inquiète autant qu'il a l'air inquiet, puis  celle d'un aveugle lui aussi fort inquiétant.  L'aventure pour Jim commence alors vraiment, après la découverte de la carte du trésor, par un déplacement à Bristol pour s'embarquer sur l'Hispaniola frêtée par le seigneur Trelawney.
Chez Stevenson, il n'est pas de véritable aventure sans que la mer y joue un rôle de choix.
Les péripéties s'enchaînent ensuite à un rythme rapide et l'élément rééquilibrant, la présence de Ben Gunn dans l'île, permet une rapide résolution de l'aventure.
Le récit est, dans ses épisodes mouvementés, un apprentissage pour le jeune Jim Hawkins qui le fait passer du stade de l'enfance (séparation d'avec les parents, abandon d'un lieu familier et clos) à celui de jeune adulte, non sans mal par ailleurs, non sans deuils aussi.








couverture du livre de poche

Couverture du livre de poche représentant Long John Silver





A voir : le travail d'un illustrateur contemporain, Vincent Dutrait.
Des représentations diverses de pirates, en particulier celles d'Howard Pyle
A visiter : un site sur les pirates



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