L'Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, Robert-Louis Stevenson, 1886

coquillage


Portrait e Stevenson

Portrait de Stevenson par Girolami Nero, 1892.

L'écrivain

Robert-Louis Balfour Stevenson est né à Edimbourg (Ecosse) en 1850. Son enfance est marquée par la maladie, celle de sa mère, mais aussi les siennes, si bien qu'il passe beaucoup de temps dans sa chambre. Et dès l'âge de six ans dicte des histoires à sa mère.
En 1867, il entre à l'université. Le projet est de devenir ingénieur, mais c'est davantage un projet familial que le sien propre. En 1871, il abandonne ces études pour se tourner vers le droit et surtout il ne cesse jamais d'écrire : des relations de ses voyages, des critiques littéraires. Très au fait de la littérature française, il a écrit un essai sur Charles d'Orléans (1876) et en projette un autre sur François Villon qu'il ne mènera pas à bien mais dont il fera la source d'une nouvelle,.
En 1876, il rencontre la femme qu'il épousera en 1880, Frances (Fanny) Van de Grift Osbourne, une américaine.
En 1878, Stevenson voyage dans les Cévennes, à pied, avec un âne. De ce périple naît Voyage avec un âne dans les Cévennes, publié en 1879.
Il écrit toujours énormément, et en 1883, publie un roman qui devient vite un classique, L'Île au trésor.
Dès 1883, ses troubles pulmonaires s'aggravent. Lui et Fanny vont chercher des endroits où le climat soit plus adapté à sa maladie. Ils vivront ainsi en France, à Hyères, puis aux Etats Unis dans les montagnes Adirondacks. En janvier 1886 paraît L'Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. En 1888, Stevenson et sa femme louent un yacht pour une croisière dans le Pacifique. Le climat semble lui être bénéfique et après des haltes dans plusieurs îles (Tahiti, Honolulu), ils achètent une propriété, "Vailima", sur l'île D'Upolu dans les Samoas, où Fannny s'installe en 1890 pour la rendre habitable. Stevenson, rentré en Angleterre, la rejoint en 1891. Et il continue à écrire.
Comme il a écrit toute sa vie, c'est en écrivant (plus exactement en dictant son dernier roman) qu'il meurt, d'une embolie cérébrale le 3 décembre 1894.





Le roman est traduit en français dès 1890.
Depuis, son succès ne s'est pas démenti, d'autant qu'il a inspiré de très nombreux cinéastes.

Les origines du roman :

Stevenson raconte que le récit est né d'un rêve (Un chapitre sur les rêves, 1887), comme beaucoup d'autres, et il l'attribue à un petit personnage qu'il nomme "brownie", "démon familier" et qui change avec les histoires, si bien que ses collaborateurs invisibles sont très nombreux. Il emprunte ce nom à des légendes écossaises, dont il était familier. Ces petits personnages ont été popularisés, dans les années 1880, par l'Américain, Palmer Cox.



Les Brownies sont des lutins espiègles inspirés d’une légende écossaise qui vivent leurs aventures dans l’Amérique du Nord des années 1880-1920. Lors de leurs joyeuses escapades, toujours nocturnes, les Brownies imitent maladroitement les activités des humains à qui ils souhaitent pourtant venir en aide. Curieux, désordonnés, imprévisibles et téméraires, les Brownies s’amusent de toutes les situations; tantôt sportifs, navigateurs, écoliers ou explorateurs ils savent captiver le cœur et l’esprit des enfants anglo-canadiens et américains de l’époque, leur faisant découvrir de manière amusante le monde changeant qui les entoure.
Pour en savoir plus


 C'était une manière amusante de mettre en place un "inconscient" aux temps où le docteur Freud n'avait pas encore vraiment montré comment fonctionnait l'esprit humain.
Mais cela n'empêche pas que le thème, celui du double, était présent depuis longtemps, dans les oeuvres de Stevenson, même s'il prenait d'autres voies pour se faire entendre, le plus souvent en incarnant dans des personnages distincts les qualités et les défauts que le héros devait rejeter ou s'approprier au cours de l'histoire. C'est dire que la dualité est un thème récurrent dans les oeuvres de l'auteur.

couverture Folio 2003

Première de couverture de la collection Folio-classique (Gallimard, 2003) : reproduction de l'affiche du film de Mamoulian, 1932.


La structure du récit

L'auteur l'a divisé en dix chapitres qui ne sont pas numérotés mais tous titrés, depuis le plus énigmatique, le premier, intitulé "Le mystère de la porte" (Que se cache-t-il derrière une porte fermée ?) jusqu'au dernier qui annonce un dévoilement puisqu'il s'intitule "Jekyll donne sa version complète de l'affaire".
Ce récit se présente comme une enquête policière menée par le premier personnage présenté : le notaire Utterson. Quel rapport inquiétant peut-il y avoir entre un homme connu et respecté, le docteur Jekyll, et un jeune homme inquiétant et violent, nommé Edward Hyde ? Comme toute enquête policière, il offre à la sagacité des lecteurs de multiples indices, mais aussi des fausses pistes.
Les narrateurs
Le récit est à la fois simple à lire mais complexe dans son organisation. Un premier narrateur (extérieur à l'histoire) prend en charge le récit : "M. Utterson, notaire de son état, était un homme à la mine austère..." Mais ce narrateur suit de si près les pas de Utterson que très souvent c'est à travers lui (narrateur interne) que le lecteur prend connaissance des faits. Toutefois, pour résoudre vraiment le mystère, il faudra deux autres narrateurs : le docteur Lanyon, qui ne dévoilera qu'une partie de l'affaire et le docteur Jekyll, dont la "confession" permettra à Utterson, et au lecteur par la même occasion, de connaître la vérité.

Un roman fantastique - le thème du double

Malgré ce que Stevenson appelle "la poudre médecinale", le roman appartient bien au genre fantastique, puisqu'il raconte l'histoire d'un dédoublement. Qui est M. Hyde ? comme son nom, transparent, l'indique, il est ce qui est "caché", ce qui ne peut venir au jour, sous peine de détruire la société et l'homme même qui l'a laissé sortir de l'ombre où il devait rester.
Par certains aspects, il rejoint la nouvelle de Maupassant, "Le Horla", exactement contemporaine du roman de Stevenson puisqu'elle est publiée en 1885.
Si le thème du double est très ancien, ce n'est qu'avec le romantisme qu'il prend une importance certaine ; d'abord, en Allemagne où Jean Paul iinvente le terme "Döpplerganger", en 1796. Ce mot veut dire "celui qui marche à côté, le compagnon de route", et Stevenson avait écrit une première nouvelle intitulée "Le Compagnon de voyage", avant de se lancer dans l'aventure du docteur Jekyll. Les romantiques vont explorer la dualité de l'être humain qui est une très ancienne idée : l'être humain n'est-il pas homme et femme, corps et esprit, imagination et raison ? Le plus souvent pour tenter de la dépasser vers une nouvelle unité de la personne, du moi.
Dans la deuxième moitié  du XIXe siècle, cette dualité du moi (je et le double, l'autre) va s'exprimer dans une opposition (comme chez Stevenson et Maupassant), l'autre, le double devient un persécuteur, une forme de "monstre" visant à détruire "je", le "moi social", en quelque sorte.


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