Les Fourberies de Scapin, Molière, première représentation, 24 mai 1671, "sur le Théâtre de la salle du Palais-Royal".

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A propos de Molière ce site contient aussi
: 1. Une biographie de Molière - 2. Une présentation de L'Avare - 3. Une présentation des Précieuses ridicules -






La pièce ne connut pas un grand succès immédiat : 18 représentations du 24 mai au 18 juillet.
Elle n'est reprise qu'après la mort de Molière, en 1673, avec un succès qui, alors, ne se démentira plus puisqu'elle continue toujours à être jouée.
Molière tire l'intrigue d'une pièce, Phormion, de Térence, un dramaturge latin (Ier siècle av. J.-C.) fort apprécié au XVIIe siècle, et la scène de la bâtonnade dans le sac est certainement empruntée à Tabarin, farceur français du début du siècle.
Boileau, en tous cas, dans son Art poétique, chant III, vers 393-398, (1674) les donne comme source :
[...] Molière, illustrant ses écrits,
Peut-être de son art eût remporté le prix,
Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures,
Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures,
Quitté pour le bouffon, l'agréable et le fin,
Et sans honte à Térence allié Tabarin.

Son personnage principal, Scapin, vient, lui, de la Commedia dell'arte. C'est un "zani", comme Arlequin,  c'est-à-dire un valet astucieux d'origine milanaise. La troupe de Molière a cohabité un certain temps avec les comédiens italiens, comme en témoigne une peinture anonyme du temps présentant ensemble les deux troupes.
Comme elle emprunte beaucoup à la Commedia dell'arte (et le lieu de l'action est Naples, ville italienne), la pièce doit beaucoup à la tradition de la farce.




La Farce :

le mot vient du latin farsus, participe passé de farcire signifiant "engraisser des animaux" ou "garnir, bourrer". En cuisine, la farce est un hachis d'aliments que l'on met dans une préparation culinaire.
Au XIIIe siècle, le latin médiéval farsa désigne les intermèdes en langue vulgaire introduits dans les cérémonies religieuses, puis au XIVe le mot a le sens "d'histoire plaisante illustrant un propos" et enfin au XVe il désigne une petite pièce comique.
En se développant et en devenant autonome, la farce crée ses propres règles : des personnages "types" issus de la vie populaire (femmes fortes — mégères ou viragos —, moines ou prêtres dévergondés et hypocrites, maris trompés, pères autoritaires qui seront bernés, valets malins, etc.) ; des sujets empruntés aussi à la vie quotidienne : scènes de ménage, disputes, manières de tromper les autres ; une utilisation plaisante du corps et des fonctions naturelles qui va jusqu'à la grossièreté et l'obscénité.
L'objectif de la farce est de faire rire. Ce rire repose sur des comiques de situation dont le plus répandu est celui du trompeur-trompé.
Au XVIIe siècle, les farces sont surtout du théâtre de rue, joué sur des tréteaux avec une simple toile de fond et quelques accessoires. On les présente à l'occasion des foires (en automne) ou pendant le carnaval.
Les acteurs peuvent jouer masqués ou le visage enduit de farine.




Personnages de la pièce :

Argante (père d'Octave et de Zerbinette) : son nom vient d'une épopée italienne en vers du XVe siècle, La Jérusalem délivrée, Le Tasse. C'est celui d'un guerrier, donc un nom à connotations positives. Ce qui ne l'empêche pas d'être avare et autoritaire, comme la majorité des pères de Molière.
Géronte (père de Léandre et de Hyacinte) : nom construit sur le mot grec Géron : vieillard. Le mot a de fortes connotations négatives. Comme souvent, chez Molière, vieux et père, il est avare
Octave (fils d'Argante et amant de Hyacinte, ce qui signifie qu'il aime la jeune fille et en est aimé en retour)
Léandre (fils de Géronte et amant de Zerbinette)
Zerbinette (fille d'Argante, amante de Léandre) : le nom vient de la Commedia dell'arte et correspond à un rôle d'amoureuse galante. Ce nom convient à une "Egyptienne", c'est-à-dire à une bohémienne caractérisée par des vêtements très colorés.
Hyacinte (fille de Géronte et amante d'Octave)
Scapin (Molière le définit par son statut social : valet de Léandre et par une caractéristique morale : fourbe) : le nom vient de la Commedia dell'arte, c'est celui d'un "zani"  (valet), originaire de Milan, il est rusé, habile et trompeur. Il apparaît en France, à l'époque de Louis XIII, joué par Francesco Gabrieli, définitivement "typé" par Mezzetin (un autre acteur ) :
Callot, 1618

Jacques Callot (1592-1635) : Le zani ou Scapin, vers 1618. Eau forte rehaussée de burin.
Musée de Strasbourg
justaucorps, culotte et manteau rayés de rouge et de blanc, vaste bonnet de même étoffe.
Le rôle, à la création, est tenu par Molière, non parce que c'est le rôle principal mais parce que c'est le personnage qui doit faire rire.
Sylvestre  (valet d'Octave) : le nom vient du latin sylvester ou silvester signifiant "qui grandit dans la forêt" ; "homme des bois", Sylvestre n'a rien de la finesse ni de la rouerie de Scapin, il est prudent et méfiant mais se laisse aussi entraîner par la verve et l'énergie de Scapin et lui sert de complice.
Nérine (nourrice de Hyacinte)
Carle ( fourbe) : il sert de messager, il aide Scapin à organiser son dernier tour.
Deux porteurs

Les Fourberies de Scapin

Théâtre du Guichet Montparnasse, Paris, 2003, mise en scène de Philippe Lisiecki avec Eric Malfosse (Argante) et Olivier Zaro (Scapin) – scène 7, acte 2 –



Les Fourberies de Scapin

Comédie Française, Paris, 1997, mise en scène de Jean-Luc Benoit. De gauche à droite : Léandre (Y. Duffas), Scapin (Philippe Torreton), Octave (A. Pavloff).

A voir et entendre : la présentation des Fourberies de Scapin sur le site du théâtre Roumanoff.
A voir et écouter :  une conférence sur la farce de Bernard Faivre, sur le site l'Université ouverte de Cergy-Pontoise.

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