4 février 1688 : Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, dit Marivaux.

coquillage





Ce jour-là naît, à Paris, le bébé qui deviendra Marivaux. Quand il a 11 ans, sa famille part pour Riom où le père a été nommé directeur de l'Hôtel des monnaies. Comme nombre de ses contemporains, il sera formé par les Oratoriens et aura de solides connaissances en latin, ce qui ne l'empêchera pas d'être un partisan convaincu des "Modernes". Il revient à Paris, en 1710, pour y faire, toujours comme nombre de ses contemporains, des études de droit. En fait, il ne fera que de la littérature.
En 1712, sa première pièce, Le Père prudent et équitable ou Crispin l'heureux fourbe, est jouée... sans succès... Il se tourne vers le roman et le burlesque  ( La Voiture embourbée,  en 1714 ; L'Iliade travestie, en 1717). Il fréquente les salons et commence à se faire connaître, en rédigeant pour le Nouveau Mercure une série d'essais à teneur "sociologique". Puis en 1721, il fonde un journal, Le Spectateur français, qui paraîtra avec succès jusqu'en 1734. (Les curieux pourront le lire ICI)
Son premier succès, relatif, il est vrai, est dû, en 1720,  à Arlequin poli par l'amour qu'il a confié aux Comédiens italiens. Dès lors, il donnera l'essentiel de ses pièces à cette troupe, où Mme Bellotti dite Sylvia, sera son interprète la plus brillante, mais il n'en continuera pas moins à tenter sa chance à la Comédie Française : prestige  oblige. Il  confiera aux comédiens français neuf comédies, dont trois seulement remporteront un certain succès : La Seconde surprise de l'amour en 1727, Le Legs en 1736 et Le Préjugé vaincu en 1746.
On peut dire que c'est à partir de 1730 que Marivaux conquiert vraiment un public. Il lui aura donc fallu un peu plus de dix ans pour imposer un autre théâtre, n'obéissant plus aux règles classiques.

Après 1742 (année de son élection à l'Académie française), les oeuvres de Marivaux sont peu nombreuses et relèvent de l'essai pour l'essentiel. Il s'éteindra en 1763, en laissant un théâtre qui sera de plus en plus joué et apprécié.
Il laissait aussi deux romans inachevés : La Vie de Marianne (1731 / 1741) et Le Paysan parvenu (1734 / 1735) qui témoignent, tous deux, des mutations sociales à l'oeuvre dans la première moitié du XVIIIe siècle, et tout autant que son théâtre, de la finesse de ses analyses psychologiques.


portrait de Marivaux 

Portrait de Marivaux par J.-B. Van Loo (Comédie Française)

Sainte-Beuve, qui savait lire, en disait ceci, que rapporte Pierre Larousse dans son Dictionnaire :




Toutes ses pièces se ressemblent plus ou moins ou ne diffèrent que par des nuances déliées. On a très bien remarqué que dans ses comédies, en général, il n'y pas d'obstacle extérieur, pas d'intrigue positive ni d'aventure qui traverse la passion des amants : ce sont des chicanes de coeur qu'ils se font, c'est une guerre d'escarmouche morale. Les coeurs au fond étant à peu près d'accord dès le début et les dangers ou les empêchements du dehors faisant défaut, Marivaux met la difficulté et le noeud dans le scrupule même, la curiosité, la timidité ou l'ignorance, ou dans l'amour-propre et le point d'honneur piqué des amants. Souvent ce n'est qu'un simple malentendu qu'il file adroitement et qu'il prolonge. Ce noeud très léger, qu'il agite et qu'il tourmente, il ne faudrait que s'y prendre d'une certaine manière pour le dénouer à l'instant ;  mais il n'a garde de le faire, et c'est ce manège bien mené et semé d'accidents gracieux qui plaît à des esprits délicats. Marivaux, au théâtre, aime surtout à démêler et à poursuivre les effets et les conséquences de l'amour-propre dans l'amour.  Tantôt, dans Les Serments indiscrets, c'est l'amour-propre piqué qui s'engage à l'étourdie et qui retarde et complique un aveu qui de lui-même allair échapper des lèvres; tantôt ce même amour-propre piqué  et la pointe de jalousie qui s'y mêle (dans L'Heureux stratagème) réveillent un amour trop sûr qui s'endort et le ramènent au moment où il allait se changer et dégénérer en estime ; tantôt, comme dans Les Sincères, dans La Double inconstance,  l'amour-propre piqué ou flatté détache, au contraire,  l'amour et est assez fort pour le porter ailleurs et le déplacer.



Et Voltaire, qui lui en voulait peut-être d'avoir été élu à  l'Académie française au moment où lui-même était candidat (1742), affirmait dans une de ses lettres du 27 avril 1761 : "Il passait sa vie à peser des riens dans des balances de toiles d'araignée."

Watteau
Watteau (1684 - 1721), "Couple assis", vers 1716 (dessin)

Il est de tradition d'associer Watteau à Marivaux : pour la finesse, l'élégance, la délicatesse, et parce que ses toiles paraissent l'illustration du marivaudage (une illustration anticipée...).
Marivaux, en effet, n'a pas seulement enrichi la littérature, mais aussi la langue en inspirant deux mots  : marivauder et marivaudage.
Marivauder = apparaît en 1760, employé par Diderot, au sens d'échange raffiné, de réparties galantes et un peu précieuses, avec une légère connotation négative : tout cela n'est pas sérieux. Le nom "marivaudage" est attesté en même temps  et découle du verbe. Mais Frédréric  Deloffre,  qui lui a consacré une longue et savante étude, Une précisosité nouvelle. Marivaux et le marivaudage, Armand Colin, 1967, y voit lui, un instrument très affiné d'analyse psychologique et une quête de la sincérité :  "une tentative pour passer d'un langage de convention à la langue qui parle à l'âme, qui, elle,  ne prend jamais un mot pour un autre". (p. 216)
En quoi il était d'accord avec Jean Giraudoux, dont le théâtre doit beaucoup à Marivaux.


A consulter
: deux études (sur les rapports maîtres-valets,) celle des Fausses confidences, par J. Llapasset et celle du Jeu de l'amour et du hasard, par J. Masson sur le site de Philagora.


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