13 avril 1906 : Samuel Beckett

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A propos de Samuel Beckett ce site contient
: 1.  Une présentation de En attendant Godot ; 2. Des mises en scène de la pièce  ; 3. Le rôle de l'arbre  dans En attendant Godot -





C'est à Foxrock, banlieue aisée de Dublin (Irlande), dans une famille de la bourgeoisie protestante, que naît Samuel Beckett, quatre ans après son frère aîné, Frank Edward.
Après des études de langues, achevées sur une double licence de français et d'italien, à l'université de Dublin, Beckett vient à Paris où il travaille comme lecteur à l'Ecole Normale supérieure (1928), il fait la connaissance de James Joyce et devient son ami ; amitié compliquée qui connaît de nombreuses tribulations, mais qui influence ses premiers écrits de manière certaine et sa réflexion sur la littérature.
De retour à Dublin, il est assistant au Trinity College, publie un essai sur Proust et traduit James Joyce. Tout semblait devoir orienter Beckett vers une carrière universitaire, mais l'enseignement n'est pas son fait et il démissionne, en 1932 : parti, pendant les vacances de Noël effectuer un périple en Allemagne, il se contente d'aviser par télégramme qu'il ne reprendra pas son poste ; après l'Allemagne, il rejoint Paris. Il y traduit, en anglais, les surréalistes (Breton, Eluard, Crevel). Il écrit alors des poèmes, des nouvelles en anglais. Puis il rentre à Dublin, sans trop savoir ce qu'il va faire.
Entre 1933 et 1937, il est à Londres ou à Dublin. A Londres, il entreprend une psychanalyse, occasion pour lui de se documenter sur les recherches en cours dans ce domaine. En 1934, son premier texte (dix nouvelles), More Pricks than Kicks, est publié (traduit en français en 1995 sous le titre Bande et sarabande). Ces années sont plutôt difficiles (mort du père, absence de travail, refus des éditeurs, psychothérapie) mais en même temps sont des années d'accumulation (nombreuses lectures, visites de musées, en particulier en Allemagne en 1936-37). En septembre 1937, Beckett se décide enfin à rompre avec un univers irlandais, à la fois familial et public, qui lui pèse de plus en plus et part pour Paris où il écrit ses premiers textes en français. Peut-être faut-il voir dans ce choix du français, un certain refus de l'Irlande, des carcans idéologiques qu'elle faisait peser sur ses écrivains : Joyce vit en exil et Beckett avait vu le nom de Wilde gratté sur le mur du tableau d'honneur du lycée où il avait étudié. Beckett lui-même aura à pâtir de ce qu'il estime "étroitesse" d'esprit puisque ses oeuvres seront longtemps censurées dans son pays. Mais l'écrivain a aussi confié à Ludovic Janvier cette explication : "C'était ma chance d'être plus pauvre."
C'est à cette époque qu'il se lie avec les peintres Geer et Bram Van Velde, dont il saluera les oeuvres dans un article de 1945. La peinture, comme la musique sont constamment présentes dans la vie et l'oeuvre de l'écrivain. En 1938 a été publié, à Londres,  son premier roman, Murphy, qui est passé inaperçu. C'est pourtant de Murphy que date ce qui est à nos yeux l'univers beckettien: "un type d'homme dont on verra le développement dans l'oeuvre à venir : un inquiet, éternellement insatisfait, enfermé dans son univers intérieur, qui ne peut trouver le repos que dans l'anéantissement et dans la mort." (Pierre Melese, Beckett, Seghers, 1966)
Jusqu'en 1942, il est à Paris, participant à la résistance contre les nazis et lorsque le réseau (Gloria MSH, spécialisé dans le renseignement) dont il fait partie tombe (nombreuses arrestations), il se voit obligé de disparaître et finira par trouver refuge dans un village du Vaucluse ; il y assure sa subsistance et celle de sa compagne en travaillant comme ouvrier agricole payé en nature, tout en continuant à écrire.
Entre 1946 et 1950 s'élaborent les oeuvres qui vont faire connaître Beckett : une trilogie romanesque, Molloy, Malone meurt, L'Innommable et la pièce de théâtre En attendant Godot, écrite après une pièce qui demeurera longtemps inédite, Eleutheria ("Liberté" en grec).
Après le succès de En attendant Godot (1953) Beckett devient l'un des écrivains qui comptent dans le monde littéraire. Au cours de cette période, il écrit alors essentiellement pour le théâtre (la scène ou la radio) et s'implique largement dans les mises en scène de ses pièces, aussi bien en France qu'en Angleterre ou en Allemagne.
C'est dans les années soixante, après Fin de partie (1960-61), que  Beckett renoue avec l'anglais pour écrire Oh les beaux jours.
A partir de 1964, Beckett n'écrit plus que de courtes pièces (une quinzaine)  : "l'image qui domine ces pièces est celle d'un homme ou d'une femme, qui écoute sa propre voix en train de lire ou de soliloquer sur les bribes d'une mémoire en ruine, en proie au "mal vu mal dit" dont il fera le titre d'un de ses derniers grands textes." (Alfred Simon)
En 1969, il reçoit le prix Nobel pour l'ensemble de son oeuvre, mais c'est son éditeur, Jérome Lindon, qui ira à Stockholm. Beckett ne se sent jamais à l'aise dans les "mondanités". Son biographe, James Knowlson, précise aussi "Trois jours après le Nobel [...] tout l'argent est donné" (Magazine littéraire, janvier 1999)
Enfin, cet  homme qui semble n'avoir vécu qu'en littérature, était aussi un homme "engagé" qui a participé à tous les combats où la liberté était en jeu : résistance contre les nazis, soutien aux combattants pour l'indépendance algérienne, aide à "Amnesty International". Il a refusé que ses oeuvres soient montées en Afrique du Sud tant que l'apartheid y perdurerait.
Beckett meurt en décembre 1989. Il laisse cinq romans, de multiples poèmes, des essais critiques, un film (Film, 1964, avec Buster Keaton), et 29 pièces pour le théâtre, la radio et la télévision.






Beckett

Samuel Beckett vers 1950
"Je n'ai rien à dire, mais je peux  dire jusqu'à quel point je n'ai rien à dire." (propos rapporté par Roger Blin)
OEUVRES écrites en français  (toutes les oeuvres de Beckett sont publiées aux éd. de Minuit) :

Molloy,  1951
Malone meurt, 1951
En attendant Godot, 1952
L'innommable, 1953
Nouvelles et Textes pour rien, 1955
Fin de partie, suivi de Acte sans paroles, 1957
Têtes-Mortes, 1967
Comment c'est, 1961
Imagination morte imaginez, 1965
Assez, 1966
Bing, 1966
Poèmes, 1968
Sans, 1969
Le Dépeupleur, 1970
Mercier et Camier, 1970 (le premier roman écrit en français)
Premier amour, 1970 (texte qui date aussi des années quarante)
Pour finir encore et autres foirades, 1976
Poèmes , suivi de Mirlitonnades, 1978
Catastrophe et autres dramaticules, 1982
Eleuthéria, 1995 (la pièce a été écrite à la même époque qu'En attendant Godot et proposée à Blin en même temps qu'elle)




Beckett et Blin

Samuel Beckett et Roger Blin, en 1963, pendant une répétition de Oh les beaux jours.


A lire : La bibliographie des oeuvres de Beckett (anglais et français) se trouve sur le site de la Fondation Nobel.
Pour en savoir plus, une biographie détaillée de Valérie Lumbroso ayant servi de synopsis à l'émission de télévision : "Un siècle d'écrivains".
Une présentation de l'oeuvre, à travers le dossier d'une exposition montée en 2007 par le Centre Pompidou (Baubourg)
Un article passionnant de Pierre Chabert sur "Beckett la peinture la musique la scène".
A découvrir : Film, le film de Beckett avec Buster Keaton, 1965


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