Le Lys rouge, Anatole France, 1894

coquillage


Rédaction et publication :

Selon la correspondance, Anatole France a commencé son roman en août 1893, sous le titre "La Terre des morts" (expression utilisée par le personnage de Vivian Bell, à la fin du 8e chapitre), quelques mois après un voyage en Italie avec Madame Caillavet, son fils et sa belle-fille. Par ce titre, il se rattache fortement à ce pays (qui fut pour France une découverte) puisque depuis "Le dernier chant du pélerinage d'Harold", et sa XIIIe section, 1825 (recueilli dans les Nouvelles méditations poétiques, édition de 1840) de Lamartine, la formule est devenue un cliché, à propos d'un pays qui a, pourtant, montré, en 1860, sa capacité de résurrection, cliché que, par ailleurs, Marc Monnier, dans son livre, L'Italie est-elle la terre des morts ?, 1860, démontrait inepte. Mais comme dans le roman de France, les voyageurs étrangers (que l'on commence d'appeler "touristes" d'un mot emprunté à l'anglais), il est vrai, se penchent plus volontiers sur son passé que sur son présent, cette dénomination n'était pas totalement inappropriée.
Le titre finalement choisi est tout aussi lié à l'Italie puisque le lys rouge est l'emblème de Florence.
Ce roman tranche dans la production littéraire de France, et ce n'est sans doute pas pour rien que dans la correspondance avec madame Caillavet, il est toujours question du "Roman", comme s'il se définissait d'emblée ainsi, comme un projet s'inscrivant dans un genre déterminé par un certain public et une politique éditoriale (les fameux livres jaunes inventés par Charpentier), une oeuvre susceptible de rivaliser avec celles de Paul Bourget, "une belle histoire d'adultère parisien", comme le précise Jeanne Maurice Pouquet dans Le Salon de Madame Arman de Caillavet, 1926 ; ce qui supposait un cadre "mondain", pour lequel France paraissait avoir quelques réticences, une histoire d'amour et une priorité accordée à l'analyse psychologique des sentiments. D'une certaine manière, l'écrivain remplit le "cahier des charges". Le Lys rouge est bien l'histoire d'une passion amoureuse, de son émergence à la rupture. Mais, c'est aussi bien d'autres choses, même si les manuscrits montrent les efforts et le travail de France pour resserrer, autour du couple des amants, un récit qui avait tendance à digresser du côté du social et du politique.
Ce qu'il n'est pas, à coup sûr, c'est un roman autobiographique. Quoique la publication de la correspondance ait montré que France avait utilisé pour les dialogues de ses deux amants, des phrases très proches, et quelquefois identiques à celles de la correspondance passionnée échangée entre lui et Léontine de Caillavet, dans les années 88-89, les amants du roman sont si peu Léontine et Anatole que leur liaison à eux ne se dénoue vraiment qu'avec la mort de Léontine, en 1910, même si la souffrance et la jalousie ne les ont pas épargnés, eux non plus.
Le roman paraît dans La Revue de Paris, en 5 livraisons (avril-mai 1894), puis en volume chez Calmann-Lévy, en juillet 1894. En septembre de la même année éclate ce qui va devenir l'Affaire Dreyfus.
En 1921, France en donne une édition revue et corrigée, qui est généralement celle suivie, ensuite, par les éditeurs.






frontispice, 1904

frontispice d'une édition de 1903, A.-F. Gorguet  (Librairie de la collection des dix), BnF



1. Une belle histoire d'adultère ?

A première vue, il semble que ce soit le cas. Thérèse, née Montessuy, fille d'un riche financier, mariée depuis six ans au comte Martin-Bellème, est la maîtresse de Le Ménil depuis trois ans. En rencontrant Jacques Dechartre, elle découvre, ce qu'elle ignorait jusqu'alors, la passion amoureuse.
Le récit de leur aventure s'inscrit dans une temporalité brève, un an s'écoule entre le premier et le 34e chapitre, de janvier à décembre. L'histoire de la passion est encore plus brève puisque les deux personnages se découvrent amoureux et deviennent amants (chapitre 18) à la fin du mois d'avril, en villégiature à Florence, et que la rupture intervient en décembre.
Cette briéveté temporelle (un peu plus de six mois), accentuée aussi par la concision des chapitres et les nombreuses ellipses du récit,  produit une impression de rapidité, le sentiment d'un flux dans lequel sont emportés les personnages, annihilant toute possibilité de raisonnement, puisqu'il y faudrait du temps, et le peu de temps dont ils disposent ne leur permet que d'exacerber leurs différences, rêve de passion éternelle pour elle, ressassement de la jalousie pour lui. 
Comme le dit le roman que lit Thérèse, avant même de se savoir amoureuse de Jacques : "L'amour [est] la moins mondaine des passions, la plus antisociale, la plus sauvage, la plus barbare." (chap. 5). A l'instar des personnages de Racine, la violence passionnelle qui habite les personnages de France ne peut les conduire qu'à la destruction, car ce que met à jour la passion c'est l'impossibilité de franchir les limites de soi, c'est l'incommunicabilité foncière des êtres. Idée que l'on retrouve dans toute l'oeuvre de France, en particulier dans ses essais littéraires. L'individu ne peut être assuré de se connaître lui-même (rappelons que c'est l'époque aussi où s'élaborent les théories freudiennes avec la première topique : inconscient, préconscient, conscient) et encore moins de connaître l'autre. Réalité que tous les autres personnages prouvent aussi par l'écart, voire la contradiction, existant entre leurs différents comportements, de Viviane Bell, éthérée, poète de l'amour et la réalité de ses talents de gestionnaire que lui reconnaît son fiancé, au Prince qui sous ses dehors nonchalants est en réalité un âpre propiétaire terrien, en passant par madame Marmet, toute douceur apparente, mais dont les yeux disent autre chose.
Lorsqu'elle fait la connaissance de Jacques Dechartre, sculpteur de talent (dixit les autres personnages) mais dilletante, Thérèse s'ennuie, d'un mariage conventionnel arrangé par son père, d'un amant tout aussi conventionnel, distingué, bien sous tous rapports, aimant, et totalement prévisible, ayant le même respect des conventions que son mari, et ne la comprenant pas davantage, même s'il a, sur ce dernier, l'avantage d'être sexuellement satisfaisant. Elle sent en elle des aspirations que rien ne vient remplir, se plaît en compagnie d'écrivains (Paul Vence), de poètes (son amie Vivian Bell aussi bien que le poète Choulette, bohème assez proche du clochard dont son entourage blâme la fréquentation), cherche dans ses promenades dans Paris, dans les quartiers alors populaires de la rive gauche, quelque chose qui ressemblerait à la vraie vie mais qu'elle serait bien en peine de définir. L'amour passionné et partagé avec le jeune sculpteur lui semble être ce qui peut compléter sa vie, lui donner sens, mais à aucun moment, d'ailleurs, ce qui pourrait la transformer. Rien n'est remis en cause de son mariage, de ses obligations mondaines, de la nécessité de respecter les conventions sociales, jusqu'au plus fort du désespoir, elle n'oublie pas l'heure de rentrer chez elle déjeuner avec son mari.
C'est donc bien une histoire d'adultère mais qui débouche sur une autre dimension.





En lisant la lettre, Peter Kraemer

Peter Kraemer (1823-1907), En lisant la lettre, Galerie Mensing







Séparation(2), Munch

Séparation (2)
,  lithographie, Edward Munch (1863-1944)

2. Les tortures de l'amour

Ce qui étonne dans ce roman qui a toutes les apparences de la mondanité — on y est aux antipodes du naturalisme, par le milieu choisi, la grande bourgeoisie, par l'élégance des évocations les plus charnelles, la suggestion et l'allusion sont de mise, par la présence essentielle de la littérature et de la poésie — c'est la cruauté de son propos. Dès le premier chapitre, dans le poème de Vivian Bell que lit Thérèse, amour et mort, Eros et Thanatos, sont étroitement liés, et l'expression de la passion placée sous le signe désaccordé de Tristan et Iseult. La poétesse ayant d'abord consacré un livre à Tristan, abandonné, avant de se pencher sur Iseult, comme le roman fait de Thérèse, et non du couple, son personnage principal. C'est poser, avant même la rencontre des amants, l'impossibilité de leur amour dans cette séparation du masculin et du féminin.
Comme c'est le placer d'emblée sous le signe de la mort, par le biais du lys rouge : "La vierge, en visitant les pommiers du verger / Frissonne d'avoir vu venir le messager / Qui lui présente un lys rouge et tel qu'on désire / Mourir de son parfum sitôt qu'on le respire." La première promenade avec Dechartre, après que Thérèse a traversé la passerelle posée sur une tranchée de la rue en chantier (sorte de passage symbolique d'un Rubicon), a pour sujet de conversation l'Italie et surtout Ravenne "une tombe enchantée où paraissent des fantômes étincelants." (chap. 4) Plus tard, Miss Bell l'accueille à Fiesole, en lui promettant la mélancolie, "une tristesse délicieuse" qui monte de "la Terre des morts" (chap. 8). Au chapitre 9, un autre poème de Vivian Bell reprend le thème (qui, par le nom du personnage féminin, Gemma, rappelle "Le basilic", poème publié dans Idylles et légendes, partie des Poèmes dorés de 1873, lui même réécriture d'un récit du Décaméron de Boccace), dans lequel le suicide des amants éternise leur amour : "Et rien plus ne troubla leur amoureux dormir". La première promenade solitaire du couple dans Florence a lieu au crépuscule et leur fait croiser un convoi funéraire (chap. 16). Leur rendez-vous est à la porte d'un cimetière sur lequel ouvre la fenêtre de la chambre louée par Jacques. Et c'est à l'opéra, au cours de la représentation de Faust, à la fin du dernier acte, après la mort de Marguerite, que l'événement crucial intervient.


Tout se passe comme si le récit de l'adultère était, en réalité, l'amplification du petit quatrain imaginé par Stendhal pour l'épigraphe du 15e chapitre de Ière partie (la première nuit de Julien avec Madame de Rénal) du Rouge et le noir :
Amour en latin faict amor.
Or donc provient d'amour la mort
Et, par avant, soulcy qui mord,
Deuils, plours, pièges, forfaitz, remords... (Blason d'amour)
Par ailleurs, si l'amour n'est déclaré qu'à la fin du chapitre 14, mais consommé au chapitre 18, c'est, qu'à travers le récit de la vie quotidienne de Thérèse, réceptions mondaines, rendez-vous dans la garçonnière de son amant, brusque décision de voyage à Florence, le narrateur permet au lecteur de saisir ce dont le personnage n'a pas conscience, le travail du désir à l'oeuvre. Les quatre brefs chapitres qui conduisent le couple de l'aveu à la chambre louée par Jacques, font droit au "coup de foudre" dont le narrateur connaît bien les cheminements inconscients. En alternant les chapitres où il est question du personnage masculin et les chapitres où Thérèse prend des décisions dont elle-même ne peut s'expliquer les raisons (cf. chapitre 6), le lecteur est rendu sensible à l'obscurité du désir et de ses manifestations. Tout autre est le traitement du désir masculin, brutal, et souvent exprimé directement par la parole. Si Thérèse est fascinée par la personnalité de Jacques (cf. chapitre 12), quelque peu inquiétante dès ses premières descriptions, Jacques fait de Thérèse, dès la promenade dans Paris, la nuit (chapitre 4), un "objet" : "le rythme de ses lignes et de ses mouvements".
La tension du désir chez les deux personnages engendre un malaise qui se traduit en agressivité, en mauvaise humeur, distribuée autant sur les autres que sur eux-mêmes. La jalousie, comme la naissance de l'amour chez Thérèse, va, chez Jacques, progresser de manière souterraine, entre deux événements qui en réactivent et amplifient de plus en plus les répercussions, du premier choc (la lettre) à l'expression encore convenue de la passion ("Je voudrais vous avoir toute et vous avoir eu toute dans le passé.") jusqu'à la rupture, en passant par toutes les perversions de la quête de l'aveu, de l'attente du mensonge, du désir de le croire à la fureur de le découvrir, de l'empoisonnement de toutes les joies, de l'acalmie qui n'est jamais qu'une sorte de pause avant que d'égratignures en blessures, il n'y ait plus de place pour un autre sentiment.
L'ambivalence des sentiments de Jacques, l'amour qui devient frénésie et frôle à tout instant la haine, avant de s'y engloutir, ne lui est pas exactement propre (sinon par leur intensité) puisque d'autres hommes, dans le roman, partagent les mêmes émotions ; Choulette, le poète, les déclare à Thérèse et Le Ménil, qui souffre de l'abandon de Thérèse (amour ? amour propre ? tout est ambivalent ici aussi), l'agresse physiquement et avec violence au point qu'elle garde la marque de son coup de poing sur la tempe. Et même le défunt M. Marmet a torturé de sa jalousie sa femme, sa vie durant.
Les seuls moments de bonheur sont ceux des corps, épanouis dans les lits, dans ce qui peut faire croire à une fusion même temporaire, mais dont la valeur curative s'épuise de plus en plus rapidement, jusqu'à l'impossible.
C'est donc bien moins l'histoire d'un adultère que raconte Le Lys rouge que celle de l'amour impossible, non pour des raisons extérieures aux amants mais parce qu'il est miné de l'intérieur par une tension entre l'aspiration à l'absolu et la réalité relative des individus, incapables de s'accepter et d'accepter l'autre.



3. Une satire sociale

Ainsi, l'histoire de Thérèse et de Jacques dévoile-t-elle une société que la seconde moitié du XXe siècle appelait "phallocrate". Les hommes y ont tous les pouvoirs, publics et privés, les femmes n'y apparaissant que comme des "objets" circulant dans des échanges décidés au masculin. Le père de Thérèse la marie, "bien" selon ses critères, sans se soucier des rêves ou des désirs de sa fille. Son mari ne s'intéresse guère à elle, même s'il "n'aim[e] point être seul" et s' "il ne se sen[t] lui-même qu'avec sa femme et toute sa maison montée.", la fin de la phrase permettant de comprendre que l'épouse participe de cette "maison montée" dont elle est, en quelque sorte, la pièce maîtresse. Et en "bon" mari, il couvre le caprice de sa femme (c'est son point de vue, et il partage avec les autres hommes l'idée que les femmes sont incompréhensibles), son départ brusque pour Florence, en en assumant la responsabilité.  Les deux amants de Thérèse, aussi différents soient-ils, par ailleurs, sur ce point sont bien d'accord, elle leur "appartient", et c'est cette faille dans la propriété qui mine Jacques, "Je vois l'autre avec vous, toujours."
Si Jacques est celui qui dit le plus crûment cette vision du monde, "tu es la matière et moi l'idée, tu es la chose et moi l'âme, tu es l'argile et moi l'artisan." (chap. 23), elle est partagée par tous les hommes du roman. La pression sociale qui définit les rôles féminins et masculins est si puissante que Vivian Bell, pourtant libre et indépendante, n'envisage sa relation avec le prince que dans le mariage. Et si Thérèse souffre, elle ne se révolte pas non plus, tout en pensant qu'il eût mieux valu ne pas naître.
Femmes-objets, elles sont en même temps des signes extérieurs de richesse et de puissance, comme le prouve la vie du père de Thérèse, qu'elle admire aussi pour cela, parce que si les femmes sont les victimes de cet état social, elles en sont aussi les complices.
Mais les rapports entre les hommes et les femmes ne sont pas les seuls à se dessiner sous le signe du pouvoir et de la domination. La société dans laquelle vit Thérèse est celle des hommes de pouvoir, au sens politique du terme, et sans oublier l'économique, représenté par son père, puissant banquier qui fait et défait le politique — rien de nouveau sous le soleil —  : députés, sénateurs, généraux, anciens et/ou futurs ministres, tous ces personnages sont moins inquiets de l'avenir d'un pays que du leur, des places à prendre et à se partager, quelle que soit l'opinion personnelle que chacun peut avoir de l'autre. Les deux formations de ministère, l'un dans la salle à manger de M. Martin-Bellème, l'autre dont les personnages (comme le lecteur) apprennent les résultats à l'Opéra, au cours d'une représentation du Faust de Gounod, puis la conversation de Martin-Bellème avec sa femme (qui fait songer à celles de M. de Rénal avec la sienne dans Le Rouge et le noir) soulignent ces transactions, ces marchandages qui n'ont rien à voir avec les nécessités de la Polis, tout autant que le premier dîner (chapitre 3) avait montré la médiocrité de ce personnel politique, la palme étant sans aucun doute à attribuer au malheureux général Larivière, aussi sot que péremptoire, qui, dans le dernier chapitre, se contredit sans la moindre hésitation, à quelques minutes d'intervalle.
Le personnage de madame Marmet, veuve d'un membre de l'Institut et chaperon occasionnel de Thérèse, est emblématique de ce groupe d'individus qui s'estime le monde et ne peut dépasser les bornes d'un univers étriqué où ce sont toujours les mêmes personnes qui se croisent dans les mêmes salons ou les mêmes mondanités pour échanger les mêmes discours, à tel point qu'elle les reconnaît tous dans les tableaux vus à Florence, à juste titre sans doute, se dit le lecteur en pensant, qu'au fond, le pouvoir a toujours, et partout, le même visage.


illustration de Gorguet

Composition de A.-F. Gorguet, hors texte, 1903 (Librairie de la collection des dix), BnF


Le reste de la société n'est vu qu'épisodiquement dans les rues de Paris (les marchandes de fleurs) ou de Florence (le cordonnier), dans les discours de Choulette, prônant une "pauvreté" franciscaine, violemment antimilitariste et tout autant réactionnaire (la Révolution française comme catastrophe), dans le projet de roman de Paul Vence avec son personnage d'ouvrier anarchiste fanatique qui croit changer la société par un meurtre, mais qui dit au moins la violence qui pèse sur le peuple (entendons les "pauvres", selon le vocabulaire de Choulette) dans une société profondément inégalitaire malgré ses discours.
Même le monde universitaire, celui des savants, n'est pas à l'abri de ces luttes pour la prééminence et la querelle Marmet-Schmoll en est l'exemple, tout aussi comique que tragique, car tout brave homme, et éminent érudit que soit Schmoll, il ne peut s'empêcher d'écraser son collègue, devenu par là même un adversaire, jusque dans son oraison funèbre.
C'est une société gangrénée qui est dépeinte dans le roman, persuadée, par ailleurs, d'être au sommet de la civilisation, dans laquelle rampe l'antisémitisme, dont la présence éclatera quelques mois plus tard à peine, dans la réalité, avec l'Affaire Dreyfus.
L'ironie des portraits, des dialogues échangés où le lecteur entend un second degré, que les personnages n'ont pas mis dans leurs affirmations, voit les lieux communs, les clichés, fait tout le sel de ce portrait-charge d'une république qui ne parvient pas exactement à se définir encore, qui rêve ou cauchemarde toujours autour de Napoléon Ier qui fait l'essentiel de la conversation du dîner dans le 3e chapitre, comme il le faisait dans la vie culturelle des années 1893-1894, à Paris.

Ainsi sous une apparence facile et convenue, Anatole France a écrit un roman rempli de chausse-trapes où l'ironie le dispute à la subtilité, dont ressort un éloquent éloge de la sensualité, et une condamantion implicite de la passion qui n'a rien à envier aux pièces les plus terribles de Racine, où la question de la place des femmes dans la société est posée, aussi cruellement pour elles que pour les hommes. Un roman de moraliste, en somme, mais aussi un roman de poète pour qui, hélas, l'amour, sauvage, barbare et divin ne pourrait exister qu'entre des individus libres ou des enfants assez innocents pour ne l'inféoder à rien autre qu'à lui-même.




Le texte
est disponible sur Wikisource, mais encore plus agréable à lire dans la belle édition de La Librairie de la collection des dix, parue en 1903, et disponible sur Gallica.
A lire : un article de M. Levaillant, "Roman et biographie chez Anatole France", 1966, sur Persée.
un article, 1911, du psychanalyste Sandor Ferenczi expliquant l'intérêt que les psychanalystes trouvaient aux oeuvres de France.



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