Arto Paasilinna (Finlande)

coquillage


Pour entrer dans le monde de Paasilinna, quelques informations sur la littérature finlandaise :
Au Moyen-Age, la Finlande ne correspond qu'au sud du pays visible sur la carte ci-contre. Elle produit une littérature, épique pour l'essentiel, transmise par des chanteurs (Runo) ; ils s'accompagnent d'un instrument de musique (Kantele: une sorte de cithare) ; ils chantent à deux en se tenant les mains, face à face, en se balançant. C'est ce que relate une des premières strophes du Kalevela : "Topons ça la main dans la main / doigts glissés par entre les doigts / pour entonner la chanson bonne"  (chant I, traduction Gabriel Rebourcet) mais ils peuvent aussi le faire seuls comme l'explique le chant 21 du Kalevala : "Puisque nul buveur ne s'en vient / pour chanter la main dans la mienne / je vais dérader pour les runes, / je démarre au roulis du chant : / puisque je suis né bon chanteur / et barde riche en mageries, / je ne quiers point d'autrui ma route / ni l'ébauche de ma chanson". Selon les spécialistes, il faut voir dans ces récitations une forte composante religieuse.
Mais au XIIe siècle (1155), la Finlande devient suédoise, et sa langue officielle le suédois (et le latin). Le finnois reste une langue parlée par les paysans et mène, si l'on peut dire, une existence souterraine. Ce n'est qu'au XIXe siècle, bien que la Finlande, en 1809, soit rattachée à la Russie et devienne un grand duché, avec la montée des revendications nationalistes, largement portée par les Romantiques, en Finlande comme ailleurs, que se produit un mouvement de "récupération" de la culture finnoise et donc de sa littérature.
Elias Lönnort (1802-1884) va consacrer sa vie à ce travail. D'abord en retrouvant et éditant les chants épiques dans un recueil qu'il intitule Kalevala (Le pays de Kalev) dont il publie une première version en 1835 (16 chants totalisant 16.000 vers) et une seconde en 1849 (50 chants pour un total de 22.795 vers), puis des chants lyriques, en 1840-41 (deux volumes), des proverbes populaires (1842), des devinettes populaires (1844), des chants magiques (1880) et enfin un dictionnaire finnois-suédois (1874-1880).
Le XIXe siècle, sous son impulsion, voit renaître une littérature en langue finnoise.
La Finlande est, encore aujourd'hui, un petit pays (5 millions d'habitants) où abondent forêts et lacs. La population est surtout concentrée dans le sud du pays où se trouve la capitale, Helsinki.
Son importance culturelle n'est pourtant pas négligeable. On lui doit de nombreux travaux sur les Contes, et un classement de ceux-ci qui sert encore de référence (Aarne-Thompson, The Types of the Folkstale, 1928). C'est un Finnois qui est à l'origine de Linux (système opérationnel pour les ordinateurs) et les designers finlandais sont justement célèbres pour la beauté des objets qu'ils créent.
Sa littérature est bien vivante, comme son cinéma, même si leurs oeuvres sont encore peu connues hors des frontières des pays nordiques.


carte de la Finlande
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Carte de la Finlande (empruntée au Ministère des Affaires étrangères).

De nombreuses informations sur la Finlande à découvrir sur Bibliomonde.




Arto Paasilinna

Arto Paasilinna



L'ECRIVAIN
:

il est né en 1942, en Laponie. Deux de ses frères sont aussi célèbres que lui en Finlande. L'écrivain et essayiste, Erno Paasilinna (1935-2000) ; le député européen, Reino Paasilinna, né en 1939. Arto, quant à lui, est en Finlande un écrivain populaire. Ses premiers textes ont été publiés en 1974. Mais il n'apparaît en France que tardivement puisque la première traduction de l'un de ses  romans, en français, date de 1989.
Si l'on en croit les informations qui circulent, il aurait fait un peu de tout avant de se remettre à étudier puis de devenir journaliste (vers 20 ans) et d'écrire d'abord des textes poétiques puis des romans.
Savoir peu de choses sur un écrivain présente de grands avantages, entre autres, celui de devoir le lire et de construire un écrivain, répondant au nom de  "Paasilinna" qui peut, ou non (quelle importance ?) ressembler à un homme né en 1942, mais qui est surtout le résultat d'une construction romanesque. L'auteur étant davantage le produit de ses oeuvres que celui qui les produit.
Paasilinna dit son admiration pour Hasek (écrivain tchèque, 1883-1923) et Gogol (écrivain russe, 1809-1852), deux écrivains qui ont aussi aimé la dérision, le rire, et qui n'en ont pas moins posé des questions essentielles, à leur société d'abord, à tous leurs lecteurs ensuite.




LES OEUVRES
(disponibles en français ; la première date est celle de l'édition finnoise, la deuxième, celle de la traduction en français)

Prisonniers du paradis, (1974), 1996
Le Lièvre de Vaatanen (1975, Jäniksen Vuosi , "L’Année du Lièvre"), 1989
Un homme heureux (1976), 2005
Le Meunier hurlant (1981) 1991
La Forêt des renards pendus (1983), 1994
Le Fils du dieu de l'orage (1984), 1993
La Douce empoisonneuse (1988), 2001
Petits suicides entre amis (1990), 2003
Le Cantique de l'apocalypse joyeuse (1992), 2008
La Cavale du géomètre
(1994), 1998
Le Bestial serviteur du pasteur Huuskonen (1995), 2007
Le Cantique de l'apocalypse joyeuse (1992), 2008
Les Dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi (2001), 2009
Sang chaud, nerfs d'acier (2006), 2010
Le Potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison (1998), 2011
Les Mille et une gaffes de l'ange gardien Ariel Auvinen (1998), 2014
Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés (1986), 2015

 

   Les romans de Paasilinna se caractérisent tous par leur humour (qui peut être féroce), un goût certain pour des personnages "marginaux", non pour être délinquants (encore que cela se puisse arriver), mais parce qu'ils se déplacent à la lisière de la société par choix ou par contrainte : le meunier du Meunier hurlant est un étranger pour le village où il s'installe ; la vieille dame de La Douce empoisonneuse, est vieille dans un monde qui n'est pas tendre pour ceux qui vieillissent, chacun oubliant aisément que c'est son avenir ou le déniant ; Taavetti Rytkönnen est un vieil homme atteint de démence dont La Cavale du géomètre raconte la dernière saison avant qu'il ne sombre dans l'irracontable. Ils voyagent, ou vagabondent, ou se déplacent. Ce sont aussi des personnages déplacés, à tous les sens du terme : pas à leur place dans la société, rêvant d'ailleurs ou d'autre chose.
     Paasilinna explore le monde de ses personnages, qui est aussi le nôtre, avec acuité, avec drôlerie mais aussi tendresse, leur offrant d'immenses fêtes de papier, la rencontre de l'amitié, du partage, ce qui fait peut-être de ses romans des utopies : créant des mondes où les hommes peuvent vraiment se rencontrer et partager, par-delà les frontières de langues, de cultures, de religions, juste en étant des êtres humains capables, par essence, de comprendre d'autres êtres humains. Ce qui ne les empêche nullement de présenter aussi tous les défauts des humains. Il ne s'agit pas de créatures édéniques, mais d'indivdus ordinaires, avec à peine ce côté un peu gauchi qui les pousse à s'intéresser à l'inhabituel, à accepter l'inattendu et à l'accueillir avec joie.
Seppo Sorjonen explique ainsi, dans La Cavale du géomètre, qu'il n'a accompagné le vieil homme que "pour son amitié. L'amitié était une ressource naturelle et gratuite.  Chez certaines personnes, elle était inépuisable."
     On pourrait appliquer à Paasilinna, cette maxime de La Bruyère, dans Les Caractères, I, 31 : " Quand une lecture vous élève l’esprit, et qu’elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger l’ouvrage ; il est bon et fait de main d’ouvrier." C'est dire qu'il faut peut-être ranger Paasilinna du côté des écrivains moralistes, à ne pas confondre avec moralisateurs.
En refermant un livre de Paasilinna, le lecteur regarde ses semblables avec plus de sympathie, plus de tolérance, plus de générosité, ce qui n'est, somme toute, déjà pas si mal.



A lire : Pour en savoir plus sur la littérature finlandaise,  un article sur un site du Ministère des Affaires étrangères finlandais (en français)



Accueil               Ecrivains d'ailleurs