5 juillet 1889 : Jean Cocteau

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Cocteau, 1911

Jean Cocteau en 1911


Entre ces deux photographies, le temps d'une vie, commencée à l'orée du XXe siècle et qui s'achève en 1963, à Milly-la-forêt, lieu cher à un autre poète, Lamartine.
Né dans une famille bourgeoise, riche, le plus jeune de trois enfants, mais dont le père se suicide en 1898, Jean Cocteau semble avoir eu une enfance aussi fantasque que le sera sa vie d'adulte dont le maître mot a toujours été liberté. A partir de 18 ans, lancé par sa mère, il mène une vie très mondaine, conquiert les salons parisiens par son brio et sa verve, découvre les ballets russes, versifie sous l'égide du symbolisme agonisant, en un mot se cherche...
Sensible plus qu'un autre à l'air du temps, il baigne dans les années dix du siècle dans l'atmosphère qu'Apollinaire nommera "l'esprit nouveau".
Tout cela le conduit à imaginer l'opéra-ballet Parade, en 1917 : musique de Satie, décor et costumes de Picasso, représenté par la compagnie des ballets russes  de Serge de Diaghilev. Coup d'éclat qui dégénère en scandale, mais Cocteau y gagne une visibilité qui dépasse celle du jeune mondain virevoltant que personne ne prenait vraiment au sérieux. Peut-être même pas lui-même.



Cocteau, années 50

Jean Cocteau dans les années 50 du XXe siècle
A partir de là, Cocteau touche à tout : il continue à monter des spectacles, écrit de la poésie, bien sûr (ses premiers poèmes sont réunis en 1920 et son dernier recueil, Requiem, date de 1962, un an avant sa mort), mais aussi des romans (Thomas l'imposteur, 1923 ; Les Enfants terribles, 1929) et des pièces de théâtre (Antigone, 1922 : réécriture en un acte de la pièce de Sophocle, décor de Picasso, musique de Honegger; La Machine infernale, 1933 ; La Voix humaine, 1930), plus tard il filmera ses propres scenarii (La Belle et la bête, 1943), il écrira des scenarii pour les autres, reconnaissables à des dialogues étincelants, par exemple celui des Dames du bois de Boulogne pour Bresson en 1944. Il dessine aussi, peint, sculpte, fabrique bijoux et céramiques, il décore des bâtiments publics  (peintures murales, création de mosaïques) et des demeures particulières. Il se démultiplie sur tous les fronts de l'art. De son point de vue, en fait, il ne crée que dans le même domaine, celui de la poésie, et affirme faire de la "poésie de roman", de "la poésie de cinéma", de "la poésie plastique". La poésie étant, pour lui, l'expression de forces intérieures qui habitent certains hommes, qui sont incontrôlables, et pour lequelles le poète n'est qu'un "scribe" chargé d'extérioriser ces flux intérieurs.
Cocteau donnera, toute sa vie, cette impression de démultiplication, parfois de dispersion, d'un homme qui ne peut vivre qu'en bougeant et de préférence au milieu de beaucoup d'autres gens. Cocteau connaît tout le monde et tout le monde le connaît.
Mais ce qu'il a gagné (et ne perdra jamais) dans la fréquentation des créateurs de "l'Esprit nouveau" (Apollinaire, Cendrars) c'est l'idée même qu'il se fait de la poésie:
"Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement." (1926) Apollinaire ne dit pas différemment. L'atmosphère surréaliste des années 1920 n'est pas non plus à négliger. La figure tutélaire de Cocteau est Orphée. Le personnage mythologique, à la fin du XIXe siècle, était devenu une image de la poésie et le mythe de sa descente aux enfers en quête d'Eurydice, la métaphore de la quête poétique. Cocteau s'identifie à Orphée que l'on retrouve aussi bien dans ses poèmes que dans ses dessins ou dans ses films.
La scène est la grande passion de Cocteau, depuis Parade en passant par la création du Boeuf sur le toit en 1920 (musique de Milhaud, décor de Dufy, chorégraphie de Massine qui avait déjà chorégraphié Parade), le poète n'est jamais aussi à l'aise que dans les décors, les costumes, les répétitions, les spectacles. Dans ses films, il transporte le même onirisme dont il imprègne ses mises en scènes théâtrales. Et d'une certaine manière, toute la vie de Cocteau est une représentation. Sa vie publique mais aussi sa vie privée.
Trois hommes ont compté plus que les autres dans sa vie : Raymond Radiguet,  Jean Marais et Edouard Dermit. Raymond Radiguet rencontré en 1919, jeune poète de 16 ans "l'air insolite d'un hibou frileux" (dit Jean Hugo), bouleverse sa vie et sans doute transforme son approche de l'écriture et de la création, mais le jeune-homme meurt en 1923 d'une fièvre typhoïde,  en laissant quelques poèmes et deux magnifiques romans : Le Diable au corps et Le Bal du comte d'Orgel. Le poète mettra longtemps à surmonter ce deuil. Jean Marais est, quant à lui, un jeune acteur qu'il croise en 1937, lors d'une audition pour Oedipe-roi.  Il deviendra son acteur fétiche tant au théâtre qu'au cinéma. En 1947, il rencontre Edouard Dermit, 22 ans, ancien mineur qui a du goût pour la peinture. Ils vivront ensemble jusqu'à la mort de Cocteau.
Que reste-t-il de Cocteau ? beaucoup, semble-t-il, en ce début du XXIe siècle, contrairement au XXe siècle qui l'a quelque peu boudé, en dehors de la magie insufflée à ses films. On recommence à lire sa poésie, à lui découvrir une profondeur qui lui avait souvent été déniée : une inquiétude sur l'être, sur la mort, sur l'art.




A voir et écouter
: la présentation de Cocteau par son biographe, Claude Arnaud (Gallimard, 2003)
A lire : la présentation du poète sur les Archives nationales, l'année de la commémoration du cinquantenaire de sa mort.




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