26 août 1880 : Guillaume Apollinaire

coquillage



A propos d'Apollinaire ce site contient aussi
: 1. Une présentation d'Alcools - 2. Quelques notes sur L'Enchanteur pourrissant -





"Comme artiste, on peut placer Melle Laurencin entre Picasso et le douanier Rousseau. Ce n'est pas là une simple indication hiérarchique mais une simple constatation de parenté. Son art danse comme Salomé entre celui de Picasso, nouveau Jean-Baptiste qui lave les Arts dans le baptême de la lumière, et celui de Rousseau, Hérode sentimental, vieillard somptueux et puéril que l'amour amena sur les confins de l'intellectualisme, c'est là que les anges vinrent distraire sa douleur, ils l'empêchèrent de pénétrer dans l'affreux royaume dont il était devenu le Douanier et ce vieillard, finalement, ils l'admirent dans leur troupe et lui vint de lourdes ailes." (Méditations esthétiques, 1913)

Marie Laurencin, Groupe d'artistes, 1908 (musée de Baltimore). De gauche à droite : Picasso, Marie Laurencin, Apollinaire, Fernande Olivier (qui était alors la compagne de Picasso).

Marie Laurencin, 1908

Douanier Rousseau, 1909

Douanier Rousseau, La muse inspirant le poète, 1909 (portrait de Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire).
"[...] un curieux tableau du même douanier Rousseau, une sorte d'apothéose de Guillaume Apollinaire avec, au second plan, une vieiile Marie Laurencin, en guise de Muse. Cela non plus je n'aurais pas su le reconnaître comme une vraie oeuvre d'art." (Gertrude Stein, Autobiographie d'Alice Toklas, traduction de Bernard Faÿ, 1934.)



Celui qui va porter le nom de Guillaume Apollinaire commence son existence, à Rome, sous un faux nom, celui de Dulcigny, Wilhelm Albert. Le jour de son baptême, le 29 septembre, il gagne un prénom de plus : Apollinaris (qui deviendra Apollinaire, comme Wilhelm deviendra Guillaume), enfin le 29 novembre, sa jeune mère (elle a 22 ans), Angelica de Kostrowitzky, reconnaît l'enfant comme son fils naturel.
Angelica est Polonaise ; elle est la maîtresse de Francesco Flugi d'Aspremont qui la quittera en 1885, non sans lui avoir donné un second fils, en 1882. A noter toutefois qu'il n'y a rien de certain dans cette filiation ; que d'autres rumeurs attribuent la paternité d'Apollinaire à un prélat du Vatican.
La vie d'Angelica est celle d'une demi-mondaine, voyageant beaucoup, fréquentant les lieux à la mode et les casinos, Monte-Carlo, la côte d'azur, Paris, Spa. Mais pour l'essentiel, le futur poète passe son enfance et une partie de son adolescence à Monaco et Nice.
Le jeune homme s'intéresse très tôt aux lettres. Et choisit son pseudonyme, Guillaume Apollinaire, dès l'âge de 17 ans et ses premiers essais poétiques, au moment où il abandonne ses études. Pendant un an, en 1901-1902, il gagne sa vie comme précepteur en Rhénanie, et profite de ce séjour pour découvrir l'Allemagne (le cycle des Rhénanes, intégré dans Alcools, date de cette époque).
De retour en France, il travaille un temps dans une banque et fonde une revue littéraire, Le Festin d'Esope (qui aura 9 numéros de 1903 à 1904) ; en 1905, financé par Henri Delormel, il fonde La Revue Immoraliste qui devient, dès le second numéro, les Lettres modernes, dont la parution cesse aussitôt. Mais ces revues ont été utiles pour faire paraître ses premiers écrits. Il collabore alors à divers journaux, écrit des romans érotiques signés de pseudonymes divers. Il commence à fréquenter Picasso et ses amis au Bateau-Lavoir.
Amoureux éternel, Apollinaire s'éprend régulièrement de jeunes filles qui répondent rarement à ses désirs, mais qui lui sont source de poésie.
En 1907, il fait une rencontre qui va avoir, elle, une grande importance, celle de Marie Laurencin (1883-1956). Marie est peintre et grâce à elle, il développe ses relations avec les peintres, certains qu'il connaissait déjà, d'autres qu'il va rencontrer grâce à Marie. Il s'exalte pour ces artistes nouveaux qui s'appellent Braque, Delaunay, Derain, Dufy, Léger, Matisse, Picasso, Van Donghen, Vlaminck... Et c'est un marchand d'art qui finance la publication de son premier texte, L'Enchanteur pourrissant, illustré de gravures sur bois de Derain. C'est aussi un autre éditeur d'art qui publie (120 exemplaires), en 1911, Le Bestiaire ou cortège d'Orphée, suite de bois gravés de Raoul Dufy auxquels les poèmes d'Apollinaire servent de légendes.
En 1909 paraît dans Le Mercure de France "La chanson du mal aimé". La même année, il commence à travailler avec deux jeunes éditeurs qui lui confient le soin d'établir et de présenter des textes libertins qui prendront place dans deux collections :  Les Maîtres de l'amour et Le Coffret du bibliophile. Cette collaboration ne cessera qu'à la mort d'Apollinaire. En 1910, son recueil de contes, L'Hérésiarque et Cie, obtient bon accueil et fait partie des oeuvres retenues pour le prix Goncourt; quelques voix se porteront sur ce texte prouvant qu'Apollinaire a trouvé ses lecteurs.
En 1911, se produit l'aventure de la "Joconde" : Apollinaire est soupçonné de complicité dans le vol du célèbre tableau de Vinci, arrêté et incarcéré à la prison de la Santé pour quelques jours, du 7 au 13 septembre (Alcools porte aussi trace de cette expérience douloureuse). En janvier 1912, il sera totalement mis hors de cause. Apollinaire continue ses collaborations à divers journaux, il s'implique aussi dans la publication de revues, par exemple Les Soirées de Paris dont le premier numéro sort en février 1912. C'est aussi en 1912 que Marie Laurencin se sépare du poète.
En 1913, il publie un texte sur la peinture contemporaine :  Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes (dès sa publication le sous-titre devient le titre et inversement) et son recueil de poèmes,  Alcools, florilège de son oeuvre entre 1898 et 1913. Nombre de ces poèmes avaient été publiés en revues (le début du XXe siècle est un moment de floraison intense de revues littéraires, dont certaines très épisodiques). Cette année-là, Apollinaire fait le point, dans un article intitulé "L'antitradition futuriste, manifeste-synthèse", sur ses rapports avec le mouvement de Marinetti: le futurisme. En juillet 1914, Apollinaire publie dans Les Soirées de Paris plusieurs "idéogrammes lyriques" qu'il nommera plus tard calligrammes.
A la déclaration de la guerre, il descend à Nice et s'éprend de Louise de Coligny-Châtillon (la Lou de l'oeuvre) : liaison tumultueuse et brève mais productive. En décembre 1914, le poète s'engage dans l'armée. Il entame, au front, une correspondance avec une jeune fille oranaise rencontrée dans un train, Madeleine Pagès, la demandera vite en mariage, et passera une permission en Algérie en décembre 1915.
Le 17 mars 1916, il est blessé à la tempe par un éclat d'obus.  Ramené à Paris et soigné, il renonce à son idée de mariage avec Madeleine pour épouser, en mai 1918, Jacqueline Kolb, la "jolie rousse".
Recherché par les jeunes poètes, il collabore à Nord-Sud que vient de fonder Pierre Reverdy (1889 - 1960) en 1917, les jeunes dadaïstes récitent ses poèmes, Breton le rencontre. On joue Les Mamelles de Tirésias, drame surréaliste. L'adjectif est promis à une longue et riche postérité.  En mars 1918, les éditions du Mercure de France publient Calligrammes.
C'est un poète reconnu, fêté, admiré, mais début novembre 1918, l'épidémie de grippe espagnole, qui fait des ravages,  atteint Guillaume Apollinaire. Il meurt le 9 novembre, à 38 ans.



La poésie d'Apollinaire naît au contact du symbolisme, comme celle de tous ses contemporains.  Cette atmosphère, sans doute, était propice à un intérêt pour les mythes, les légendes, partant les contes de fées, les romans de chevalerie, toutes littératures que prônait d'ailleurs Rimbaud dans Une saison en enfer, retrouvée en 1901 et qui va jouer un rôle capital dans les évolutions poétiques de ce début du XXe siècle.
L'oeuvre d'Apollinaire est imprégnée de cette érudition et de ce goût pour un ailleurs, temporel aussi bien que spatial, qu'il partage avec Cendrars (1887-1961) et Segalen (1878-1919), deux de ses contemporains dont il connaît le premier et dont le poème Pâques à New-York a sans doute influé sur l'écriture de "Zone".
Mais s'il est attentif aux forces du passé, il l'est encore davantage au présent et à la nouveauté. Dans les Méditations esthétiques, il affirme : "Les grands poètes et les grands artistes ont pour fonction sociale de renouveler sans cesse l’apparence que revêt la nature aux yeux des hommes.” Il y travaille en utilisant à la fois la tradition (Apollinaire n'oublie rien de la poétique traditionnelle) et son bouleversement : attention au mot (goût des mots rares, des calembours, jeu sur les connotations, sur les champs sémantiques), notations éclatées, progression par association d'idées, superpositions des images, abandon de la ponctuation (ce que Mallarmé avait déjà essayé comme d'autres poètes symbolistes, Laforgue en particulier) et le renouvellement des thèmes : le temps (topos poétique auquel il donne de nouvelles dimensions), la ville  et sa modernité (monde industriel ; vitesse : automobiles, avions ; publicité; mais aussi ses parias devenus visibles: prostituées, migrants, pauvres, marginaux de tous ordres).
Au bouillonnement d'idées, aux expériences créatrices de ces premières années du XXe siècle, en littérature, en peinture aussi bien que dans les autres arts, Apollinaire donnera, en 1917, dans une conférence, dont le texte sera publié en 1918, le nom d'Esprit nouveau. Il  y prône une esthétique de la surprise fondée sur l'appréhension du "monde entier, ses rumeurs et ses apparences, la pensée et le langage humain, le chant, la danse, tous les arts et tous les artifices [...]"
Deux ans plus tard, l'architecte Le Corbusier et ses amis, Ozenfant et Dermée, reprendront l'expression pour en faire le titre de leur revue.



gouaches, 1916

trois gouaches d'Apollinaire, 1916



Pour le lire
: une partie des oeuvres d'Apollinaire  est accessible sur la toile.
A découvrir : documents et poèmes d'Apollinaire.
Pour en savoir davantage sur le poète, un site qui lui est consacré, sur Les Mamelles de Tirésias, c'est sur Gallica.
Pour découvrir la peinture cubiste, une page du musée Georges Pompidou (familièrement appelé Beaubourg)




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