L'Enchanteur pourrissant : Guillaume Apollinaire, 1909

coquillage



Mais nos pieds ne se détachent qu'en vain du sol qui contient les morts.


Méditations esthétiques - Les peintres cubistes, 1913






Metzinger

Jean Metzinger (1883-1956), Portrait d'Apollinaire, 1910

Entrer dans le texte

André Breton voyait dans ce premier livre publié par le poète  "l'un des plus admirables livres d'Apollinaire". Ce qui n'étonnera aucun lecteur contemporain tant ce récit semble faire naître, par anticipation, le surréalisme et pas seulement en raison de son dernier chapitre intitulé "Onirocritique", et pas seulement parce qu'Apollinaire a inventé le mot, en 1917.
il commence par être singulièrement déconcertant. Et d'abord par son titre qui a des allures d'oxymore puisque toutes les connotations du terme "enchanteur" sont positives, alors que l'adjectif "pourrissant" ne peut évoquer que des images négatives, suggérant la décomposition, les odeurs nauséabondes.
Ensuite parce qu'il semble échapper à toute tentative de définition. Ni prose vraiment, quoiqu'il commence comme un récit assumé par un narrateur sous les auspices du conte, "Il y eut jadis...", ni poème totalement malgré la présence de poésies versifiées, celle de répétitions et de reprises, ni dialogue théâtral bien que des personnages nommés viennent y déclamer comme sur une scène et que le narrateur intervienne dans des formules qui sont proches de didascalies ; en vérité, cela ferait plutôt penser à un opéra, par le caractère symbolique de la majorité des personnages convoqués et leur nombre, par une certaine grandiloquence des déclamations, par l'existence des choeurs, masculin, féminin, sans compter ceux des animaux et, plus exactement encore, à un oratorio en raison de la multiplication des voix et du lyrsime déployé.
Mais s'il est déconcertant, le livre est aussi troublant. Sans doute pour cette raison même. Le lecteur ne comprend guère les voies où il est entraîné, inquiétantes, dérangeantes ; il oscille entre le sentiment d'être devant une oeuvre proche de la plaisanterie (l'imaginaire d'un adolescent facétieux qui puise à coeur joie dans la bibliothèque —le monstre Chapalu "qui avait la tête d'un chat, les pieds d'un dragon, le corps d'un cheval et la queue d'un lion" et qui, surtout, s'entend "le chat pas lu" ), voire de la provocation, une forêt en délire retentissant de ruts animaux, une obscénité parfois un peu lourde, un jeu "blasphématoire" avec la religion (Noël funéraire), et celui d'être plongé dans une douloureuse interrogation sur les rapports entre les hommes et les femmes, à moins que ce ne soit plus universellement une interrogation sur ce que sont masculin et féminin tout autant que dans une sorte de manifeste personnel sur ce qu'est la littérature, ou ce qu'elle va être.


Et il est aussi devant un beau livre (ce dont le lecteur actuel peut avoir une idée dans le volume de la Pléiade qui offre les illustrations de Derain, mais ne reprend de la mise en page que celle des fins de chapitres). Et les beaux livres ne se lisent pas tout à fait comme les autres, étant, plus que tout autre, propices à la rêverie : question de mise en page, de va et vient entre texte et illustrations. L'expérience est d'autant plus étonnante, ici, que les gravures hors texte ne portent aucune légende ; leur caractère simple (peu d'éléments les composent) semble opposé à la prolifération des personnages dans le texte, mais l'écho de l'un aux autres est réel dans la mesure où la majorité des gravures (vignettes comprises) proposent des corps masculins et féminins, de rares paysages et un sphinx ; le sphinx figure de l'énigme sous le signe duquel l'ensemble pourrait s'inscrire.

Un beau livre

En 1909, Apollinaire n'est plus un inconnu. Il a déjà publié, dans diverses revues, des poèmes, mais aussi une première version de L'Enchanteur pourrissant dans Le Festin d'Esope (mars à août 1904), la revue qu'il a fondée en 1903. Il est aussi un critique d'art qui compte et ses relations avec la jeune génération d'artistes qui est en train d'inventer le cubisme sont étroites. Sa compagne depuis 1907, Marie Laurencin, est peintre elle-même. Rien d'étonnant à ce qu'il connaisse Daniel-Henri Kahnweiler (1884-1979) qui a ouvert une galerie rue Vignon, en 1907, et devient le marchand mais surtout l'ami des peintres cubistes. En 1908, pour l'exposition Braque qu'il organise, il confie à Apollinaire la rédaction du catalogue. Quand, en 1909, il veut se tourner vers l'édition du livre d'art, c'est encore au poète qu'il demande un manuscrit. Celui-ci choisit L'Enchanteur pourrissant qu'il remanie et auquel il adjoint un premier chapitre qui a des allures de prologue, et en épilogue, le poème en prose "Onirocritique", publié auparavant dans la revue La Phalange (15 février 1908). L'oeuvre proposée,  André Derain va être chargé de l'illustrer, et il choisit, pour ce faire, la gravure sur bois.
Derain va graver aussi bien des illustrations hors texte que des vignettes, généralement placées en tête de page dans l'édition originale, des lettrines ouvrant chaque chapitre et des culs-de-lampe les clôturant. Ce sont en tout 32 bois qui composent avec le texte d'Apollinaire une oeuvre singulière. Kahnweiler l'édite à 106 exemplaires sous une curieuse couverture aveugle, et avant la seconde moitié du XXe siècle, elle ne connaîtra qu'une deuxième édition, d'une centaine d'exemplaires, en 1921, à la NRF. Oeuvre confidentielle, quasi clandestine, elle fait aujourd'hui les beaux jours des bibliophiles fortunés. Par ailleurs, Jean Burgos y voit la matrice de l'oeuvre tout entière.



Petite promenade dans le livre

Le prospectus de lancement a été, comme il était logique, rédigé par Apollinaire lui-même. Il y met en évidence le double caractère de l'objet, sa beauté plastique et son originalité. Cette originalité tient à une double postulation, aussi bien pour le texte que pour les illustrations, c'est une plongée dans "l'origine", celle de la littérature, celle de l'imprimerie, en même temps qu'une ouverture sur l'avenir, l'invention d'un "quelque chose" totalement nouveau. Même s'il faut faire la part de la réclame dans ce texte (inciter les lecteurs à l'achat d'un ouvrage onéreux), il n'en indique pas moins une sorte de pacte de lecture.




Plein d'idées toutes neuves et saisissantes dont l'affabulation n'a d'analogue dans aucune littérature, L'Enchanteur pourrissant de Guillaume Apollinaire est un des livres les plus mystérieux et les plus lyriques de la nouvelle génération.

Cette oeuvre, dont les racines s'étendent très loin, jusqu'aux profondeurs celtiques de nos traditions a trouvé dans André Derain son illustrateur.
Le plus précis réformateur de l'esthétique plastique a gravé sur le bois des images, des lettrines et des ornements qui font de ce livre une pure merveille artistique.
Intimement liée à l'invention de l'imprimerie, la gravure sur bois est celle dont le style se marie le plus heureusement à l'aspect d'un feuillet imprimé, mais sa tradition typographique s'est vite perdue pour se confondre en quelque sorte, depuis le XIXe siècle, avec celle de la gravure sur métal.
Rappelons que le premier ouvrage imprimé en caractères mobiles et illustré de gravures sur bois était intitulé : Lettres d'indulgence* et date de 1454.
On connaît peu de livres où l'accord des génies de l'auteur et de l'artiste apparaisse mieux que dans L'Enchanteur pourrissant. Cette harmonie qui a fait en grande partie le prix de la fameuse édition aldine du Songe de Poliphile**, les bibliophiles n'ont pu le constater que trop rarement.
Le goût des belles éditions paraît revenir. L'éditeur bibliophile Henry Kahnweiler offre aujourd'hui aux amateurs d'art et de lettres, un livre qui réunit à l'attrait littéraire et artistique celui d'une typographie que l'on s'est efforcé de rendre irréprochable.

* Roselyn D. Pirson, dans un article ("Le bulletin de souscription de L'Enchanteur pourrissant : épitexte éditorial ou "zone indécise" d'une critique du texte illustré", 2000), précise que ce texte n'était pas illustré
**édition aldine : celle d'Alde l'ancien ou Alde Manuce, le plus célèbre des éditeurs de la Renaissance. Le Songe de Poliphile a été publié, pour la première fois, à Venise, en 1499.






page de titre

Page de titre avec une première vignette proposant le chiffre de l'éditeur HK, Henry Kahnweiler. Deux coquilles car, semble-t-il, Kahnweiler aurait affirmé qu'il y avait nécessairement dans un livre au moins deux "coquilles" (erreur de typographie)
Dans l'édition originale, le titre est en rouge comme le nom de l'éditeur


la justification de tirage


La justification de tirage sur la dernière page. Elle donne deux dates "a été écrit en 1898", et "l'achèvera en 1909".


première page

Première page du texte avec une vignette de haut de page et la lettrine initiale, le Q de "Que deviendra mon coeur parmi ceux qui s'entraiment?"


cul-de-lampe

Dernière page et cul-de-lampe final



Enchantements

poétiques
Avec l'adjonction du premier chapitre et celle du dernier, "Onirocritique", L'Enchanteur pourrissant se développe sur sept sections, que l'on peut aussi appeler chapitres. Comme le symbole avec Apollinaire n'est jamais loin, il faut se rappeler que sept jours est le temps nécessaire à la création dans la Genèse.
La construction fait se succèder une narration (le premier chapitre), deux chapitres de dialogue, une narration au triple entrelacement qui est déjà poème en prose, puis de nouveau deux chapitres de dialogues et le dernier poème en prose, "Onirocritique". Si bien que le mouvement général de l'ensemble fait progresser le texte de la prose sous forme de conte (laquelle, par ailleurs, occulte son origine qui était le vers) à la prose poétique libérée, dans un flux d'images, en passant par la poésie en prose, structurée selon le modèle imaginé par Aloysius-Bertrand et dont Baudelaire s'est voulu l'héritier.
Dans sa structuration L'Enchanteur pourrissant est le genèse d'une nouvelle poétique. Merlin l'énonce dès le début en confiant à Morgane : "De longtemps, la terre ne portera plus d'enchanteurs, mais les temps des enchanteurs reviendront."
Le premier chapitre, réécriture d'un épisode que tout lecteur des romans de la Table Ronde reconnaît aussitôt puisque c'est le résumé de la biographie de Merlin, le magicien attaché à la destinée d'Arthur, de sa naissance extraordinaire à son emprisonnement par Viviane, ici dans un sépulcre, présente les deux personnages dominants : Merlin et Viviane.
Les cinq chapitre suivants en convoquant autour du sépulcre de Merlin toutes les créatures d'un imaginaire occidental qui puise autant dans la matière de Bretagne (comme il est courant de dire à propos des romans de chevalerie qui prolifèrent entre la seconde moitié du XIIe et le XVe siècle) que dans la culture judéo-chrétienne et bien entendu dans l'Antiquité gréco-latine, rassemblent ce qui est menacé de s'anéantir dans la disparition de l'enchanteur, et dans le même temps ce qui va perdurer dans la voix.
Merlin y apparaît d'abord comme un esprit de la nature (les animaux réels  et imaginaires sont très nombreux dans ces pages), mais d'une nature de l'ombre, de l'humide, du caché, entre lézards et crapauds, entre chauves-souris et serpents. Viviane, de même, mais plutôt liée à l'aérien, la libellule et les mouches...
Peut-être doivent-ils cette caractéristique, absente des romans médiévaux, à l'interprétation romantique d'Edgar Quinet dans son Merlin l'enchanteur, publié en 1860.



Burne-Jones

Edward Burne-Jones, The Beguiling of Merlin (L'enchantement de Merlin), (1872-1877 (Liverpool Museum) : Merlin s'endort cependant que Viviane s'éloigne en emportant le livre des savoirs.


La forêt est leur domaine d'élection
En 1915, dans une lettre à Madeleine Pagès, le 25 mai, Apollinaire évoque sa "première oeuvre publiée" à propos de la forêt où les artilleurs sont postés, près du front, et il en dit qu'elle "célébrait uniquement cette prodigieuse matrice qu'est la forêt, créatrice de prestige et de vie sans cesse renouvelés."
Les deux personnages témoignent d'un monde païen et magique en voie de disparition comme les deux druides qui se croisent dans la forêt nocturne mais pour rejoindre l'un l'océan, l'autre les montagnes. Pourtant, dans cette disparition, c'est exactement comme s'ils s'amalgamaient au paysage tout entier, comme plus tard le corps de Merlin va se méler à la terre et Viviane rejoindre les profondeurs du lac.
Vient ensuite le cortège des "faux", célébrant dans la mise au tombeau de l'enchanteur, une naissance à l'envers, une "Noël funéraire"  comme le disent les faux rois mages venus d'Allemagne. Formule oxymorique que reprend ensuite Merlin, peu éloignée d'une certain vision hugolienne pour laquelle la mort du poète était toujours son apothéose, la destruction du corps libérant la voix.
Pourtant la voix de Merlin, seul le lecteur l'a en partage, les autres, à l'exception de Morgane, n'entendant rien jusqu'à ce qu'arrivent les bâtisseurs de villes. De leur dialogue semble naître le premier poème (4e chapitre dont la structure rappelle "Un rêve" d'Aloysius-Bertrand qui entrelace trois aventures différentes : celle de la rencontre dans le château aventureux du chevalier de cuivre et de la guivre —la rime entraîne leur "mariage"—, les jongleurs ramassant le peigne de la dame chanteuse dans Orkesine, et la naissance des princesses jumelles à Camalot).
Le cadre est nettement médiéval. La guivre (femme serpent qui chez Apollinaire n'est femme que par ses lèvres, "des lèvres humides") fait penser à Mélusine qui est, du moins dans le texte de Jean d'Arras, la bâtisseuse par excellence. Le peigne lui aussi rappelle un des épisodes les plus connus du Chevalier de la charrette de Chrétien où Lancelot trouve le peigne de Guenièvre, et Camalot fait partie de la géographie arthurienne.
La ville apparaît ici, en réitérant ce que l'épisode du chevalier Tyolet avait montré (début du 3e chapitre où son sifflement comme le chant d'Orphée rassemble autour de lui oiseaux et animaux), la source du chant, la source de la poésie. Le poème devenant le lieu où peut se rassembler le diffus et le dispersé, tous les temps et tous les espaces, y compris bien sûr l'espace de l'imaginaire qui est, dans le même mouvement, sa source et son résultat.
Si bien que Merlin est aussi la figure du poète, mourant et ressucitant sans fin pour que vive la poésie.

Viviane et les évocations féminines
Le comportement des personnages féminins, dès le bref récit du premier chapitre, fait aussitôt songer au symbolisme, à la vision du féminin qui se construit dans les arts de la fin du XIXe siècle, comme inquiétant et dangereux, en particulier dans l'image de Salomé (que reprend aussi bien Flaubert dans Hérodias qu'Apollinaire lui-même pour tenir les deux bouts de la chaîne), la danseuse dont le prix est la mort d'un homme. Viviane, dans ce texte en réactive la figure ; elle est associée à la danse et Merlin, dans le dernier échange qu'il a avec elle, lui dit : "Je suis mort ! Va-t-en, à cette heure, car ton rôle est fini, tu as bien dansé."
Elle-même, dans l'avant-dernier chapitre, avant de regagner son "beau palais dormant, plein de / lueurs de gemmes, / au fond / du lac" se compare aux mouches : "Les mouches me ressemblent, les danseuses. [...] Et puis, enfin lasses, les mouches volent vers les putréfactions."
Les autres personnages féminins convoqués, outre les sorcières en groupe, sont les créatures dont la légende transmet les enchantements dangereux, de Morgane à Dalila en passant par Lilith qui, selon une tradition hébraïque, aurait précédé Eve, Hélène, Médée, sans oublier toutes les fées, elles-mêmes personnages dangereux, venues de l'autre monde des mythes celtes, rien à voir avec les contes pour enfants (petits ou grands) qui ont proliféré à partir du XVIIe siècle.
Tous ces personnages féminins sont à l'origine de malheurs, le meurtre, la guerre, la souffrance y compris pour eux-mêmes. Lilith, l'origine de la luxure (si l'on suit l'interprétation de Rémy de Gourmont dans Lilith, 1892, dont la forme par ailleurs a beaucoup à voir avec celle choisie par Apollinaire), n'est ici que la mère maudite dont la maternité ouvre sur la mort, ce qui est encore un des fantasmes symbolistes qui vont se propager bien après la fin du XIXe siècle. Angélique (tout droit venu du Roland furieux, Arioste, 1516/1532), "la bien nommée", fille de Galafron roi du Cathay, donc "la Chinoise", qui dit "il n'y a pas de raison pour qu'une femme tue un homme" est violée,  meurt, et à l'encontre de ce qu'affirme "le choeur inouï des hiérarchies célestes", "est damnée" comme l'annonce l'archange Michel. Femmes ambivalentes, donneuses de vie, porteuses de mort, belles et maléfiques parce qu'exposant la dégradation et la finitude dans leurs corps et leurs visages qui s'usent (Morgane et Médée sont vieilles), qui cessent de pouvoir procréer (détresse des guivres qui veulent être embrassées avant la ménopause).
Ces évocations féminines, ces "irréalités" prenant forme de "réalités" passent et posent la question, toujours la même, de l'impossible, mais en même temps inévitable, association de l'homme et de la femme. A la question finale de Merlin, Viviane ne répond rien, mais s'en va en laissant couler "le long de ses jambes les larmes rouges de la perdition."

l'humour
Si les questionnements que la lecture du texte soulève sont graves, l'écriture elle-même joue de divers registres et une veine humoristique y circule de bout en bout. Elle peut être légère, ainsi du "troupeau de jolis sphinx" cherchant qui va pouvoir répondre à leurs énigmes afin de pouvoir mourir ou du monstre Chapalu qui se découvre une excellence : "manger" ! Elle peut jouer du scatologique dans les propos d' "Urgande la méconnue, sorcière sans balai" et de l'obscène dans les "trous" du texte prétant à Salomon et Socrate des propos bien peu accordés avec l'image traditionnelle du sage et du philosophe par excellence. Elle colore l'ensemble du texte d'une désinvolture, d'un caractère ludique qui n'est pas le moindre de ses charmes, au sens étymologique du terme.

Car L'Enchanteur pourrissant est un piège, y entrer c'est ne pouvoir en sortir, comme il advient de Merlin dans son tombeau. Le lecteur tombe en amour, et tout cela nous mène loin, car d'en épuiser les résonnances, il est peu probable.




A découvrir
: la représentation féminine chez les peintres symbolistes ou proches du symbolisme.
A lire : un article de Fabrizio Bertetti sur "La femme dans la poésie symboliste. Les poètes mineurs."



Accueil               Apollinaire