Le surréalisme

coquillage


Le terme "surréaliste", comme le mot "romantique", est à prendre avec beaucoup de précautions. Il est couramment utilisé pour caractériser tout ce qui semble déborder le sens commun, le plus souvent en mauvaise part, employé avec aussi peu de rigueur que l'adjectif "kafkaïen", pour indiquer l'incompréhensible. Il ne devrait pourtant servir qu'à qualifier ce qui relève d'un mouvement artistique qui trouve sa source au début des années vingt du XXe siècle, en France, et dont le nom est emprunté à Guillaume Apollinaire qui sous-titrait "Drame surréaliste" sa pièce, montée en 1917, Les Mamelles de Tirésias. Apollinaire dans sa préface définit le mot comme un néologisme destiné à exprimer une tendance de l'art contemporain : "’il fallait revenir à la nature même, mais sans l’imiter à la manière des photographes. Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait ainsi du surréalisme sans le savoir." Ainsi, pour Apollinaire, le surréalisme interprète le réel, le dépasse, lui fait signiifier davantage et construit l'avenir. Les surréalistes ne vont pas renier cette définition mais en élargir la portée. Le surréalisme n'a rien à voir avec le surnaturel, même si quelques-uns de ses membres avaient un certain goût pour l'occultisme et l'ésotérisme, Breton tout premier.
Dans le Premier manifeste du surréalisme, publié en 1924, Breton en donne une définition présentée comme un article de dictionnaire :



SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
ENCYCL. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie.



et dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme (1938), dans lequel Breton et Eluard rassemblent quelques formules et images de tous leurs amis et les leurs, la définition de surréalisme, entre "sourire" et "Vanel (Hélène)" qualifiée de "danseuse surréaliste" devient :" — Vieux couvert d'étain avant l'invention de la fourchette." Entre l'article de dictionnaire et l'image,

Qu'est-ce donc que le surréalisme ?






Valentine HUgo, 1932


Valentine Hugo (1887-1968), Le Surréalisme, huile sur toile, 120x100 cm, 1932, coll. particulière. Le peintre se rapproche du groupe vers 1928 et s'en éloignera vers 1936. Elle a aussi illustré de nombreuses oeuvres (en particulier celles d'Eluard).
Dans un paysage onirique (plantes, corps féminins dénudés, tablettes mystérieuses comme des hiéroglyphes), elle représente ici les "étoiles" du surréalisme, les explorateurs de la nuit. Le S qui dessine la constellation part de René Crevel pour s"adapter au profil d'Eluard ; entre les deux, Breton dont le visage de trois-quart se détache comme sur un premier plan, puis il englobe René Char, Tzara et Benjamin Peret. Les trois derniers, les yeux grands ouverts et fixés sur le spectateur le traversent, l'interrogent, l'aspirent.

Il y a bien des points communs entre le mouvement romantique qui explose dans les années vingt du XIXe siècle et le mouvement surréaliste qui éclate cent ans après. Tous deux surgissent après des expériences historiques traumatisantes, bien que pour des raisons tout à fait différentes; tous deux vont façonner leur siècle jusques et y compris chez leurs opposants, voire leurs détracteurs ; plus largement, tous deux modifient en profondeur les sensibilités. Les Romantiques en ouvrant les yeux de leurs contemporains sur des réalités peu prises en considération, la nature dans sa démesure (l'océan, la haute montagne), l'amour comme transcendance, la jeunesse comme âge essentiel, le politique comme territoire commun au peuple et aux artistes, les arts comme un dialogue où tous s'interrogent et se répondent ou se font écho ; les surréalistes, quoiqu'ils en disent, héritent de tout cela, encore qu'ils négligent quelque peu la nature au profit des mondes urbains (Baudelaire, Apollinaire étant passés avant) mais ils vont privilégier l'exploration de la psyché humaine pour en découvrir le moteur, le désir. Pour ce voyage, il leur faut un équipement inexistant qu'ils vont inventer au fur et à mesure de leurs expériences. Le surréalisme c'est d'abord une aventure.
Une aventure qui suppose des aventuriers. Ils sont quatre, avec les mêmes interrogations, les mêmes aspirations, les mêmes inquiétudes. Quatre jeunes hommes qui rêvent de poésie, à Nantes (Breton), à Paris (Soupault et Aragon), à Clavadel dans les montagnes suisses (Eluard). Le "hasard objectif", comme dit Breton, va les mettre en présence. Apollinaire présente Breton à Soupault ( janvier 1917), Breton fait la connaissance d'Aragon au Val de Grâce où ils sont tous deux médecins auxiliaires (septembre 1917). La poésie est leur étoile et leur mage, Lautréamont. Paulhan qui a voulu connaître Eluard après sa lecture des Poèmes pour la paix (juillet 1918) le présente au trio. Ils sont quatre. Très vite, ils seront beaucoup plus nombreux, l'aventure peut commencer. Mais les premiers pas sont vacillants. On publie. Le premier numéro de Littérature (mars 1919), lancé par le trio, s'inscrit tout à fait dans le cadre encore très traditionnel des jeunes gens en quête de reconnaissance littéraire.
Leurs prédécesseurs leur ont laissé des mots d'ordre qu'ils cultivent, sans encore avoir vraiment trouvé leur voie. Baudelaire, "Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe? / Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!" (derniers vers de "Le Voyage"), Mallarmé : "Donner un sens plus pur aux mots de la tribu" ("Le Tombeau d'Edgar Poe"), comme Apollinaire ou Cendrars dont les grandes oeuvres sont publiées la veille de la guerre (1913) : Alcools et La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, leur donnent la modernité (la ville, la vitesse, la nouveauté, la surprise), sans oublier Rimbaud  : "Trouver une langue ; [...] Cette langue sera de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d'inconnu s'éveillant en son temps dans l'âme universelle : il donnerait plus - que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Enormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !" (Lettre à Demeny, 15 mai 1871). Lautréamont, une expérience de l'écriture comme exploration des profondeurs de l'esprit et du langage.
Et puis, il y a la guerre, la Grande, celle qui commence la fleur au fusil et s'embourbe dans les tranchées et l'horreur. Pendant ce temps, en Suisse, à Zurich, un cabaret au nom prometteur, Voltaire, où se réunit une autre bande de jeunes gens qui fait feu de tout bois, clame à tous vents sa révolte, sous le nom tonitruant de DADA. Le plus actif de tous ces jeunes gens est un étudiant en philosophie, Tristan Tzara.

Dada se répand à toute allure, une vraie contagion, en Europe (en particulier en Allemagne) mais aussi aux USA, à New-York, auprès de jeunes peintres, Duchamp, Picabia, Man Ray. Dada est, dès le départ, international.
Nos quatre jeunes gens, à la fois inscrits dans un champ littéraire qui les accueille à bras ouverts, il suffit de voir le sommaire du premier numéro de Littérature pour s'en convaincre (Gide, Valéry, Fargue, Suarès, Jacob, Reverdy, Cendrars, Paulhan et enfin Aragon, et Breton), et habités d'un désir autre qui se cherche encore, trouvent en Dada, la force, la violence mais aussi l'humour auxquels ils sont sensibles. Ils lui embrayent le pas, et seront ses plus fervents activistes de 1919 à 1922, pour ne pas dire ses promoteurs.


 dada, papillon-tract, 1922




Mais si démolir est important, cela ne leur suffit pas. Ils ont des territoires à explorer : tout l'esprit humain. Freud, que Breton a découvert et communiqué aux autres, leur indique des pistes. Soupault et Breton inventent alors la technique de "l'écriture automatique" dont Breton écrit en 1938 : "Durant des années, j'ai compté sur le débit torrentiel de l'écriture automatique pour le nettoyage définitif de l'écurie littéraire. A cet égard, la volonté d'ouvrir toutes grandes les écluses restera sans nul doute l'idée génératrice du surréalisme" (Dictionnaire abrégé du surréalisme). Le principe consistait à écrire le plus rapidement possible, le plus longtemps possible afin que vitesse et fatigue entravent, sinon annulent, toute activité de censure. Le but n'était nullement esthétique, il s'agissait de faire surgir la pensée à l'état brut en somme, dans son pur fonctionnement. Au cours de cette expérience, ils espéraient voir se tracer de voies nouvelles vers des espaces inconnus de l'esprit humain aussi bien que des formulations langagières, inattendues et propices à en faire surgir d'autres. Vers 1922-23, le groupe surréaliste, qui ne prendra ce nom officiellement qu'en 1924 avec la publication du Premier manifeste, s'éloigne de Tzara et de Dada.  Il y a sans doute des questions de rivalités personnelles entre Breton et Tzara, mais aussi le groupe a grandi entre 1919 et 1922, parce que d'autres jeunes gens poursuivant la même quête le rejoignent, ils s'enfoncent dans le territoire du rêve. Tous les états limites (ceux de l'enfance, ceux de la folie, ceux des dits "primitifs", ceux des autodidactes) leur sont fascination parce qu'ils y perçoivent la possibilité d'atteindre une vérité que la culture, la "civilisation" qu'ils vouent aux gémonies (et leur détestation va bien au-delà de celle de "l'épicier", du "bourgeois" que vilipendaient déjà les romantiques) les empêchent de connaître. Il s'agit, et ils le clament haut et fort, de libérer la "folle du logis", l'imagination.
Le récit de rêve sera une autre voie pour tenter d'exprimer ce qui, habituellement, est censuré par la raison, la logique. Puis viendra la période des sommeils hypnotiques provoquant des discours ou des actes, feints ou réels, peu importe puisque feindre c'est encore révéler une vérité, comme la jeune psychanalyse commençait à l'expliquer ; protégé par la mise en scène, le sujet pouvait transgresser tous les codes, et ne s'en privait pas. Mais l'apport des peintres avec leurs collages, décalcomanies, frottages, va dans le même sens et met en évidence ce que toutes les expériences et jeux surréalistes soulignent : la prééminence de l'image. Le surréalisme est, dès le départ, et essentiellement une expérience de l'image. Non une théorie de l'image, mais une expérience.
Libération qui ne va pas sans prosélytisme, il faut faire connaître, faire savoir. Sans doute est-ce là le point de friction le plus grave avec Tzara et ses amis. On se fâche, on finira quand même par se réconcilier au tournant des années trente.
Le surréalisme est, au sens strict du terme, une école : on y passe, on y apprend beaucoup — à laisser surgir le désir, à explorer ses profondeurs, à jouer avec le langage pour lui faire trouver des voies nouvelles — puis on s'en va, souvent avec pertes et fracas, comme dans les ruptures entre Breton, ceux qui lui sont fidèles et Soupault, Artaud, Desnos (qui écrit un Troisième manifeste du surréalisme pour contrer ceux de Breton), Queneau, Aragon. Et ne pas oublier que chaque rupture avec un "meneur" entraîne une reconfiguration du groupe, car les éclatements sont collectifs. Avec Eluard, comme avec Char, un peu plus tôt, la rupture sera plus discrète. Par certains aspects, dont le rôle dominant de Breton, le surréalisme tient aussi de la secte et du parti : ou on est avec, ou on est contre, aux yeux de Breton surtout, dont les anathèmes n'ont pas manqué.
Mais, lui, qui est, dès le départ, l'âme du mouvement, son noyau dur, n'en persiste pas moins sur sa lancée, et de nouveaux jeunes gens viennent puiser dans cette vision du monde les forces qui leur permettront de poursuivre leur aventure personnelle, et ce jusqu'à la mort de Breton, en 1966. Bien sûr, comme pour le romantisme, tous ceux qui ont découvert leur voie avec le surréalisme, poètes, peintres, cinéastes, philosophes, psychanalystes, tous en restent marqués à vie. Mais la grande liberté de ces créateurs, leurs inventions, leur ludisme, le rôle moteur qu'ils donnent à l'image pour la compréhension de soi et du monde, leur exaltation du désir amoureux, leur célébration du féminin, ont contaminé toutes les créations artistiques du XXe siècle.



Chronologie succinte des événements :



mars 1919 : premier numéro de la revue Littérature (Soupault, Aragon, Breton, "les trois mousquetaires", dixit Valéry). Si les trois amis, que rejoint Eluard, en mai de la même année, sont intéressés et attirés par les échos qu'ils ont de Dada, ils n'en restent pas moins dans le cercle de la lttérature reconnue, d'autant qu'à partir de septembre 1919 Breton travaille, grâce à Gide, à la NRF (il s'occupe des abonnés et corrige les épreuves de La Recherche du temps perdu).
décembre 1919 : publication des Champs magnétiques (Par René Hilsum au Sans pareil), résultat des activités d'écriture automatique menées par Soupault et Breton. Moment en quelque sorte fondateur, car à travers ce "compte-rendu", ils découvrent que la pensée fonctionne en "images" plus qu'en "propositions logiques".
Janvier 1920 : arrivée de Tristan Tzara à Paris. Débutent six mois d'activités et d'interventions dadaïstes qui vont rendre très visible le groupe en raison des réactions qu'elles suscitent : ils envahissent des manifestations publiques, organisent des spectacles, distribuent des tracts, multiplient les provocations.
mai 1920 : Littérature publie "vingt trois manifestes du mouvement dada" (l'ordre des textes a été tiré au sort)
novembre 1920 : Congrès de Tours : naissance du Parti Communiste Français (ce n'est ni une manifestation Dada, ni une activité surréaliste). Le PC représente le seul pôle d'attraction politique qui intéressera ces jeunes gens en colère, qui dès la Guerre du Rif (1925), se rapprochent de lui pour manifester leur désapprobation de la guerre, en général, et des guerres coloniales en particulier. Certains adhèreront pour un temps court (c'est le cas de Breton, par exemple), d'autres pour toute leur vie (c'est le cas d'Aragon), d'autres s'éloigneront du surréalisme à cause de ses liens (pourtant bien distendus), avec un parti politique, d'autres feront des allers-retours entre le PC et le groupe (c'est le cas d'Eluard, et même de Tzara).
13 mai 1921 : Ouverture du procès Barrès, salle des Sociétés savantes. "Mise en accusation et jugement de M. Barrès par Dada". L' acte d'accusation prononcé par Breton était :  " atteinte à la sûreté de l'esprit". Premier achoppement entre Breton et Dada, Tzara ne voit qu'une vaste blague là où Breton prend les choses au sérieux. Picabia se fâche tout net par haine des juges, tribunaux et autres lois. Première exposition d'oeuvres de Max Ernst à la librairie Au sans Pareil.
octobre 1921 : En voyage de noces avec son épouse (Simone, née Kahn), de passage à Vienne, Breton est reçu par Freud. Freud ne comprend guère le surréalisme, ni surtout l'usage que ce dernier fait de la psychanalyse. Ce malentendu perdurera. Pourtant, le surréalisme a été un des grands propagateurs de la psychanalyse à la fois dans son intérêt pour le rêve et la folie, et dans son exploration du langage.
mars 1922 : Nouvelle série de Littérature ; la tension augmente entre Breton et  Tzara.
septembre 1922 : le n° 4 de Littérature (dirigé par le seul Breton) attaque nommément Tzara et Dada. En septembre  première séance des "sommeils" chez Breton.
6 juillet 1923 : Rupture avec Dada. La représentation de Cœur à gaz de Tzara (Soirée dite du Cœur à barbe au théâtre Michel) est perturbée par les surréalistes (Aragon, Breton, Desnos et Eluard font le coup de poing et Tzara appelle la police).




couverture de Littérature n° 7, Picabia

Première de couverture de Littératures n° 7 (nouvelle série, décembre 1922 - c'est le seul numéro où le titre est au pluriel), dessin de Francis Picabia (1879-1953)
Breton a fait sa connaissance en 1920 et le peintre le fascine de plus en plus, au cours de ces années.




"On en vint finalement aux coups : Breton et Péret sont malmenés à une représentation du Coeur à Gaz de Tzara (juillet 1923) où ils étaient venus manifester. Pierre de Massot s'en tira avec un bras cassé, et Eluard, après être tombé dans les décors, avec une note d'huissier lui réclamant 8 000 francs de dommages-intérêts." (Maurice Nadeau, Histoire du surréalisme)



octobre 1924 : Premier manifeste du surréalisme, signé Breton. Y sont déclarés surréalistes : ceux qui ont "fait acte de SURRÉALISME ABSOLU MM. Aragon, Baron, Boiffard, Breton, Carrive, Crevel, Delteil, Desnos, Eluard, Gérard, Limbour, Malkine, Morise, Naville, Noll, Péret, Picon, Soupault, Vitrac."
On est surpris de ne trouver dans cette liste qu'un seul peintre (Malkine), alors que les plasticiens, dont Max Ernst qui est alors à Paris, ont joué un si grand rôle dans le surréalisme. Il n'y a pas davantage de femmes, mais Breton (et sans doute les autres) ne voyait, alors (il y aura une légère évolution au cours des années) dans les femmes que des "muses" potentielles, non des créatrices.
11 octobre 1924 : ouverture rue de Grenelle du "Bureau de recherches surréalistes" (dans un local prêté par la père de Naville). Une permanence y est assurée pour accueillir des récits, des observations, tout ce qui pourrait alimenter une nouvelle perception du monde. Le bureau sera peu fréquenté, si ce n'est pas les membres du groupe, et fermé fin janvier 1925.
18 octobre 1924 : " Un cadavre" première manifestation des surréalistes en tant que groupe, pamphlet contre Anatole France ["une nécrologie-pamphlet mémorablement bête" comme l'écrit, à juste titre, Kundera en 2005] qui vient de mourir et à qui l'Etat fait des funérailles nationales ; le pamphlet est publié le jour même de ces funérailles. Il fait naturellement scandale.
Décembre 1924 : premier numéro de la nouvelle revue surréaliste La Révolution surréaliste (directeurs : Naville et Péret)
1925 : Déclaration du 27 janvier : "Le surréalisme n'est pas une forme poétique. Il est un cri de l'esprit qui se referme vers lui-même et est bien décidé à broyer ses entraves..."
La guerre coloniale menée par la France dans le Rif marocain (elle a débuté en avril. Queneau y participe pendant son service militaire, novembre 25 à janvier 27 )  rapproche les surréalistes des animateurs de Philosophie, des dirigeants de la revue Clarté et autres intellectuels proches du PC. Ils publient une déclaration commune: La Révolution d'abord et toujours !
août 1925
: publication du Paysan de Paris de Louis Aragon
novembre 1925 : Première exposition parisienne de peintures surréalistes, dont le vernissage débute à minuit, à la galerie Pierre. Elle présente des œuvres de Giorgio De Chirico, Hans Arp, Max Ernst, Paul Klee, Man Ray, André Masson, Joan Miró, Picasso et Pierre Roy. Le catalogue est préfacé par Breton et Desnos.
Début des "cadavres exquis" : on y joue avec des mots comme avec des dessins.
26 février 1926 : ouverture de la " galerie surréaliste" (Jacques Trual et André Breton) avec une exposition de tableaux de Man Ray et d'oeuvres provenant des civilisations océaniennes, "objets des Îles" dit le catalogue. 
novembre 1926 : réunion pour discuter l'adhésion au PC :  Soupault, Artaud et Vitrac sont exclus.
janvier 1927 : adhésions au PC : Aragon, Baron, Breton,  Eluard, Péret et Unik
1928 : publication de Nadja, et du Surréalisme et la peinture, Breton.



La révolution surréaliste, 1, 1924

Premier numéro de La Révolution surréaliste, décembre 1924. La revue succède à Littérature (arrêtée au n° 19 de décembre 1921) ; elle est dirigée par Benjamin Péret et Pierre Naville.



février 1929 : Breton et Aragon adressent  à tous les surréalistes (présents et passés) une lettre invitant à réfléchir aux possibilités d'une action commune à tous les révolutionnaires. Il s'en suit de grands remous. Bataille, Leiris, Masson claquent la porte, d'autres protestent. Les membres du Grand Jeu (Vaillant, Daumal) sont stigmatisés pour "compromission" (dans le journalisme et le théâtre).
La querelle conduit à la publication du Second manifeste du surréalisme, publié par Breton :


Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement. Or c'est en vain que l'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de déterminer ce point.

octobre 1929 : projection publique (Studio 28, à Montmartre) du film de Buñuel, Un chien andalou.
novembre 1929 : (20 novembre-5 décembre, Galerie Goemans) première exposition de Dali à Paris. Il propose sa méthode "paranoïa-critique". Plus active que l'écriture automatique ou les sommeils hypnotiques, elle déclenche une vague de création d'objets "surréalistes".
janvier 1930 :  " Un cadavre" (reprise du titre du tract contre Anatole France de 1924) contre Breton signé de : Queneau, Desnos, Prévert, Bataille, Leiris.
Desnos y ajoute, pour son propre compte, le Troisième Manifeste du surréalisme qui se termine sur ces phrases vengeresses : "Et je proclame ici André Breton tonsuré de ma main, déposé dans son monastère littéraire, sa chapelle désaffectée, et le surréalisme tombé dans le domaine public, à la disposition des hérésiarques, des schismatiques et des athées." (Desnos s'amuse avec la tradition historique : le dernier des Mérovingiens, Childéric III, tondu et enfermé dans un monastère par son successeur, Pépin le bref, en 751. La "tradition" avait déjà servi à Dumas pour imaginer un complot contre Henri III dans La Dame de Monsoreau)
juillet 1930 : premier numéro de la nouvelle revue surréaliste Le Surréalisme au service de la révolution.
novembre 1930 : Aragon et Sadoul assistent à la deuxième conférence internationale des écrivains révolutionnaires à Karkov (URSS). Les deux hommes ont signé une déclaration par laquelle ils se désolidarisent du mouvement surréaliste. Le retour va être dur.
Première de L'Age d'or, Buñuel, au Studio 28. Quelques jours après, la Ligue des patriotes et la Ligue anti-juive saccagent le cinéma et détrusient les tableaux exposés dans le hall d'entrée.
mai 1931 : un tract surréaliste dénonce l'Exposition coloniale : "Ne visitez pas l'exposition coloniale".
mars 1932 : rupture bruyante, des surréalistes et d'Aragon. Echanges de textes empoisonnés dont le dernier, "Paillasse ! (fin de "l'affaire Aragon"), est suivi d'un texte d'Eluard "Certificat". "L'affaire" entraîne de nouveaux clivages.
juin 1933 : Parution du premier numéro de la revue Minotaure à l'initiative de l'éditeur suisse Albert Skira. La parution de cette revue signe, d'une certaine manière, la diffusion du surréalisme comme une avant-garde en matière artistique.
mai 1934 : exposition surréaliste à Bruxelles



premier numéro du Minotaure, juin 1933

Couverture (Picasso) du premier numéro du Minotaure, juin 1933, revue d'Albert Skira, éditeur. La revue veut être une tribune pour les jeunes artistes, et un espace de rassemblement où Skira parvient à faire cohabiter vieille garde (Breton et ses troupes) et dissidences.
La revue paraît de 1933 à 1939.


1935 : janvier, exposition surréaliste à Copenhague ; mars-avril, rencontre de Breton et des surréalistes tchèques à Prague ; mai 1935, exposition internationale à Santa Curz de Tenerife (Canaries). En une dizaine d'années, le surréalisme a conquis une quinzaine de pays. Juin : Congrès international des écrivains pour la défense de la culture,  à la Mutualité, à Paris ; pour avoir giflé, en public, Ilia Erhenbourg, Breton est interdit de parole. Du discours qu'il ne prononce pas, la conclusion définit pourtant la position des surréalistes dans ce qu'elle avait de plus innovant : " 'transformer le monde' a dit Marx ; 'changer la vie ', a dit Rimbaud: c'est deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un."
1936 : trois grandes expositions dans l'année. En mai, à Paris, à la galerie Charles Ratton ; à Londres, L’ "International Surrealist Exhibition" est organisée par l’historien d’art Herbert Read ; en décembre, le MoMA de New York présente l’exposition "Fantastic Art, Dada and Surrealism".
1938
:  grande exposition à Paris, en janvier, à la galerie des Beaux-arts ; la même exposition est présentée en août à Amsterdam, puis en septembre à La Haye. Le Dictionnaire abrégé du surréalisme, signé Eluard et Breton, lui sert de catalogue. Mais au retour du voyage de Breton au Mexique (avril-août), Eluard s'éloigne du surréalisme et se rapproche du PC. A sa suite, Valentine Hugo, Arp, Ernst et Man Ray s'éloignent de Breton. Arp, Leonora Carrington et Duchamp, plus quelques autres se lancent dans la rédaction d'un texte vengeur (c'est une habitude, dans ces cas-là): L'homme qui a perdu son squelette, roman satirique parce qu'imaginé comme un cadavre exquis, chacun des participants écrivant un chapitre sans connaître les autres. Il ne semble pas avoir été terminé.
septembre 1939
: début de la Seconde guerre mondiale. Avec la guerre, le groupe surréaliste se disloque. Après la démobilisation en 1940, certains s'exilent (Breton, Péret par exemple) ; d'autres vont rejoindre la résistance (Aragon, Char, Eluard, Tzara, par exemple). A la fin de la guerre, le surréalisme se poursuivra grâce à de nouveaux "adeptes" regroupés autour de Breton, mais sa période la plus créative est terminée. Il a ouvert la voie à de multiples parcours, il a donné à tous ceux qui ont ouvert les yeux grâce à lui la possibilité de suivre leur voie, ainsi de Prévert, Vian, Gracq et autres, leur nombre est si grand que la liste en serait trop longue.
Le surréalisme aura été la grande aventure artistique du XXe siècle.





A découvrir
: la collection des numéros de Littérature, accessible sur un site de l'Université d'Iowa.
Les femmes qui ont aussi participé au mouvement : peintres, photographes, elles ont été nombreuses, si elles sont moins connues que leurs alter-egos masculins.
Le parcours proposé par Beaubourg (Centre Georges Pompidou) à compléter par la page relative aux oeuvres.
A écouter : une conférence de Jean-Claude Silbermann (peintre et écrivain, lui-même surréaliste) sur "Le surréalisme et l'inconscient" : permet de comprendre comment le surréalisme a marqué encore après la deuxième guerre mondiale.
Philippe Soupault racontant sa perception de la naissance du surréalisme.
Une introduction pour tous : Le surréalisme (2000 ans d'histoire, Patrice Gélinet, France Inter, 13 février 2012)
Un colloque organisé par le Musée d'Orsay, en 2009, "Le splendide XIXe siècle des surréalistes: héritage et détournement"
A explorer : le site Mélusine (Université de Paris III), centre de recherches sur le surréalisme.



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