3 octobre 1897 : Louis Aragon

coquillage



A propos d'Aragon ce site contient aussi
: 1. Une présentation d'Anicet ou le panorama roman (1921) - 2. Notes sur Les Yeux d'Elsa (1942)- 3. "Ombres", extrait du Crève-coeur,1941 - 4. "La guerre et ce qui s'ensuivit", cinquième section, extrait du Roman inachevé, 1956 -





Aragon, 1922

Aragon en 1922,  Man Ray, sur cette photo, a su capter à la fois la beauté du jeune-homme et une sorte de mélancolie diffuse dans ce profil qui met en valeur les cheveux bruns et un regard comme perdu dans l'infini.

A l'exception de Louis-Ferdinand Céline, et pour des raisons à mes yeux inverses (mais que d'aucuns diraient identiques, tant notre époque vit d'amalgames rapides), il n'est sans doute pas d'écrivains du XXe siècle qui ait été aussi honni, au point qu'on lui a même nié ce qui ne peut l'être : la place considérable de son oeuvre dans la littérature du XXe siècle.

Une jeunesse ambivalente

ambivalente est bien le mot puisque la jeunesse d'Aragon est tout ensemble heureuse et mensongère. Rien n'est à lui vraiment. Ni le lieu de sa naissance (les biographes hésitent entre Toulon et Paris ; le poète affirme être né quasiment dans la rue, place des Invalides ; son père le fait naître en Espagne et lui invente le nom d'Aragon), ni sa mère qui passe pour sa soeur, ni son père qui passe pour son parrain, Louis Andrieux, notable de la troisième république, ni sa grand-mère qui passe pour sa mère. Sans compter l'autre roman familial qui se superpose à celui-là et où il est l'enfant adopté d'un couple d'amis morts en Espagne. Un imbroglio à ravir la toute jeune psychanalyse. Il est donc ce que la société appelle officiellement, un "enfant naturel" (comme si les autres relevaient de l'artisanat, voire de l'industrie) et couramment, de manière plus brutale, un "bâtard". A cela s'ajoute les ambiguïtés d'une famille marquée par un mode de vie bourgeois mais sans les moyens matériels lui permettant de "tenir son rang" comme on disait alors. Il est scolarisé, comme tout un chacun, avec quand même plus de brio que tout un chacun, dans un établissement (L'école Saint-Pierre) où il croise Montherlant et les frères Prévert, puis au lycée Carnot où il passe le baccalauréat (1914-15) avant d'entreprendre des études de médecine, en 1916, études qu'il abandonne en 1922. Il lit avec voracité et il a commencé son parcours d'écrivain avant même de savoir écrire (enfant il dicte des histoires à sa soeur-mère et à ses tantes). Dans la pension de famille que tient, un temps, sa grand-mère, il est le chouchou des pensionnaires, et le "parrain" s'occupe de lui ; Louis Andrieux a beau être un bourgeois peu scrupuleux en matière amoureuse, il ne l'a jamais abandonné, quoiqu'en ait pu dire, plus tard, la vindicte filiale.
La famille maternelle est aussi très présente si bien que l'enfant, puis l'adolescent, choyé mais en même temps trompé par tous ceux qui l'aiment, vit en porte-à-faux.
En 1917, le jeune homme est mobilisé comme médecin auxiliaire et part pour le front. C'est à ce moment-là, semble-t-il que sa mère, sur le quai de la gare, lui aurait tout avoué. On est en plein roman. Juste avant de partir, il a publié son premier poème dans la revue de Pierre Reverdy, Nord-Sud, et a fait la connaissance de Philippe Soupault puis, peu après, d'André Breton.
Même si la guerre lui est haïssable, il accomplit sa tâche de médecin avec un courage qui lui vaut d'être cité à l'ordre de son régiment et décoré de la croix de guerre en août 1918.



Les années surréalistes (1919 - 1932)

Avant d'éclater avec le premier Manifeste (1924) que signe Breton, et la revue La Révolution surréaliste, le surréalisme est d'abord une affaire d'amitié. Comme les trois mousquetaires (selon le témoignage de Soupault, c'est Paul Valéry qui se plaît à les identifier ainsi), ils sont quatre. Les trois premiers, Philippe Soupault, Louis Aragon, André Breton, publient en mars 1919, le premier numéro d'une revue nommée Littérature. Le parrain en est Paul Valéry, dont elle publie un texte. C'est dire qu'il s'agit de jeunes gens (ils ont entre 22 et 24 ans alors) en quête d'une place dans le champ littéraire, quoiqu'ils eussent hurlé de rage si on le leur eût dit ainsi, peut-être avec raison parce que ce n'est pas que cela. Le quatrième, Paul Eluard, les rejoint peu après. A eux quatre, ils explorent des voies nouvelles, à la fois sous l'égide de Rimbaud et de Lautréamont, dans le sillage d'Apollinaire (c'est à ce dernier qu'ils emprunteront le mot "surréalisme") et en s'appuyant sur les toutes nouvelles, alors, théories freudiennes pour lesquelles se passionne Breton. Ils sont aussi très attentifs à ce qui se passe en Suisse, au mouvement DADA qui commence à faire parler de lui. Lorsque Tzara arrive à Paris en 1920, DADA les enthousiasme tout à fait et ils participent aux manifestations du mouvement, voire les organisent. Tout dans DADA doit les séduire: le goût du scandale, le désir d'en finir avec toutes les valeurs bourgeoises qui ont permis la "boucherie" de la Grande Guerre, — et l'art est une valeur bourgeoise —, quant à la littérature, bonne à jeter. Il n'y a qu'un problème, si DADA est bien nihiliste, les rédacteurs de Littérature ne le sont pas ; détruire, oui, mais pour inventer autre chose. La rupture est consommée en 1922. Le surréalisme peut naître, ou plutôt s'imposer. De son aventure avec Tzara, il conserve le goût de la provocation et du scandale, mais dans le même temps il renouvelle complètement l'imaginaire et va marquer profondément tous les domaines artistiques du siècle.
Ce sont, pour Aragon, des années d'intense activité aussi bien dans le mouvement que pour sa propre production. Il ne cesse d'écrire et de publier, aussi bien des articles que des poèmes (Feu de Joie, 1920), des textes qu'il nomme faute de mieux, romans, (Anicet ou la panorama, 1921). Cette effervescence va se poursuivre jusqu'à la fin de la décennie (Une vague de rêves, 1924 ; Le Paysan de Paris, 1926). Extrêmement actif comme créateur, Aragon a aussi une vie sentimentale compliquée, jouant le plus souvent les amoureux transis, il faut le dire. Sa passion pour Denise Lévy, cousine de Simone Breton, n'aboutit pas ; sa liaison avec la très belle (et très riche) Nancy Cunard se termine mal. Il aurait tenté de se suicider, à Venise. Le conditionnel s'impose étant donné qu'Aragon a raconté de manière variée l'événement, tentative de noyade ou empoisonnement, on ne sait exactement. Il n'en reste pas moins que la valorisation extrême de l'amour que développait le surréalisme, sa propre aspiration à "une âme soeur", ont multiplié fortement ses sentiments d'échec.
Ces années sont essentielles, toutefois, dans le parcours de l'écrivain. Il y forge sa langue, il y explore l'espace de ses désirs, y construit progressivement son ethos, dans l'entrecroisement de la quête poétique, politique et amoureuse.
La guerre du Rif cristallise contre elle des jeunes gens qui depuis 1920, c'est-à-dire la fondation du Parti Communiste au Congrès de Tours, regardent avec intérêt de ce côté-là : changer la vie, changer le monde, peut-être ce jeune parti en sera-t-il capable. En 1927, avec Eluard et Breton, ils adhèrent au Parti. Les deux premiers n'y restent pas : Breton se rapprochant du trotzkisme, Eluard y revenant un peu moins de dix ans plus tard, à la veille de la guerre. Aragon, lui, semble avoir trouvé ce qu'il cherchait, et reste communiste toute sa vie.
Le Traité du style, en 1928,  donne le sentiment que le jeune homme se livre à une sorte de bilan, à la fois jubilatoire et un rien coléreux de son parcours d'écrivain et de sa jeunesse, avant de chercher d'autres possibilités. Il s'éloigne progressivement de ses années de jeunesse, mais la rupture avec Breton ne sera consommée, à grands bruits, comme toujours avec les surréalistes, qu'en 1932.





tract pour la Central surréaliste

tract annonçant la nouvelle revue La Révolution surréaliste (Reponsables de la publication : Pierre Naville et Benjamin Péret), décembre 1924, et l'ouverture du Bureau Central de recherches surréalistes, rue de Grenelle. La revue aura 12 numéros entre 1924 et 1929. Le bureau sera ouvert d'octobre 1924 à janvier 1925.



Le bilan de ces années-là est riche. Aragon a exploré bien des pistes, a trouvé quelques-uns de ses traits essentiels : une dextérité linguistique que le temps ne cessera d'améliorer ; le mélange continuel des genres brouillant les frontières entre prose et poésie ; le goût des symboles ; il a affiné son sens des images, son ironie. Rien ne sera oublié, pas davantage dans le cycle du "Monde réel" qui semble pourtant un "retour" au roman réaliste, que dans la poésie de la Résistance où il va paufiner son talent de contrebandier. Dans cet "apprentissage", il faudrait aussi faire place au travail du traducteur, commencé avec des transpositions de poèmes dadaïstes allemands, et plus sérieusement avec la traduction de La Chasse au snark (1876) de Lewis
Caroll, publiée à 50 exemplaires hors commerce, sur les presses de son amie Nancy Cunard. Toute sa vie, Aragon traduira. Et cette expérience lui sert aussi à construire sa propre langue.
Son parcours politique indétachable de son parcours poétique l'a conduit à la certitude que pour "changer le monde" la poésie ne suffisait pas, il fallait s'engager dans un autre combat. Mais ne confondons pas, Aragon est un poète et Aragon est un communiste, comme le faisait remarquer avec justesse Pierre Daix, il s'agit bien de deux "ordres", pour emprunter à Pascal une de ses catégories, ce qui appartient à l'un ne saurait relever de l'autre et inversement.





Aragon et Elsa, 1955

Louis Aragon, Elsa Triolet, 1955

Le monde réel

Le 4 novembre 1928, Aragon rencontre le grand poète russe Maïakovski, pour lequel son admiration ne cessera jamais. Le lendemain, il fait la connaissance de celle qui est pour nous Elsa Triolet, née Ella Kagan, soeur de la compagne de Maiakovski, Lili Brick.
Seule la mort d'Elsa, en 1970, dénouera le lien contracté ce jour-là, même si, comme pour tous les couples, la relation n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Aragon créditera toujours Elsa de l'avoir reconduit vers le monde réel. Le couple vit difficilement des colliers que fabrique Elsa, et qu'Aragon va proposer aux couturiers, jusqu'au jour où Elsa finit par en avoir assez. Elsa a, en effet, d'autres projets dans la vie, écrire, entre autres.
Leur situation économique va s'améliorer un peu lorsqu'Aragon devient journaliste à L'Humanité (quotidien communiste) en 1933, puis rédacteur en chef de Ce soir, dont Jean-Richard Bloch est le directeur, fonction qu'il assurera de 1937 à 1939, puis de 1947 à 1953. Il dirigera ensuite, de 1953 à 1972, Les Lettres françaises, hebdomadaire fondé en 1941 avec Jacques Decour (fusillé par les nazis au Mont Valérien en 1942) et Jean Paulhan.
L'expérience du journaliste qui commence, comme il était habituel, par la rubrique des "chiens écrasés", c'est-à-dire les faits divers, le confronte à la réalité la plus quotidienne, celle des souffrances, des difficultés des hommes et des femmes ordinaires, celle de la politique de terrain si l'on peut dire. 
C'est au début des années trente que l'écrivain commence le cycle de romans qu'il intitulera "le monde réel" (Les Cloches de Bâle, 1934 ; Les Beaux quartiers, 1936 — le roman lui vaut le prix Renaudot ;  Les Voyageurs de l'impériale, 1942 ; Aurélien, 1944 ;  et Les Communistes, 1949-51).


En 1939, au moment du pacte germano-soviétique, les publications communistes sont interdites (27 août) avant que le Parti lui-même ne le soit le 26 septembre. Période de crise profonde pour le Parti et pour tous ses membres, partagés entre leur fidélité à l'URSS et leur anti-nazisme profond.
Pendant cette décennie des années 1930 Aragon a été de plus en plus impliqué dans la politique du Parti, mais contrairement à ce qu'affirment tous ceux qui aiment simplifier, l'écrivain n'est pas à la botte. Comme beaucoup, et des meilleurs, parmi les hommes de son temps, il a fait un choix en toute connaissance de cause et en toute liberté, il s'y tient, comme il l'explique, en 1967, au micro de Jean-Paul Thomas :




Je me mets toujours dans une colère folle quand on me dit que je suis un écrivain engagé. Je n'ai jamais été engagé, à aucune St Valentin*, je ne suis pas un domestique, j'écris ce que je pense et il n'y a pas besoin d'un adjectif nouveau pour exprimer le fait qu'on écrit ce qu'on pense. [...] Je pense à certaines choses, elles me tiennent à coeur, j'en parle, je leur donne figure, elles passent dans les poèmes, dans les romans, c'est une autre affaire, mais ce n'est pas parce que je sacrifie, je me sacrifie, et qu'au lieu de raconter de jolies histoires sur les fleurs et les oiseaux pour lesquelles j'étais peut-être fait, je décide de remplir mon devoir de citoyen en écrivant.

* référence obscure. Il y a bien chez les Goncourt, dans La Fille Elisa, cette date (14 février) qui correspond à la fuite d'Elisa avec une prostituée. Il ne semble pas que cette date soit liée à une quelconque tradition d'embauche des domestiques. Peut-être ce souvenir liant St Valentin et prostitution a-t-il joué ici, Aragon voulant dire — et ne pouvant dire — "je ne suis pas une pute".




Il  a beaucoup voyagé, en URSS, en Espagne (en raison de la Guerre d'Espagne) ou ailleurs. Journalisme et voyages, rencontres, confrontations avec les réalités du monde tel qu'il va, économiques, sociales, ont nourri à la fois le citoyen et l'écrivain. En 1939, Elsa et Aragon se marient.



Lorsque la guerre éclate, Aragon est mobilisé. Au moment de la débacle, il est à Dunkerque, dans la dernière poche de résistance et après un bref passage par l'Angleterre, il poursuit la retraite vers le sud ; les premiers poèmes des Yeux d'Elsa, 1942, publié en Suisse, aux Cahiers du Rhône d'Albert Béguin, en portent traces. Une fois de plus, il est décoré. Ensuite, c'est la Résistance à laquelle lui et Elsa participeront avec un dévouement et une énergie magnifiques, comme un grand nombre de communistes villipendés en 1939 comme "traîtres" et taxés après la guerre de "staliniens".
Aragon trouve enfin ce qu'il cherchait de longue date, sa voix poétique politique et devient cet inoubliable poète populaire, au plus beau sens du terme, puisqu'il a donné des mots à ceux qui n'en avaient pas pour dire leur colère, leur amour de la liberté, leur haine du nazisme, leur foi dans l'avenir qui était tout à la fois l'espoir de la liberté mais aussi celui d'une société plus juste à construire sur les ruines d'un monde de haine et d'injustices. Vie de déplacements nombreux, la clandestinité oblige, de multiples pseudonymes, de faux papiers, mais toujours aussi d'écriture.
Après la guerre, Aragon poursuit son oeuvre de poète aussi bien que celle de romancier, comme il poursuit ses activités politiques, dans un monde tendu par la Guerre froide. En 1950, il entre au Comité central du Parti Communiste, comme membre suppléant, puis permanent en 1954.
A partir de 1958, avec la publication de La Semaine sainte, l'oeuvre romanesque s'invente de nouveaux tracés, et trouve un public plus large lui permettant, enfin, de vivre de son travail d'écrivain. Au cours des années 1960, c'est sa poésie qui va atteindre un très vaste public grâce à la chanson, mais  Georges Brassens en avait ouvert la voie en mettant en musique "Il n'y a pas d'amour heureux" dès 1953, d'autres ont suivi. "Je chante pour passer le temps", mis en musique par Léo Ferré (chanté par Marc Ogeret) ou "Les Poètes" (mis en musique et chanté par Jean Ferrat) par exemple ; d'autres jeunes chanteurs prendront ensuite le relais.
Avec le Parti, les relations sont complexes et peuvent aller jusqu'à la tension, particulièrement en 1968, où Les Lettres françaises prennent le parti des révoltés étudiants même si dans le même mouvement ceux-ci conspuent Aragon, même attitude de solidarité avec les Praguois et dénonciation de l'invasion par "une armée étrangère", "J'appelle un chat un chat" rétorquera Aragon aux camarades en colère en raison de ce qu'ils nomment trahison à l'égard de l'URSS. Aragon n'a certainement pas été la marionnette que d'aucuns ont voulu peindre, pas davantage un "beau salaud" comme d'autres le clamaient. Juste un homme qui cherchait, qui rêvait, qui espérait et qui savait se battre pour ce qu'il espérait, comme il savait que le monde réel est celui des compromis, des négociations, de certains renoncements aussi en faveur de ce que l'on estime essentiel. Pierre Daix témoigne qu'il avait parfois la dent dure contre son Parti, mais qu'il n'autorisait personne, en sa présence, à en faire autant. Il avouait démissionner tous les soirs, et adhérer tous les matins.
Après la mort d'Elsa, en 1970, le temps "petit qui lui reste de vivre" va être consacré à la publication des Oeuvres croisées (en cours depuis 1965). Aragon continue à se passionner pour la peinture et la poésie de son temps auxquelles il ouvre Les Lettres françaises, jusqu'à ce que la revue cesse d'être publiée, en 1972. Pour Aragon, dernier crève-coeur. Il a écrit, pour ce dernier numéro, qu'il avait "gâché sa vie". N'en croyons rien. Ce fut une vie riche et pleine. On voudrait terminer cette page en citant les pensées que Malraux attribue au personnage de Kyo attendant son exécution, dans La Condition humaine : "Il aurait combattu pour ce qui, de son temps, aurait été chargé du sens le plus fort et du plus grand espoir..."




coquelicots

               


A découvrir
: le moulin d'Elsa Triolet et d'Aragon.
A regarder : un court métrage d'Agnès Varda, Elsa la rose, 1955, pour découvrir, vivants, ces deux écrivains : Aragon et Elsa Triolet.
A explorer : un site de recherches (ERITRA) consacré aux oeuvres de Triolet et Aragon et le blog de l'équipe Aragon de  l'ITEM (Institut des Textes et Manuscrits).


             
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