Le Sopha, conte moral, Claude Prosper Jolyot de Crébillon, 1742

coquillage


L'auteur

Bien que son père ait été de longtemps oublié, malgré sa réelle célébrité en son temps (rival de Voltaire sur la scène), Claude Prosper Jolyot de Crébillon est resté, dans l'histoire littéraire, Crébillon Fils.
Ce fils est né le 14 février 1707. Son père vient à peine d'épouser sa mère que Claude va peu connaître puisqu'elle meurt quand il n'a que 4 ans, en 1711. Un frère cadet (né en 1709) ne vivra guère plus, si bien que la famille se réduit au père et au fils. Le père est un dramaturge alors connu — il écrit des tragédies —, reçu à l'Académie française en 1731.
Grâce aux protections dont bénéficie son père, le jeune Claude fera d'excellentes études chez les Jésuites, au Collège Louis le Grand. La petite histoire veut qu'il ait décliné la proposition d'entrer dans la Compagnie, plus séduit par le monde littéraire et le théâtre. Il est vrai que son adolescence coïncide avec la Régence (Louis XIV est mort en 1715), période de libération après les longues années d'ennui et de puritanisme d'une cour confite en dévotion.
Il participe à de nombreux groupes, fréquente les salons, les coulisses des théâtres et en 1730 publie un premier récit, sans nom d'auteur, Le Sylphe ou le songe de madame de R***. En 1732, il publie les Lettres de la marquise de M*** au comte de R***, un récit épistolaire à une seule voix, celle de la marquise, fort influencé par les Lettres portugaises.
Avec un groupe d'amis, il est aussi l'auteur de chansons, de parodies d'opéras que présentent les Italiens.
En 1734, c'est Tanzaï et Néadarné, histoire japonaise, supposé publié à Pékin, chez Lou-Chou-Chu-La. L'oeuvre attire l'attention des autorités qui y voient une attaque contre la politique religieuse du gouvernement. Crébillon se retrouve emprisonné à Vincennes, mésaventure courante alors. Heureusement, la princesse de Conti intervient, et la réclusion cesse au bout de 5 jours (7- 13 décembre 1734).
En 1743, le récit change de titre et devient L'Ecumoire, histoire japonaise.
Crébillon n'en continue pas moins son oeuvre de romancier avec Les Egarements du coeur et de l'esprit dont la première partie sort en librairie à la fin de l'année 1735. Elle sera suivie d'une deuxième et d'une troisième partie en 1738, mais le récit reste inachevé.
A la fin des années 1730, l'écrivain travaille à plusieurs oeuvres qui seront publiées à des moments différents. Le Sopha, conte moral, publié en 1742 et qui lui vaudra encore des ennuis avec les autorités. Il est exilé à trente lieues de Paris. Le motif ? le personnage du prince indien, Schah-Baham, "un prince ignorant et d'une mollesse achevée" paraissait être (et sans doute était) une caricature de Louis XV.




Gautier-Dagoty

Portrait de Crébillon, Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty (1740-1786), Pastel, Musée du Louvre


Dans le même temps, il travaille à La Nuit et le moment ou les matinées de Cythère (publié en 1755) et sans doute aussi au Hazard du coin du feu dialogue moral (publié en 1763).
La vie privée de l'écrivain est peu connue. Il semble s'être épris, vers 1744, d'une jeune femme anglaise de l'entourage des Stuart (en exil à Saint-Germain), Marie-Henriette de Stafford  qu'il va épouser en 1748. Le couple a un enfant, un fils né en 1746. L'enfant mourra en 1750 et sa mère en 1755 ou 1756 selon les sources.
En 1750, le couple se retire à Sens (pour des raisons économiques comme l'explique Crébillon au président de Brosses). En 1755, il publie les Heureux orphelins, Histoire imitée de l'anglais et Ah! quel conte ! conte politique et astronomique. Mais il ne produit plus avec la même aisance, semble-t-il, et en 1759 il devient "censeur pour les belles lettres" ce qui lui permet de vivre un peu mieux. Aux dires de ses contemporains, il s'acquitte soigneusement de sa tâche, plus porté par son goût de la littérature que par celui d'un quelconque pouvoir. Son père meurt en 1762.
Dès avant son mariage avec Marie-Henriette, il avait noué de nombreuses relations d'amitié avec des écrivains anglais, et non des moindres, Sterne, par exemple. Il publie encore des Lettres athéniennes en 1771, et en 1772, ses Oeuvres complètes sont publiées à Londres en 7 volumes.
En France, il est passé de mode et quand il meurt en 1777, peu s'aperçoivent de son absence.
Louis-Sébastien Mercier, qui l'avait rencontré en 1764 ou 65 et était devenu son ami, a laissé de lui ce portrait dans son Tableau de Paris, publié entre 1782 et 1788, sans nom d'auteur :




Il était taillé comme un peuplier, haut, long, menu ; il contrastait avec la taille forte et le poitrail de Crébillon le tragédiste. Jamais la nature ne fit deux êtres plus voisins et plus dissemblables. Crébillon fils était la politesse, l'aménité et la grâce, fondues ensemble. Une légère teinte de causticité perçait dans ses discours, mais elle ne frappait que les pédants littéraires et les ennemis du bien public.
[...]
Ses ouvrages sont une anatomie fine et déliée du coeur humain et du sentiment, surtout de celui qui dirige les femmes, dont le premier attribut est de ne connaître rien à leur propre coeur, tandis qu'elles pénètrent assez bien le coeur ou du moins le caractère des hommes. Crébillon fils les a bien connues ; c'est un peintre : et sa touche, pour être délicate, n'en est pas moins exacte et quelquefois profonde.









Boucher, L'odalisque blonde

François Boucher (1703-1770), L'Odalisque blonde (Marie-Louise O'Murphy), 1752, huile sur toile, Munich, Alte Pinakothek.
Le peintre a fait partie, en même temps que Crébillon de Société du Caveau, fondée en 1729.

Le roman

d'abord un titre : "Le Sopha, conte moral". Crébillon a conservé au mot sofa sa première orthographe. Emprunté à l'arabe suffa, le terme est attesté en 1560, il rend compte d'une réalité orientale, et nommément ottomane, "estrade constituant un siège d'honneur dans la chambre du grand vizir"; à la fin du XVIIe siècle (1657), il est sofa, c'est-à-dire un lit de repos à trois dossiers sans bois apparent. Sous l'orthographe ancienne, il peut encore laisser penser au lecteur qu'il va découvrir une "turquerie" propice à la critique du pouvoir, peut-être dans le droit fil des Lettres persanes.
Reste le "conte moral". Va-t-il s'agir d'une histoire dont les conclusions seront conformes aux principes, à l'idéal de conduite de la société ? les comportements des personnages y seront-ils appréciés ou jugés selon les notions de bien et de mal ? bref, le conte va-t-il proposer une morale comme le faisaient, par exemple, les contes de Perrault ? Ou faut-il entendre "moral" au sens d'études de moeurs, observation des usages et des comportements d'une société, d'un groupe social, d'un type d'individus à l'instar de ce que faisait La Bruyère au siècle précédent ? S'agira-til des deux et la description vaudra-t-elle dénonciation comme chez un La Rochefoucauld ou un Jacques Esprit ?
Le lecteur n'a guère à attendre pour décider puisque l'introduction (présentation des personnages, conteur et auditeurs, du cadre du récit, la cour d'un prince des Indes dans la ville d'Agra) et le début du premier chapitre lui fournissent la réponse. Le conteur, un jeune homme, Amanzéi, va raconter, après avoir expliqué les règles de la métempsycose, les expériences d'une de ses vies passées, celle où il a été condamné à être sopha "pour punir [s]on Ame de ses dérèglements."
Le sopha étant un meuble de prix et un meuble de repos, il va être installé dans des pièces intimes, où "l'Ame" emprisonnée aura le loisir de découvrir ce que chacun s'efforce de cacher ou de masquer sous des apparences conformes aux attentes de son groupe social, car pour tempérer sa condamnation, Brama l'autorise à changer à son gré de sopha, si bien que le "voyeur" pourra découvrir des mondes variés, palais autant que maisons de pauvres prostituées ou petite-maison de libertins.



Excursus : Les Mille et une nuits.





Virginia Frances Sterret

Virginia Frances Sterret (1900-1931), Shéhérazade, Arabian Nights, Penn Publishing Company, 1928.



Comme le sous-titre l'indique, Crébillon n'a pas rangé son oeuvre dans la catégorie des romans, fort décriée encore, mais dans celle des contes qui ne l'était pas moins.
Dès l'introduction, il l'installe sous le signe des Mille et une nuits en faisant de son auditeur privilégié, Schah-Baham, prince des Indes, le petit-fils de ce "magnanime Schah-Riar" et de son épouse conteuse, "l'incomparable Shéhérazade". Comme son grand père, il aime les contes, il les aime dépaysants et surtout sans aucune prétention morale.
La mode des contes s'est répandue sur toute la fin du XVIIe siècle, et dans le même temps, les voyages en orient s'étaient multipliés. François Bernier (1620-1688), entre autres, qui a passé de nombreuses années aux Indes, ami de la Fontaine, de Mme de la Sablière, en fait découvrir les particularités dans ses Mémoires du sieur Bernier sur l’empire du grand Mogol, Paris, Claude Barbin, 1670-1671, 4 vol., comme il fait découvrir Pilpay à La Fontaine.
Lorsque Louis XIV nomme le marquis de Nointel, ambassadeur à Constantinople (aujourd'hui Istambul), ce dernier part accompagné de savants dont Antoine Galland (1646-1715), bon connaisseur de grec, d'hébreu mais aussi de turc, de persan et d'arabe. Galland va passer de longues années en Orient, en gros de 1670 jusqu'à 1688.
Lorsqu'il revient en France, il continue ses travaux d'érudition, mais dans son projet de faire découvrir un Orient véritable au public français, et pour se délasser, affirmait-il, il traduit des contes venant à la fois de traditions orales colligées sur place et d'un manuscrit égyptien du XIVe siècle en 3 volumes qu'il a fait acheter à Alep. Ce sont ces contes qui sont publiés en 12 volumes entre 1704 et 1717, sous le titre des Mille et une nuits.
Leur succès est immédiat, non seulement ils enchantent la cour et la ville, mais ils sont aussitôt traduits dans les diverses langues européennes, et dès 1730, la bibliothèque bleue les répand jusque dans les campagnes. Nombreux sont ceux qui s'empressent d'y ajouter des suites pour bénéficier de l'élan éditorial.
Placer son texte dans l'héritage des Mille et une nuits, c'est à la fois promettre au lecteur le dépaysement de moeurs différentes, les merveilles d'un univers magique (les âmes migrent d'un habitat à un autre), mais aussi des histoires érotiques, car les contes traitent surtout d'histoires d'amours, contrariées ou non.
En réalité, cette coloration "indienne" ne dépasse guère l'onomastique. Les noms propres des personnages offrent un exotisme facile (Fatmé, Abdalathif, etc.) tout autant que certains noms communs permettant de dénoncer la religion en parlant de Bramines au lieu et place de prêtres. Mais cet ensemble est relativement peu important. Il permet surtout une violence qui serait sans doute perçue comme inacceptable dans un contexte différent, par exemple le meurtre de Fatmé et de son amant, le Bramine, par un mari outré de colère (chap. 3).



Le conte

L'histoire, distribuée en chapitres (21, aux titres facétieux, par exemple "Meilleur à passer qu'à lire", chap. 5) correspondant aux règles établies par le sultan, une demi-heure par jour de récit, s'interroge aussi sur l'art de conter, via la dialogue entre son conteur et ses deux auditeurs privilégiés, le sultan, balourd et tyrannique, et la sultane-reine "qui par son esprit, faisait les délices de ceux qui, dans une cour aussi frivole, avaient encore le courage de penser et de s'instruire."
Les questions interrompant régulièrement le récit portent sur la construction, comment articuler les moments forts (et surprenants) et ceux nécessairement plus faibles qui y conduisent ? Comment éviter l'ennui et la répétition ? pourquoi ce que les personnages ont nécessairement vécu dans la rapidité prend-il tant de temps à raconter ? mais elles portent aussi sur le sens général des contes. N'y faut-il voir, comme le sultan, qu'une distraction sans conséquence ("Divertissez-moi, et trêve s'il vous plaît, de toutes ces morales qui ne finissent point.") ou, comme la conversation entre Amanzéi et la sultane le montre, le point de départ d'une réflexion évaluant la complexité des être humains ?

La satire

Amanzéi a gardé mémoire d'une de ses vies antérieures, lorsque pour le punir de ses dérèglements, Brama a transféré son âme dans un sofa. Le voilà condamné à voir et à, nécessairement, rester passif. Il sera délivré lorsqu'un couple s'aimera pour la première fois sur le sofa qu'il occupe. Ce couple adolescent est le dernier de la série que retrace le récit. Ils sont jeunes, innocents et maladroits, mais sans aucune arrière-pensée, tout entiers à leur désir l'un de l'autre. Seul moment où l'âme souffre de sa situation car l'adolescente (Zeïnis) qui découvre le plaisir avec son ami (Pheleas) lui semblait être faite pour lui. Jalousie impuissante du meuble, complice malgré lui d'une activité qui va certes le délivrer, mais lui faire perdre aussi l'objet de son désir.
Dans la série des personnages évoqués, la part belle revient aux comédiens, à ceux qui jouent un rôle en société, cachant soigneusement la réalité de leur personnalité. Ainsi du premier personnage, Fatmé, hypocrite, fausse prude, odieuse avec son mari, laquelle a pour amant un esclave parfaitement stupide et un bramine prétentieux aux allures de petit-maître. Elle est assassinée par son mari, ce qui ne suscite chez Amanzéi aucune pitié, bien au contraire "[...] je fus charmé qu'une aussi terrible castatrophe apprît à tout Agra, ce qu'avaient été deux personnes qu'on y avait si longtemps regardées comme des modèles de vertu."
Pour équilibrer, la deuxième incarnation en sopha se déroule chez une femme vraiment vertueuse, et malgré l'éloge qu'il convient d'en faire, notre sopha s'ennuie, tant il est vrai, comme le disait déjà le premier conte, que ll'observation des défauts d'autrui et la médisance sont une occupation de choix en société.
Heureusement (au sens où il va soulever des voiles d'hypocrisie), il rencontre Amine "une fille assez jolie, et qui par sa naissance et par elle-même, étant ce qu'on appelle la mauvaise compagnie, voyait cependant, quelquefois, les gens qui, dit-on, composent la bonne." (tout Crébillon est dans ces formulations discrètes et assassines), la jeune danseuse ne vaut pas cher, mais son protecteur, l'intendant Abdalathif, "rustre et brutal" ne vaut guère mieux qui "depuis sa fortune [...] avait joint l'insolence à ses autres défauts."
Pour reposer le lecteur de tant de turpitudes, le sopha devient celui de la belle Phénime qui aime et est aimée de Zulma. Ce couple-là aussi finit par lasser notre voyeur car leur amour est profond et sincère et le plaisir des corps se double de ceux de l'esprit.
Heureusement, il y a les "dévots", parfaitement sincères, mais comme tout un chacun en proie aux désirs, aux pulsions (dirions-nous, nous qui avons lu Freud). L'histoire d'Almaïde et Moclès qui se trompent sur eux-mêmes en fera la preuve.
Enfin, avant de rencontrer le couple de jeunes gens innocents qui le fera échapper aux sophas, Amanzéi raconte la très longue histoire de Mazulhim, petit-maître au jargon inneffable, dont la réputation de séducteur ne repose que sur le discours de ses victimes incapables de dénoncer son impuissance. Cette histoire de Mazulhim est la plus cruelle de toutes ne mettant pas simplement en jeu le faux don juan, mais deux femmes (dont une est véritablement "victime" des apparences), et un second homme, Nassès, son complice dans l'humiliation du pendant féminin de Mazulhim, Zulica.




page de titre, Le Sopha, 1742

page de titre de la première édition (1742) du roman avec le jeu qu'aime bien Crébillon (qui est aussi une protection) d'un éditeur fictif "l'imprimerie du sultan des Indes" qui a donné son "privilège", d'une date inscrite dans la religion musulmane (le sultan est musulman, si le conteur est bramaniste — bramhaniste) et d'un lieu d'édition tout aussi fictif, Gaznah, ville réelle par ailleurs, sur les frontières est de la Perse.


Cette histoire occupe presque tout le deuxième volume (du chapitre XII au XIX). Les personnages en sont les vrais libertins (au sens non pas philosophique du terme, mais banal de débauché). Mazulhim ne s'intéresse qu'à sa réputation de séducteur (bien mal fondée, mais le jeu de la rumeur aidant, elle devient une "vérité") ; Nassès se venge des mépris de Zulica en exerçant une manière de chantage qui, non seulement, la conduit à coucher avec lui, mais encore à avouer sa véritable vie de débauche sous des dehors de femme vertueuse ; et Mazulhim, dans cette manipulation des uns et des autres, se met à l'abri de la possible dénonciation de Zulica.
Bien que raconté avec toute l'élégance possible, un rien d'humour et de légèreté, la perception du monde que transmet Le Sopha reste bien cruelle. Les hommes et les femmes jouent (et se jouent) essentiellement la comédie, chacun cherche à tromper chacun dans le but d'obtenir le plus de plaisir au moindre prix. Bien sûr, il y a des exceptions. Mais justement, ce ne sont que des exceptions.
Toutefois à travers la cruauté de cette peinture des relations sociales, le roman propose une analyse particulièrement fine des contradictions sensuelles et sentimentales des êtres humains. A travers les dialogues de ces personnages (on parle beaucoup dans ces contes), mille subtilités se dévoilent qui font souvent penser aux complexes anlyses de Marivaux, son contemporain, dont Crébillon se moquait (mais Marivaux le lui rendait bien), sans doute pour se reconnaître en lui.

Ce petit récit de Crébillon a joué un rôle essentiel dans la suite. On le retrouve chez Voltaire (qui aimait bien Crébillon) : Formosante, héroïne de La Princesse de Babylone (1768), en attendant un vent favorable qui lui permettrait de rejoindre Albion (l'Angleterre) se fait lire Le Sopha, entre autres romans. Mais Voltaire est loin d'être le seul et, à la fin du siècle, celui qui lui est sans doute le plus redevable n'est autre que Laclos dans ses Liaisons dangereuses. Non seulement madame de Merteuil lit des passages du Sopha pour se mettre en humeur (lettre 10) mais encore nombre de caractéristiques des personnages, voire de leurs raisonnements puisent dans ce qui peut apparaître comme le texte de référence sur les complexités et les ambiguités du désir, ainsi l'argumentation de Valmont refusant de séduire Cécile (lettre 4) reprend-elle l'argumentation de Nassès face à Zulica (GF, 195, p. 200).
Le Sopha continuera longtemps à séduire, Stendhal autant que Balzac. Il y a de quoi, peu d'écrivains ont exploré avec tant de soin et de finesse les imbroglios du coeur et du corps, en posant dans chacune des configurations assemblant un homme et une femme, la question du sens du mot "aimer", lequel en français n'est guère aisé à définir puisqu'un seul mot permet de dire le "goût" ("j'aime le chocolat ou la marche à pied") et le sentiment qui fait de l'autre le centre du monde, du "tu" le lieu où s'annihle le "je".



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