La Princesse de Babylone, Voltaire, 1768

coquillage



A propos de Voltaire, ce site contient
: 1. une biographie de l'auteur - 2. De l'horrible danger de la lecture, 1765 - 3. Un extrait de l'article "homme" (Questions sur l'Encyclopédie, 1771) - 4. Un extrait de l'article "Guerre" (Dictionnaire philosophique portatif, 1774) - 5. Candide - 6. Une illustration de Moreau le jeune pour le chapitre III de Candide - 7. Une préface de Calvino à une édition italienne, 1961, du conte.




Le conte

Le titre suffit pour que le lecteur comprenne qu'un conte lui est proposé. Les mots "princesse" et "Babylone" connotent le merveilleux en invitant à un déplacement dans le temps ; Babylone, c'est d'emblée un monde de légende caractérisé par le luxe et la beauté, dont Hérodote et les Grecs, après lui, ont vanté la splendeur et dont les jardins suspendus restent emblématiques. Les premières lignes du conte en rassemblent tous les éléments.
Mais Babylone est aussi, par la Bible, associée à la dépravation et à la tour de Babel, c'est-à-dire à la confusion des langues séparant les peuples. Lieu ambivalent de l'imaginaire, donc, ce qui a son importance.
La Princesse de Babylone est l'un des tout derniers contes de Voltaire qui l'écrit, à Ferney, alors qu'il a 74 ans et s'il est bien moins connu que Candide, voire Zadig (le premier, 1748, qui avait déjà pour cadre Babylone et l'univers des Mille et une nuits) ou L'ingénu, il ne laisse pas d'être aussi amusant à lire tout en posant comme eux de nombreuses questions auxquelles les dernières pages du récit ajoutent une dimension polémique qui n'est pas la moins intéressante.
Puisque c'est un conte et que princesse il y a, il va s'agir de mariage. "Elle avait dix-huit ans : il lui fallait un époux digne d'elle ; mais où le trouver ? Un ancien oracle avait ordonné que Formosante [c'est le nom de la princesse] ne pourrait appartenir qu'à celui qui tendrait l'arc de Nembrod." (personnage que nous connaissons sous le nom de Nemrod, resté comme le symbole même du chasseur.)
Trois candidats se présentent : le "pharaon d'Egypte", un balourd ; le "schah des Indes" qui ne vaut guère mieux et "le grand kan des Scythes", un peu barbare (il ne sait ni lire ni écrire), il est vrai, mais qui a pour lui sa beauté, sa force, son courage et son honnêteté, ce qui n'est pas si mal. On lui trouvera une charmante épouse pour l'en récompenser.
Naturellement aucun des trois ne se qualifie car, entre temps, a surgi "un jeune inconnu monté sur une licorne" dont la beauté sidère toute l'assemblée.
Vainqueur des épreuves, le jeune homme disparaît quand on lui annonce que son père est mourant.
Formosante, à laquelle il a laissé son oiseau merveilleux (c'est un phénix, et il parle) va partir à sa recherche. Par la faute du pharaon, et d'un merle à la langue trop bien pendue, la situation se complique. Amazan [c'est le nom du jeune homme] devient fou de jalousie et part au hasard de son désespoir. Formosante se lance à sa poursuite et avant que tout ne se termine par un mariage (c'est un conte de fées), les deux amoureux traverseront une bonne partie du monde, Asie et Europe, et le narrateur aura le loisir d'épingler tout ce qui mérite d'y être censuré et, occasionnellement, loué.



affiche Savignac

Affiche de Savignac pour une exposition de 1979 à la Bibliothèque nationale.
La plume dans le rôle de l'épée.


Le conte est bref. L'histoire court, avec la rapidité et l'alacrité qui sont la marque même des contes de Voltaire, sur onze chapitres. Les personnages n'y sont que des fonctions mais, à l'occasion, la malice du conteur les pourvoit d'une ou deux caractéristiques qui les reconduisent à une existence proche de celle du lecteur : la conduite du roi des Indes dans la compétition, par exemple, qui se console de n'avoir pas réussi "en présumant que le roi des Scythes ne serait pas plus heureux que lui", la chute d'Amazan dans les bras d'une danseuse de l'opéra de Paris ("Quel exemple de la faiblesse humaine!" commente le narrateur), la ruse ou la jalousie de Formosante, les ambitions d'Aldée qui n'est pas jalouse de sa cousine, certes, mais...
La fantaisie domine, comme il se doit, et le lecteur se laisse emporter dans le temps et dans l'espace. Les temps fabuleux de Babylone (puisque Bélus, père de Formosante a régné bien avant Sémiramis — IXe siècle av. J.-C., et le narrateur de rappeler au passage que l'histoire se déroule bien longtemps avant un certain nombre d'événements, par exemple la guerre de Troie) coexistent sans dommage avec l'Europe de cette seconde moitié du XVIIIe siècle où les Bataves (entendons les Hollandais) sont maîtres du commerce de librairie, où les royaumes nordiques de la Russie à la Prusse sont gouvernés par des "despotes éclairés", occasion au passage de louer tous ces souverains avec lesquels Voltaire corrrespond.
Ce XVIIIe siècle est lui-même dessiné de manière cavalière par juxtaposition de divers événements, par exemple à propos de l'Empereur de Chine, son origine mythique ("Ce fut lui qui, le premier, laboura un petit champ") est accordée à Yong Zheng qui proscrit le christianisme en 1724 et expulse les missionnaires (à l'exception de ceux de Beijing — Pékin) en 1732.
De Babylone à Babylone, à travers l'Asie et l'Europe (tous temps confondus) La princesse et son "bel inconnu", dont elle découvre rapidement qu'il est son cousin, se poursuivent tour à tour avant de pouvoir se marier et "être heureux" comme il se doit encore dans un conte de fées.
René Legros, dès 1927 ("L'Orlando furioso et La Princesse de Babylone de Voltaire", The Modern Language Review, vol. XXII), soulignait tout ce que le conte devait au Roland furieux de l'Arioste, pour lequel Voltaire ne cesse d'affirmer son admiration. Il écrit à Chamfort, le 16 novembre 1774 : "j'y trouve toute la grande poésie d'Homère avec plus de variété ; toute l'imagination des Mille et une nuits, la sensiblité de Tibulle, les plaisanteries de Plaute, toujours le merveilleux et le simple."
Le schéma de la folie d'amour (chacun des hôtes d'Amazan insiste sur sa folie) lui est redevable, sans doute aussi le phénix, comme les dimensions épiques à la fois des fêtes et des guerres projetées; et le nom de Formosante fait écho à celui des héroïnes de l'Arioste comme Bradamante. La visibilité de cette influence souligne le caractère poétique, littéraire de l'oeuvre. Ceci est bien un conte.





Capiello

Leonetto Capiello (1875-1942), l'arrivée de Formosante "à Cambalu, capitale de la Chine", dans l'édition du conte chez Javal et Bourdeaux, 1928.
"Dès que l'empereur de Chine eut appris que la princesse de Babylone était à la porte de la ville, il lui dépécha quatre mille mandarins en robe de cérémonie ; tous se prosternèrent devant elle..."


Du merveilleux et de l'ordinaire

Mais c'est aussi un conte philosophique. Ce qui rend, entre autres, le récit tellement plaisant est le mélange savamment dosé de fantaisie et de détails quotidiens et ordinaires qui viennent en dénoncer continuement le jeu et cela dès l'incipit : "Le vieux Bélus, roi de Babylone, se croyait le premier homme de la terre ; car tous ses courtisans le lui disaient et ses historiographes le lui prouvaient." Le ton est donné, moqueur, voire caustique, avisant le lecteur que le conte est aussi à lire entre les lignes.
Toutes les actions, les comportements des personnages oscillent ainsi entre la grandiloquence de l'hyperbole (propre à l'épopée) et la trivialité du réel soulignée par le détail infime, minuscule, quand ce n'est pas burlesque.
Formosante pour se rendre dans le pays des Gangarides avec sa camériste aura recours à des griffons. Rien à dire, le griffon est, après tout, fort connu depuis les Mille et une nuits. Mais ces deux-là sont avisés par lettre via "la poste aux pigeons" et ils transporteront leurs passagères sur un "petit canapé commode avec des tiroirs où l'on mettra des provisions de bouche." Il faut quatre heures pour construire le canapé et le narrateur ne manque pas de signaler dans le détail  tout ce dont on le garnit. Quant au trajet, il a beau se faire magiquement, il n'en est pas moins interrompu régulièrement, pour les repas et "pour faire boire un coup aux deux voituriers."
La compétition des trois rois pour tendre l'arc de Nembrod laisse au roi des Indes "des ampoules pour quinze jours". Quant à l'explication du terme berger appliqué au jeune homme capable d'offrir quarante diamants au lieu et place des dents d'un lion, la dame d'honneur de Formosante la fournit "ce mot berger était appliqué aux rois ; [...] on les appelait bergers parce qu'ils tondent de fort près leur troupeau", tout en s'empressant d'ajouter que "c'était sans doute une mauvaise plaisanterie" du valet.
La dénonciation se glisse dans le jeu. De même lorsque le phénix explique à Formosante la religion naturelle des Gangarides consistant à rendre grâce à Dieu, il ne peut s'empêcher de conclure sur "Nous avons surtout des perroquets qui prêchent à merveille." Le lecteur a beau savoir que bêtes et hommes sont frères, en ce pays-là, il ne peut s'empêcher de rire.
Certaines comparaisons détruisent tout l'effet épique attendu, ainsi du phénix rapportant un combat avec ces mots : "Les licornes percèrent les éléphants, comme j'ai vu sur votre table des mauviettes enfilées sur des brochettes d'or."
Chaque fois que le lecteur se laisse prendre au piège du conte, le narrateur le ramène à une vue plus lucide, lui rappelle qu'il s'agit d'un jeu, lequel poursuit un objectif qui est celui de tous les contes philosophiques, le conduire à réfléchir et évaluer le monde dans lequel il vit, mesurer le réel à l'aune de la fable. Mais il ne s'agit nullement de réalisme. On chercherait en vain, dans ce conte, un témoignage sur les réalités du temps, comme il est loisible de le faire dans les contes de Perrault.
Au passage, le narrateur se venge de tout ce qu'il déteste. Ainsi les inquisiteurs ("rechercheurs" ou antropokaies, mot inventé par Voltaire, "brûleurs d'hommes"), en Espagne, seront-ils détruits par le feu même qu'ils ont préparé pour Formosante et Irla accusées de sorcellerie, la preuve en étant fournie par le fait que "la dame avait une prodigieuse quantité de diamants." Cet acte d'assainissement, accompli par Amazan et ses Gangarides, réjouit fort le roi délivré de leur tyrannie.





Van Dongen, 1948

Vignette du chapitre VI, Van Dongen, 1948 (Scripta et Picta, édition limitée à 196 exemplaires)

Le plaisir du conte vient aussi de cette dimension satirique qui gausse la religion en usant de tous les recours, mais épingle aussi au passage les travers des uns et des autres. Chaque peuple est caricaturé de plaisante manière, le flegme britannique, la gravité excessive des Espagnols, l'esprit commerçant des Hollandais dont les femmes se désintéressent totalement du phénix, pourtant assez étonnant, parce qu' "elles jugèrent que ses plumes ne pouraient probablement se vendre aussi bien que celles des canards et des oisons de leurs marais.", ou la frivolité (délicieuse) des Parisiens.

La polémique

A la surprise du lecteur le conte ne s'achève pas sur "et ces noces furent célèbrées par cinq cents grands poètes de Babylone". Le narrateur redevient l'auteur (identifié par ses oeuvres : Candide, L'Ingénu, La Pucelle "la chaste Jeanne") et implore les Muses de lui épargner les continuateurs avant de s'attaquer nommément à quatre personnes : le "détestable Coger" (1723-1780), le "pédant Larcher" (1726-1812), "maître Aliboron, dit Fréron", Elie Fréron (1718-1776, fondateur, en 1754, et directeur de L'Année littéraire) et le "gazetier ecclésiastique" c'est-à-dire le directeur anonyme (le journal est clandestin) des Nouvelles ecclésiastiques, organe des jansénistes. Les uns et les autres travaillent pour la censure et le "détestable Coger" vient de se faire remarquer par ses attaques contre le livre de Marmontel, Bélisaire (1767).
Sont ainsi réunis des adversaires du camp des philosophes, ceux qui condamnent et brûlent les livres ; ceux qui n'hésitent pas davantage à condamner et faire exécuter des hommes, et l'exécution du jeune chevalier de la Barre date de 1766. L'attaque est frontale et brutale. Comme Voltaire le disait, pour déconsidérer les attaques à son encontre, dans La Défense de mon oncle (1767) "On tâche toujours de rendre ses ennemis odieux et ridicules." Il ne s'en prive pas. Les insultes sont traditionnelles qui visent à déconsidérer l'adversaire en le taxant d'inculture, c'est un "pédant" (autant dire maître d'école, considéré comme relevant du degré le plus bas de la culture et du savoir), "un maître Aliboron" (qui, comme chacun sait, depuis La Fontaine , est un âne) et en mettant en cause sa sexualité, c'est un "pédéraste".
Il s'agit, bien sûr, d'accusations rituelles qui rejettent au ban de la société ceux qui les reçoivent.  L'accusation de "pédérastie" est récurrente à propos des gens d'Eglise (dans le conte lui-même, puisqu'Amazan dans le ville du Vieux des sept montagnes, entendons Rome, est sujet à des tentatives de séduction) et doit s'entendre dans le même sens que les attaques des philosophes contre moines et religieuses. Leur célibat offense la nature et la société. La nature, car ils prétendent échapper à l'humanité en niant leur être sexué, ce qui paraît impossible, sauf à "dévier" les instincts, ainsi les religieuses seront-elles lesbiennes (cf. La Religieuse, Diderot) et les religieux pédérastes ; la société, car en refusant la procréation, ils l'affaiblissent (cf. Montesquieu, Lettres persanes, lettres 112-122 où est développé le rapport entre démographie et richesse). Par ailleurs, la pédérastie (au sens strict, "l'amour" des enfants) cumule les motifs de condamnation puisqu'elle met le faible (l'enfant) à la merci du doublement puissant, par l'âge (c'est un adulte) et par le statut social (ne représente-t-il pas l'autorité suprème, la divinité ?).


Henry Justice Ford

Henry Justice Ford (1860-1940). illustration  (lithographie couleur) pour une adaptation anglaise du conte dans The Strange Story Book, de Mrs Andrew Lang, Longmans and Green, 1913.
Formosante découvrant que le phénix parle au début du récit.

Pourquoi tant de vindicte ? Parce qu'il s'agit d'une véritable guerre idéologique, entre les philosophes dont Voltaire a été sacré "chef de file" et leurs adversaires inféodés à l'Eglise. L'enjeu est d'importance, c'est celui du progrès auraient dit les philosophes. La société va-t-elle ou non se dégager d'une idéologie qui la condamne au sur place ("Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes", résumé ironique dont Candide, 1759, s'était déjà moqué) ?

Ecrire l'histoire

Dans cette guerre, la question de l'histoire, de son écriture, de sa compréhension, joue un rôle essentiel. Dès 1731, avec Histoire de Charles XII, jusqu'à L'Essai sur les moeurs dont la première version est publiée en 1756 mais qu'il remanie jusqu'en 1769, Voltaire ne cesse de s'interroger sur les conditions d'écriture de l'histoire. Il va même expérimenter de près son écriture officielle, puisqu'il est nommé historiographe du roi, en 1745. L'incipit de La Princesse de Babylone dit bien ce qu'il faut penser de cette fonction et d'une conception de l'histoire ne relevant que du panégyrique du souverain.
L'histoire, c'est autre chose. C'est un regard porté sur les sociétés et leurs transformations. Si le passé témoigne de changements, alors l'avenir se dégage et peut s'inventer. Ecrire l'histoire, c'est faire oeuvre de militant.
Le 26 janvier 1740, Voltaire écrit au marquis d'Argenson : "On n'a fait que l'histoire des rois, mais on n'a point fait celle de la nation. Il semble que, pendant quatorze cents ans, il n'y ait eu dans les Gaules que des rois, des ministres et des généraux ; mais nos moeurs, nos lois, nos coutumes, notre esprit, ne sont-ils donc rien ?"
Le projet est donc vaste. Mais écrire l'histoire nécessitait de critiquer ce qui, jusqu'alors, était considéré comme tel. C'est ce qu'exposait l'introduction à L'Essai sur les moeurs, publié en 1765 sous le titre La Philosophie de l'histoire par feu l'abbé Bazin avec une dédicace à Catherine II qui s'achevait sur "offert très humblement par le neveu de l'auteur".
En 1767, Larcher en publie une critique virulente sous le titre de Supplément à la philosophie de l'histoire, ce qui déclenche l'ire de Voltaire qui publie en juillet 1767 En Défense de mon oncle. Il y affirme que le but de son oncle (autrement dit lui-même) "était de juger par le sens commun de toutes les fables de l'antiquité, fables pour la plupart contradictoires." La querelle se cristallise autour de la question de la prostitution sacrée à Babylone, Voltaire la nie au nom de la raison (peut-on croire que toutes les femmes d'un pays oriental étaient contraintes de se prostituer ?), Larcher la soutient parce qu'Hérodote l'a rapportée (notons qu'aujourd'hui les historiens s'ils s'accordent sur l'existence d'une prostitution sacrée en nient la généralisation qu'en fait Hérodote.) La Princesse de Babyone s'inscrit dans ce contexte : le conte vient ridiculiser toutes les "fables", comptons parmi elles la Bible (et le jeu du narrateur avec les chiffres en témoigne, que ce soit pour compter des soldats, toutes les armées ont toujours 300 000 hommes, ou des spectateurs, ou des années ou l'âge des personnages (le phénix a 27 900 ans et six mois au début du récit et 27 900 ans et sept mois lorsqu'il converse avec un "grand seigneur cimmérien, qui était une grand naturaliste" ; la mère d'Amazan est une dame d'environ 300 années "et on voyait bien que vers les deux cent trente à quarante ans elle avait été charmante.")
De l'évidence du jeu naît la mise en doute des autres récits proposant le même genre de décomptes ou d'histoires à dormir debout.


Par exemple, le phénix (dont le grand âge garantit la sagesse) insiste sur l'inanité de la question de l'origine ("— Mais d'où venons-nous donc ? dit le roi — Je n'en sais rien, dit le phénix" dont la seule préoccupation est relative à l'avenir), comme le narrateur le redit à propos de la ville de Canope "Tout ce qu'on savait, c'est que la ville et l'étoile étaient fort anciennes ; et c'est tout ce qu'on peut savoir de l'origine des choses, de quelque nature qu'elles puissent être."
Au passage, lorsque la princesse arrive à Aden, le narrateur s'attarde sur l'invention du paradis terrestre, comme jardin "car, dans ces climats chauds, les hommes n'imaginèrent point de plus grandes béatitudes que les ombrages et le murmure des eaux."
L'hstoire, pour s'écrire, doit se préoccuper de débusquer la vérité des faits. L'historien doit donc croiser le plus grand nombre de sources possibles (et Voltaire lorsqu'il écrit ses propres livres utilise tout, des archives officielles aux correspondances, des mémoires aux documents administratifs et jusqu'à la littérature, qui bien pesée, peut apporter sa contribution), et surtout jauger ces informations à l'aune de la raison.
Ce travail n'empêche pas de donner ensuite au récit les qualités littéraires (organiser la progression, transmettre une atmosphère) qui permettront d'intéresser le lecteur. Ecrire l'histoire, c'est bien, mais il faut qu'elle soit lue.
L'histoire, dans tous les cas, n'a rien à voir avec ce que la religion ou la révérence sans mesure des Anciens prétend faire passer pour telle.
La Princesse de Babylone est un plaisant récit dont le résultat devrait être d'aviver le scepticisme du lecteur. Stendhal ne s'y trompa pas qui fait, dans Le Rouge et le noir, se rencontrer dans la bibliothèque, Julien Sorel, devenu secrétaire de monsieur de La Mole, et Mathilde, sa fille qui "avait le secret de voler des livres dans la bibliothèque de son père, sans qu'il y parût. La présence de Julien rendait inutile sa course de ce matin, ce qui la contraria d'autant plus qu'elle venait chercher le second volume de La Princesse de Babylone de Voltaire, digne complément d'une éducation éminemment monarchique et religieuse, chef-d'oeuvre du Sacré-Coeur !" (Le Rouge et le noir, II, 3)


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