Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov, 1940/1973

coquillage


La destinée de ce roman sur lequel Boulgakov travailla plus de dix ans a été compliquée. Du vivant de l'auteur, il n'était pas même question de tenter de l'éditer. En 1966/67, la veuve de l'écrivain, Elena Boulgakova, en obtient une première publication, mais tronquée ; il faut attendre 1973 pour que l'oeuvre intégrale soit enfin publiée en URSS. Elle a été précédée, en 1969, par une édition (en russe) à Francfort chez Posev Verlag. La première traduction française est le fait de Claude Ligny pour Robert Laffont, en 1968.
Gallimard pour la Pléiade (volume II, 2004) confie à Françoise Flamant le soin de l'édition du roman. C'est cette traduction que nous suivons ici.
En 2020, une nouvelle traduction en est proposée, signée André Markowicz et Françoise Morvan, aux éditions Inculte.



Contexte de la rédaction

     Boulgakov, le 28 mars 1930, dans une lettre adressée au "gouvernement de l'URSS", écrit avoir "jeté au feu le brouillon d'un roman sur le diable" avec d'autres. Un projet qui peut sembler curieux pour un écrivain soviétique, mais la présence du diable dans l'imaginaire de Boulgakov n'est pas nouvelle, on pouvait déjà la rencontrer dans plusieurs nouvelles des années 1920. Parmi les influences littéraires qui ont joué le plus pour lui, outre Gogol et Chtchedrine ("mon maître" dit-il à son propos dans la même lettre), il y a le Goethe des deux Faust. Dans les pièces de Goethe, selon le moment, c'est le personnage de Faust, dans son appétit débridé de savoirs, qui interroge sur la réalité sociale contemporaine (par exemple dans Coeur de chien, 1925) ou Méphistophélès dans sa dimension destructrice (par exemple dans Endiablade, 1922).
SI la vie n'avait pas été vraiment facile dans les premières années de 1920, l'horizon de l'écrivain s'assombrit dès 1926 lorsqu'il comprend qu'il ne publiera plus, les portes se fermant les unes après les autres. Mais le pire est à venir et, en 1929, l'année de "la catastrophe", comme il le dit,  toutes ses pièces sont retirées de l'affiche, et plus aucune n'a l'heur de plaire aux instances de censure. Que faire ?
Se lancer alors dans l'écriture d'un grand roman apparaît comme une réaction salvatrice. La première version, sacrifiée, aurait été rédigée, selon sa deuxième épouse, en 1928-29 sous le titre de "Le consultant au sabot". Au fond, elle correspond à ce qu'avait déjà été, vers 1920, sa manière d'échapper au désespoir. Ecrire pour ne pas mourir. Ecrire pour exister, ne serait-ce qu'à ses propres yeux. Ecrire pour mettre à jour la vérité du monde dans lequel il vit, ce monde qui lui paraît en proie à la folie. Le travail va se poursuivre durant toute la décennie de 1930, entrecoupé d'autres projets, d'autres écritures, celle du roman sur Molière, celle des Mémoires d'un défunt (jamais achevé), de traductions, d'écriture dramaturgique (La Cabale des dévots, toujours Molière, ou Adam et Eva, entre autres).
Il remet sans cesse sur le métier ce grand oeuvre qu'il dira "oeuvre du couchant". Selon les spécialistes, il y aurait eu entre six et huit versions.
C'est en 1934 qu'apparaissent les personnages qui vont fournir le titre de l'oeuvre (décidé en 1938), le roman d'amour entre Marguerite et un personnage que les brouillons nomment soit "le poète", soit "Faust" et qui, dans le roman, ne sera plus que le "maître". Et, en 1939, Boulgakov ajoute l'épilogue retraçant les conséquences matérielles et/ou psychologiques de l'épisode pour certains des personnages ayant joué un rôle (parfois petit mais essentiel) dans l'aventure.
Il y a travaille encore la veille de sa mort, le 10 mars 1940.



Boulgakov

Boulgakov. La photo porte une dédicace datée du 1er novembre 1937.




Mephistopheles

Méphistophélès
, 1883, Mark Matveïevich Antokolski (1840-1902).
"Woland, son menton aigu appuyé sur son poing, plié en deux sur son siège, une jamabe ramenée sous lui..." (chap. XXIX)

Un roman sur le diable ?    

     C'est en tous cas ainsi que le désignait Boulgakov lorsqu'il l'entreprit et, de fait, le diable et ses comparses sont bien les personnages principaux de cette histoire qui raconte leur visite à Moscou, au moment de Pâques (trois jours du mercredi soir au samedi soir). Toutefois, la trame se complexifie de multiples dimensions. D'une certaine manière, ce roman est constitué de trois romans. Il foisonne de personnages. Les spécialistes en recensent 506 dont 156 sont nommés, 249 anonymes mais nantis de caractérisations qui leur donnent corps et plus de 100 autres sont des collectifs, par exemple les spectateurs d'un théâtre.
     Il y a le roman relatant la visite du diable à Moscou ;  il y a le roman de Ponce Pilate et il y a le roman d'amour du Maître et de Marguerite. Le tout se tisse dans 32 chapitres (numérotés en continuité et tous titrés) et un épilogue distribués inégalement en deux parties : 18 pour la première, 14 pour la seconde (plus l'épilogue).
L'ensemble est mis sous le signe de Faust (de tous les Faust, littéraires et musicaux, parmi lesquels dominent ceux de Goethe, qui fournit l'épigraphe, et de Gounod).
    Le premier niveau est celui par lequel débute le roman, dans le Moscou contemporain, lorsqu'un soir de mai (un mercredi) dans un square, deux écrivains, dont l'un s'appelle Berlioz, s'entretiennent. Surgissent alors d'étranges personnages qui vont bouleverser à la fois leur destin et celui de la ville entière. Le diable et ses acolytes sont à l'oeuvre. Le deuxième niveau naît de cette rencontre même et de la discussion des deux écrivains sur l'existence ou non de Jésus. L'étranger (le diable, donc) raconte l'histoire de la condamnation de Jésus (Iechoua) par Ponce Pilate, rencontre à laquelle il affirme avoir assisté. Ce récit va se retrouver, à l'identique, sous la plume du maître qui a écrit le roman de Ponce Pilate, ce qui lui vaudra toutes sortes de misères dont la moindre n'est pas la certitude d'être devenu fou qui le pousse à se faire interner dans un hôpital psychiatrique. Le roman du diable se double donc d'un roman de Ponce Pilate se déroulant à Jérusalem ("Ierchalaïm" disent les personnages) au Ier siècle de notre ère. Liant ces  deux espaces-temps, il y a le roman d'amour du Maître et de Marguerite. Le maître parce qu'il a écrit le roman de Pilate, Marguerite parce que, dans son désespoir d'ignorer ce qu'est devenu le maître, elle accepte la proposition du diable : être l'hôtesse du grand bal qu'il doit donner.
Le roman du diable offre toutes les dimensions de la caricature et du grotesque alors que celui de Pilate est plutôt dans une tonalité tragique à la fois parce qu'il conduit à la mort de Jésus (Iéchoua) et aux remords de Pilate qui va expier sa décision pendant près de 2000 ans ; et, curieusement, malgré les angoisses et le désespoir du maître, la figure lumineuse de Marguerite imprègne le roman d'amour d'une mystérieuse aura d'allégresse.
Quand tout rentrera plus ou moins dans l'ordre, les deux amants pourront trouver le repos ailleurs, dans une autre dimension, pendant que diable et démons retourneront dans la leur, que Pilate sera enfin pardonné et que Moscou retrouvera son quotidien ordinaire en proie à la bureaucratie tâtillonne et stupide qui est son lot.

Alors roman sur le diable ou roman total,  phagocytant tous les autres genres, de la poésie à la farce en passant par le mélodrame et la satire, se jouant du fantastique ou du roman d'épouvante ? Tout cela à la fois dans une tonalité qui est celle du conte où le conteur joue un rôle essentiel, particulièrement lorsqu'il s'agit de brouiller les pistes, par exemple, en récusant les explications qu'il avance lui-même. Nivat le définit, à juste titre, comme "provocateur-mystificateur-commentateur".



Les personnages

      Le premier de tous est le narrateur. Il est omniprésent dans le récit qu'il raconte, commente, interroge, produit, à l'instar d'un metteur en scène agençant entrées et sorties des personnages, soulignant les effets, suggérant certaines réalités qu'il vaut mieux ne pas nommer, par exemple l'existence d'une police secrète partout en action (ce qui se solde toujours par des disparitions). Dès l'incipit, il précise le contexte "Oui, il importe de signaler la première anomalie de cette terrible soirée de mai", il se charge des transitions "l'heure est venue pour nous de passer à la seconde partie de cette véridique histoire. Suis-moi, lecteur !" ou encore il souligne une situation "Même moi, narrateur véridique mais étranger à cette histoire, j'ai le coeur serré en pensant à ce que ressentit Marguerite" lorsqu'elle découvre la disparition du maître, juge ses personnages ainsi des écrivains apprenant la mort de Berlioz et prétendant envoyer un télégramme "Mais quel télégramme, demandons-nous, et l'expédier où ? Et pourquoi faire ?"
Le narrateur est aussi responsable de l'onomastique qui joue un grand rôle dans le caractère burlesque et dénonciateur du récit. La plupart des noms des personnages les dénoncent pour ce qu'ils sont et tentent, en vain, de masquer. Et comme il est aussi l'ordonnateur des dialogues, il les parsème de références continuelles au diable, si bien que le lecteur en vient à penser que si le diable débarque à Moscou c'est que les Moscovites ne cessent de faire appel à lui.
Le diable et ses acolytes :
Woland (dont le nom est emprunté au Méphistophélès de Goethe qui se désigne ainsi dans "La Nuit de Walpurgis", Faust I) qui se dit "professeur de magie noire". Ses accompagnateurs l'appellent "Messire" et la fin du récit donne à entendre qu'il s'agit non d'un comparse (comme Méphistophélès) mais du diable en personne, de Lucifer/Satan, pour tenir compte de son double rôle, lumineux et sombre.
Koroviev (que son maître appelle aussi "Fagot". Son pantalon à carreaux, ses chaussettes sales rappellent certains éléments de la description du diable apparaissant à Ivan dans Les Frères Karamazov), se dit "ci-devant maître de chapelle", porte des lorgnons dont un verre est absent et l'autre fêlé, une casquette de jockey, inséparable de
Béhémot (le chat) "gros comme un verrat, noir comme la suie ou comme un corbeau, et doté d'une paire de moustaches sidérantes, digne d'un cavalier", marche sur ses deux pattes arrières et ne refuse pas la vodka, joue aux échecs, en trichant...
[Il y a sans doute dans ce couple un clin d'oeil à Hoffmann et son chat Murr dont les écrits sont entrelardés de la biographie d'un maître de chapelle]
Azazello : "de petite taille mais exceptionnellement large d'épaules", très laid et "d'un roux flamboyant".
Hella : "une rousse aux yeux brûlants et phosphorescents", fait office d'employée de maison chez le diable, très belle, ne s'habille jamais [dans la mythologie du Nord de l'Europe c'est la déesse des morts.]
     Ce sont ces personnages qui, par leurs interventions, permettent à la satire de se déployer. Ils jouent sur les deux tableaux énoncés dans l'épigraphe "[...] Qui donc es-tu ? — Une partie de cette force qui veut toujours le mal, et fait toujours le bien."
Ils sont, en effet, responsables d'accidents, d'incendies, de perturbations diverses plus ou moins graves, mais dans le même temps, ils mettent à jour toutes les turpitudes des uns et des autres (au premier chef desquels la corruption), tout autant que les dysfonctionnements d'une société en proie à une bureaucratie envahissante et stérilisante.
Si l'action se déroule à Moscou, elle se concentre en quatre lieux privilégiés : l'appartement n°50 du 302bis de la rue Sadovaïa où le diable s'installe, le théâtre des Variétés, où le professeur Woland présente son spectacle, le siège de l'association des écrivains, le Griboïedov (où la nuit de l'arrivée du diable, une soirée dansante se déroule qui n'a rien à envier au bal du diable), l'hôpital psychiatrique où finissent la plupart des protagonistes humains de l'histoire.
Les autres personnages essentiels :
Marguerite : Margarita Nicolaïevna. Elle a 30 ans et, bien que mariée à un homme dont elle dit qu'elle n'a rien à lui reprocher, est malheureuse jusqu'à sa rencontre avec le maître qui illumine sa vie. Pour le retrouver elle est prête à vendre son âme au diable. Mais Marguerite, dans toutes ses actions, n'est jamais guidée que par l'amour, ainsi les pleurs d'un enfant arrêtent son action vengeresse à l'encontre des critiques haineux qui ont attaqué le maître. Le lecteur sait imméditamment que Marguerite ne peut être damnée. Elle est toute luminosité dans les six chapitres qu'elle emplit de sa présence (chap. 19 à 24 inclus)
Les relations de Marguerite avec le diable s'offrent dans une évidence tranquille, elle exulte de se découvrir sorcière, plus belle, plus libre, dominant l'espace, voguant joyeusement sur son balai, tout comme sa femme de chambre, la très belle Natasha qui n'a pu résister à la curiosité d'utiliser l'onguent laissé par sa maîtresse et qui en enduit aussi son voisin venu lui faire une pressante cour, lequel se transforme illico en porc pouvant lui servir de monture (clin d'oeil à Circé).





Leonor Fini

Vesper-Express
, détail, 1966. Leonor Fini (1908-1996).


Le Maître (ainsi l'appelle Marguerite et il affirme avoir perdu son nom) : historien de formation, il a gagné une somme importante à la loterie et décidé de se consacrer à l'écriture du roman de Ponce Pilate. Un jour de printemps, un an avant les événements qui bouleversent Moscou, il a rencontré Marguerite et le bonheur. Un bonheur qui va être de courte durée car sa tentative de faire publier son roman se termine très mal pour lui. Attaqué de toutes parts, il finit par disparaître (entre octobre et janvier), vraiemblablement arrêté et, découvrant que son appartement est occupé, se réfugie dans la clinique du docteur Stravinski. C'est "un homme de 38 ans environ, au visage rasé, aux cheveux noirs, au nez pointu, aux yeux inquiets, une mêche de cheveu pendant sur son front" (portrait qui n'est sans rappeler les portraits de Gogol, et d'ailleurs comme ce dernier avait brûlé la dernière partie des Ames mortes, il va brûler le roman qui a fait son malheur). Ne supporte ni le bruit ni l'agitation.
Parmi les très nombreux autres personnages, chacun permettant de percevoir un aspect (ou des aspects) de la réalité moscovite, il faut retenir particulièrement
Ivan Nicolaïevitch Ponyrev, jeune poète (il a 23 ans) connu sous le nom de Bezdomny. Sa rencontre avec le diable, puis avec le maître dans la clinique du docteur Stravinski vont changer sa vie. Il est, grâce à un rêve, celui qui permet au lecteur de lire la suite du roman de Pilate (chap. 16). Il prend conscience de l'inanité de sa poésie inféodée à la propagande et reprendra son nom pour devenir historien, finissant, en somme, comme le maître avait commencé.
Quoique ne jouant qu'un rôle épisodique, il faut aussi retenir
Nikanor Ivanovitch Bossoï : président du conseil de gérance de l'immeuble du 302bis, outre le fait qu'il joue sa partie dans le groupe des corrompus, il est aussi au coeur de la question du logement qui pèse sur tous les personnages (comme elle pesait alors à Moscou) ; enfin, c'est en rêvant qu'il permet au lecteur de percevoir la coercition qui pèse sur les citoyens : mise en scène, dans un théâtre, de l'aveu (ici relatif au trafic de devises dont le malheureux Nikator, tout corrompu qu'il est, n'est nullement coupable), c'est à la fois dire comment se débarasser d'un gêneur (la dénonciation) et ce qu'il advient de ceux qui disparaissent ainsi.



Mikhaïl Vroubel

Tête de démon, 1890, Mikhaïl Vroubel (1856-1910). Galerie Tretiakov



     Les personnages entraînent le lecteur dans une sarabande proprement infernale, et souvent désopilante, d'événements. Dans le même temps, tous ces événements, ceux du présent, comme ceux du passé, lui sont interrogations sur la littérature, la vie, la mort, l'amour, le mal, le bien, la liberté.
Liberté est bien le mot qui définit ce texte. Dans un monde qui, pour Boulgakov, n'était qu'enfermement, il a construit un sidérant espace de libertés en tous genres. Liberté en forme de pied de nez aux "règles" qui voulaient régir la liberté créatrice en donnant à son écrivain un sujet à vivement déconseiller par ces temps de réalisme : la mort de Jésus, la honte de Pilate qui se découvre lâche, d'une lâcheté qui doit beaucoup à sa soumission à Tibère (on pense inévitablement à quelqu'un d'autre) dont la vision terrorisante s'impose à lui alors qu'il doit se prononcer sur la culpabilité de celui qu'il décrit à Caïphe comme "un dément de toute évidence" ; de même qu'il se donne, lui, la liberté de raconter une histoire de diableries dans un environnement tel que décrit dans le premier chapitre, qui se veut et se clame athée quoique le langage (invoquer perpétuellement le diable) et les comportements (le signe de la croix devant l'incompréhensible) démentent cet athéisme. Liberté magnifique dans le personnage de Marguerite, sorcière légère et gracieuse qui convoque toutes les autres grâces, dont les roussalkas, lesquelles contrairement à celles du folklore sont essentiellement l'expression de la beauté. Liberté du jeu vengeur à l'encontre des soi-disants écrivains rassemblés dans la maison Griboïedov, mesquins, vaniteux, envieux, plus préoccupés de s'octroyer des bénéfices (maisons à la campagne, missions diverses et bien défrayées) que de faire oeuvre, contre les critiques stipendiés du régime, contre les personnels de direction des théâtres qui peuvent tout aussi bien diriger des usines de production de conserves de champignons ou des magasins d'alimentation. Liberté du jeu créateur dans un dialogue heureux et amusé avec les vrais écrivains qui font aussi du roman une tapisserie littéraire inattendue donc surprenante et séduisante.
Quel écrivain ne vendrait-il pas son âme au diable pour écrire une telle merveille ?




Découvrir le roman
: en écoutant l'émission de Guillaume Galienne "Ça peut pas faire de mal" du 24 novembre 2012 qui propose divers extraits dans la traduction de Claude Ligny.
Pour prolonger : un article de Georges Nivat "Une cure de fantastique ou Mikhaïl Boulgakov", Cahiers du monde russe, 1983.
un article de Marianne Gourg sur l'intertextualité dans l'oeuvre (très utile pour mesurer la présence de la littérature russe qu'ignore, sauf exceptions, la plupart des francophones.)



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