12 janvier 1876 : Jack London

coquillage


Une turbulente jeunesse

Les turbulences commencent dès la naissance. Le 12 janvier vient au monde un garçon prénommé John Griffith qui devrait s'appeler Chaney, si l'homme vivant avec sa mère, Flora Wellman, un étrange personnage fabriquant d'horosopes, ne s'était empressé de disparaître dans la nature à l'annonce de la grossesse de sa compagne. En septembre de la même année, 1876, Flora épouse John London, ancien combattant de la guerre de Sécession, un fort brave homme, veuf avec trois enfants, deux filles, Eliza et Ida, et un fils, Charles qui décède très tôt. John London adopte le bébé et lui donne son nom. Le petit John se distinguera de son père par son diminutif, Jack. Après sa naissance, l'enfant avait été confié à une nounou noire, Jennie, épouse d'Alonzo Prentiss.
L'enfance de Jack London se déroule certes dans la pauvreté mais sans être autant dépourvue de tendresse que nombre de biographes le disent, Flora était sans doute un brin fofolle, mais John faisait de son mieux, et les Prentiss ont toujours entouré Jack de leur affection, quant à Eliza, elle sera toujours pour lui une soeur dévouée, jusqu'à assumer la gestion du ranch de Glen Ellen dans les dernières années de la vie de l'écrivain.
D'ailleurs, si dans cette famille, comme dans presque toutes, il y a des tensions, Jack qui part souvent (mais cette manie déambulatoire ne lui passera jamais) revient toujours, et jamais il n'a rompu les ponts. Lorsqu'il part sur les routes en 1894, c'est nanti d'un petit pécule fourni par la famille. Quand il décide de reprendre des études en 1895, c'est Eliza, alors mariée, qui l'aide. Lorsque l'aventure du Klondike le tente, c'est avec le mari d'Eliza, et financé par ce dernier, qu'il embarque vers le nord.
En 1886, Jack a dix ans, la famille s'installe à Oakland (de l'autre côté de la baie, en face de San Francisco), après de nombreux déménagements et la quête, toujours déçue, de meilleures conditions de vie. Il y découvre la bibliothèque municipale et lit de manière boulimique. Il restera toute sa vie un grand lecteur. Mais chez les pauvres, l'école est un luxe et il faut penser très tôt à gagner sa vie.  Il a 14 ans (1890) quand il entre dans une conserverie, dont il racontera bien des années plus tard, dans une lettre à Mabel Appelgarth, en 1898: “Je prenais une heure pour déjeuner, une demi-heure pour dîner. Je travaillais jusqu'à 10h chaque soir, et quelquefois jusqu'à 11h ou minuit. Ma paie était maigre, mais je travaillais si dur que j'arrivais parfois à gagner 50 dollars par mois. Le devoir ! — je donnais tout à ma mère, jusqu'au dernier sou. Le Devoir encore — j'ai travaillé jusqu'à 36 h de suite dans cet enfer, derrière une machine, et je n'étais qu'un enfant.”
A partir de là, il va de petits boulots en petits boulots, souvent aussi durs que celui de la conserverie. Il finit par réaliser son rêve, acheter un bateau grâce à un prêt de Jennie Prentiss, et devient voleur d'huîtres dans la baie de San Francisco avant de s'engager, ironiquement, dans l'autre camp, pour surveiller et appréhender les dits voleurs avec la Patrouille de pêche.
Puis en 1893, il embarque comme mousse à bord d'un chasseur de phoques. La campagne dure sept mois, et le bateau va jusqu'au Japon. C'est au retour qu'il écrit une nouvelle, encouragé par sa mère, Story of a Typhon of the Coast of Japan (Un typhon au large du Japon) à l'occasion d'un concours organisé par le San Francisco Newspaper, concours qu'il gagne. Mais les 25 dollars du prix n'empêchent pas de devoir gagner sa vie. Retour au travail en usine. Jusqu'à ce que, las de travailler d'arrache-pied pour gagner une misère, il décide de se joindre à l'armée des sans-travail qui, à l'appel de Jacob Coxey, convergent vers Washington pour y manifester. London part le 24 avril 1894 avec "l'armée" de San Francisco conduite par le "général" Kelly ; en chemin, il se sépare du groupe et poursuit son voyage pour son propre compte. Il va découvrir la côte Est, devenir un "hobo" patenté, véritable chemineau capable de "brûler le dur", de mendier, et éventuellement de faire de la prison, ce qui lui arrive à Buffalo où, arrêté pour vagabondage, il est jugé et incarcéré pour un mois.
Plus tard, l'écrivain créditera ces tribulations de sa vocation littéraire : raconter des histoires crédibles et émouvantes, c'était ce qui faisait la différence entre manger ou pas, dira-t-il (The Road, La Route : les vagabonds du rail, 1907) .
De retour à Oakland, en 1895, il décide de reprendre ses études secondaires, puis d'entrer, après avoir passé un examen, à Berkeley. Il n'y restera que six mois. Mais ces deux années (1895-1896) entre collège et université ont été profitables. il a alimenté d'écrits le journal du Collège, The Aegis, et rencontré le marxisme et le socialisme, réfléchi, tenté de donner à ses idées des assises théoriques. Il a découvert Spencer (1820-1903) et Darwin. En 1896, il rejoint le Socialist Labor Party. Il ne le quittera que dans les dernières années de sa vie, le 7 mars 1916, en lui reprochant son manque de combativité.
Et il écrit, sans aucun succès ; ses manuscrits lui étant régulièrement renvoyés. Et il travaille aussi, dans une blanchisserie. L'avenir ne semble guère prometteur.
Mais en 1897 arrive le genre de nouvelle qui déplace le monde, au sens propre : on a découvert de l'or au Klondike ; il décide le mari d'Eliza de se lancer dans l'aventure.  Atteint par le scorbut, il doit rentrer en 1898 et c'est pour découvrir que son beau-père est mort pendant son absence et qu'il est devenu, en quelque sorte, le chef de famille.



Jack London, vers 1898

Photographie de Jack London (vers 1899 ?)

En février 1899, il se décrit ainsi dans une lettre à Cloudesley Johns : "Vingt-trois ans en janvier dernier. Je mesure cinq pieds 7 ou 8 de la tête aux pieds — la vie de marin m'a raccourci. Actuellement, je pèse quatre-vingt-quatre kilos, mais je peux facilement atteindre les quatre-vingt-dix kilos, quand je vis au grand air, à la dure. Je suis rasé — si je laisse pousser, moustache blonde et pattes brunes, mais ça ne va jamais très loin. Le visage imberbe rend mon âge incertain, et des juges également compétents me donnent entre vingt et trente ans. Des yeux gris-vert, lourds sourcils qui se rejoignent ; cheveux bruns, lesquels d'ailleurs étaient noirs quand je suis né... Le visage tanné par nombre de longues liaisons avec le soleil, bien que maintenant, en raison du processus de blanchiment de la vie sédentaire, il soit carrément jaune. Diverses cicatrices — un hiatus de huit dents dans la mâchoire supérieure, habituellement caché par de fausses dents. Me voilà tout entier."





Jack London vers 1910

Jack London, photographie de Charmian Kittredge, à bord du Roamer, dans la baie de San Francisco, 1914.

Un fulgurant succès

Le retour à Oakland pourrait être décourageant, non seulement la fortune n'a pas été au rendez-vous, mais sa santé s'est délabrée. Il a 22 ans, il faut faire vivre sa famille, et il veut toujours devenir écrivain. Il continue à écrire avec obstination, mais avec toujours aussi peu de succès, jusqu'à ce qu'en janvier 1899, une revue accepte de publier un de ses textes, A l'homme sur la piste (To the man on the trail. A Klondike Christmas). Le prix offert pour la nouvelle est dérisoire, mais il semble cependant ouvrir une brèche puisque, entre janvier et décembre, les nouvelles qui vont ensuite composer Le Fils du loup, publié en 1900, trouvent toutes preneur. Lorsque le livre sort, il est accueilli très favorablement. Hier pauvre et anonyme, il a maintenant un nom connu, des admirateurs et, ce qui est mieux, un éditeur et des journaux prêts à payer ses textes, non seulement à San Francisco mais aussi à New York.
Cette même année 1900, il épouse Elisabeth (dite Bess / Bessie) Maddern dont il aura deux filles, Joan née le 15 janvier 1901 et Becky née le 20 octobre 1902. C'est un mariage “de raison” plus que de passion qui ne résistera pas à la rencontre, en 1903, de celle qui deviendra sa compagne, telle qu'il l'avait sans doute rêvée, Charmian Kittredge (1871-1955), une femme extrêmement séduisante, intelligente, libre, et dotée du même goût que lui pour l'aventure et l'ailleurs.
Après un voyage en Europe et une enquête à Londres dans la vie quotidienne des très pauvres dont il rassemble les éléments dans The people of the Abyss (1903) avec ses photographies (que l'on peut voir dans la version anglaise), à la fin de 1902, il se lance dans l'écriture d'un roman dont le héros est un chien. Le roman va s'intituler The Call of the Wild (L'Appel de la forêt ou L'Appel sauvage, en français ; la première traduction date de 1905). Ce n'est plus le succès, c'est la gloire. Un million d'exemplaires vendus en anglais, il est aussitôt traduit. Puis c'est Le Loup des mers, accueilli avec autant de ferveur, en 1904, alors qu'il se trouve en Asie où il est allé couvrir la guerre russo-japonaise pour le compte de The Examiner.
Il ne couvrira pas grand chose, car il se fait expulser, encore y faudra-t-il l'intervention du président Roosevelt, à cause d'un coup de poing un peu trop vite parti dans la figure d'un domestique japonais indélicat. Il n'en ramène pas moins clichés et articles, sinon sur la guerre elle-même du moins sur "l'autre côté" du monde.
Les publications s'enchaînent. Pendant tout le reste de sa vie, l'écrivain publiera un, voire deux ouvrages par an, parfois plus. Il gagne beaucoup d'argent, le dépense tout aussi vite qu'il le gagne, et passe son temps à chercher comment résoudre la question de l'endettement. En cela, il n'est pas sans rappeler Balzac. Même travail forcené (une règle à laquelle il ne déroge jamais consiste à écrire "mille mots" par jour), même goût de la dépense, même endettement chronique quels que soient les gains de l'écrivain.


L'année 1905 est occupée par l'écriture bien sûr mais surtout par une série de conférences sur le thème de la révolution. Un thème que les oeuvres exploreront un peu plus tard. Il y a souvent, chez London, ce délai entre le vécu et l'écrit. Le personnage enchante et scandalise son public et gageons qu'une grande partie de l'enchantement tient au scandale permanent qu'il représente tant dans ses discours socialistes que dans sa vie privée : un homme marié qui s'affiche avec sa maîtresse... Le puritanisme étasunien ne date pas d'hier.
Après avoir acheté des terres dans la municipalité de Sonoma, à Glen Ellen, un ranch qu'il baptise "Beauty" (Beauté), il se fait construire un bateau, le Snark (hommage à Lewis Caroll) avec lequel il prétend faire le tour du monde. En novembre 1905, son divorce prononcé, il épouse Charmian.
Le 18 avril 1906, San Francisco est détruite par un tremblement de terre et un gigantesque incendie. Grande cause et petits effets, la construction du Snark en est retardée, le bois devenant difficile à trouver et très cher en raison des nécessités de la reconstruction. Cette année-là, il publie Croc-Blanc dont le succès est aussi grand que celui de L'Appel de la forêt. Le roman de 1903 racontait comment Buck passait de la civilisation à la nature, Croc-Blanc raconte exactement l'inverse. Début 1907, c'est au tour d'Avant Adam, une formidable évocation des origines de l'humanité que saluent encore des scientifiques au début du XXIe siècle.
Finalement, en avril 1907, le Snark est prêt. Les London s'embarquent avec, si l'on en croit Bernard Fauconnier (un de ses biographes français, Folio, 2014), un équipage bien peu fiable. Direction: les mers du sud.





plage hawaienne

Coucher de soleil à Honolulu, photo Kelly McLaine, 2014

Les mers du sud

Avec la littérature, la passion profonde de London est la mer. Depuis son enfance, naviguer est un besoin, comme celui d'aller voir ailleurs. Aussi part-il avec bonheur, mais il semblerait que contrairement à ce que raconte La Croisière du Snark publié en 1911, le voyage ne fut pas de tout repos. Ils mettent 27 jours à rallier Honolulu et le bateau y arrive en bien mauvais état. Il faut le réparer et le séjour va se prolonger quelques mois. Pendant ce temps, Charmian et Jack  découvrent l'archipel et Jack apprend le surf avec, semble-t-il, beaucoup d'enthousiasme.  En octobre, ils reprennent la mer avec un nouvel équipage et font route vers les Marquises où ils arrivent en décembre. London écrit un nouveau roman. Ce sera Martin Eden, publié en 1909. Les Marquises, c'est pour lui la mémoire de Stevenson, mais aussi le roman de Melville, Mardi. Et bien que les îles ne soient pas aussi paradisiaques que l'évocation de Melville le promettait, gangrénées de maladies diverses importées, involontairement, par les occidentaux, Charmian note dans son Journal en partant "Adieu Taïpi, et inoubliable Nuku Hiva, le premier port enchanté de nos rêves des mers du sud." Direction, Tahiti. Mais à Papeete, le voyage est interrompu. Il faut rentrer régler à San Francisco les difficultés financières qui menacent de tourner à la catastrophe. Une fois les problèmes résolus grâce au contrat pour Martin Eden sur lequel l'éditeur fait une solide avance, le couple retourne à Papeete et le voyage reprend, mais la santé de London se dégrade de plus en plus. Cela ne l'empêche ni de naviguer, ni d'écrire. Mais finalement, il faut s'arrêter. En novembre 1908, Charmian et London sont à Sidney où l'écrivain est hospitalisé. Ils vont y passer cinq mois, puis se rendre en Tasmanie. Le Snark est vendu en mai 1909. Retour au ranch "Beauté" à Glen Ellen, dans la municipalité de Sonoma.



Dernières années

Rentré chez lui, London continue à écrire. Mais il achète aussi de nouvelles terres pour agrandir le ranch, comme s'il avait besoin d'élargir l'espace autour de lui qui le sépare de la "civilisation". Il entreprend aussi de faire construire une maison qu'il nomme déjà "Wolf House". Tout cela engloutit beaucoup d'argent, et pour le trouver, il faut écrire et encore écrire. Sa santé se détériore de nouveau. Il faut dire qu'il boit comme toujours, c'est-à-dire trop, et qu'il se soigne avec des mélanges si détonants qu'on se demande même comment il a pu leur survivre si longtemps. Il publie John Barleycon en 1911, histoire d'alcoolisme que les prohibitionnistes brandiront comme un argument. Suit une série de romans et de nouvelles puisant dans son expérience des mers du sud.
Et la bougeotte le reprend. Avec Charmian, en juin 1911, ils partent dans une voiture à cheval pour un périple de trois mois en Californie. A la fin de l'année, ils vont à New York puis retournent en Californie par la voie la plus longue, celle de la mer. En mars 1912, ils embarquent à Baltimore, lui comme "officier", Charmian comme "hôtesse" et leur domestique comme "garçon de cabine". Ils vont contourner le continent par le Cap-Horn. Le voyage fait du bien à London qui débarque, en août, à San Francisco en meilleur état qu'il n'en était parti.  Voyager n'empêche pas d'écrire. Il fournit, entre autres, cette année-là, les nouvelles qui vont composer Smoke Bellew, publié en octobre 1912 et qui ont financé, en grande partie, la construction de la maison qui, à peine finie, est entièrement détruite, le 19 août 1913, par un incendie qui semble bien d'origine criminelle.
London écrit toujours. En 1913 paraissent The Abysmal Brute (L'Homme des cavernes), The Moon Valley (La Vallée de la lune) ; en 1914, The Mutiny of the Elsinore (Les Mutinés de l'Elseneur) ; en 1915, The Star Rover (Le Vagabond des étoiles) ; en 1916, The Little Lady of the Big House (La Petite dame de la grande maison). Sans compter les nouvelles, et les textes qui ne connaîtront qu'une publication posthume. Tout en écrivant, il s'occupe du ranch. Heureusement, depuis 1910, Eliza est venue s'y installer et a pris en charge la plus grande partie de la gestion.
En avril 1914, il part pour Vera Cruz, couvrir la révolution mexicaine. L'aventure dure peu. Il est victime d'une dysenterie et rapatrié en juin. C'est un homme souffrant et diminué qui part pour un long séjour à Honolulu. Il y retourne au début de 1916. C'est un endroit qu'il aime, une île après tout, c'est presque comme un bateau.
Charmian et lui regagnent leur ranch en juillet. A voir les photographies de ces derniers mois, il est difficile de croire que cet homme souriant, qui semble si épanoui, est un homme souffrant, que son corps trahit constamment, qui s'acharne à combattre ses souffrances avec des drogues de tous ordres et toujours l'alcool. Le 22 novembre 1916, elles cessent définitivement. Il a quarante ans. L'assoiffé de vie peut enfin se reposer.



Jack et Charmian London, à Glen Ellen, 1916

Jack et Charmian London, dans leur ranch, à Glen Ellen, novembre 1916


L'oeuvre qu'il laisse, écrits publiés ou encore à publier, est à sa mesure, imposante, comme on peut le constater sur un site qui lui est consacré. La majorité de ces oeuvres ont été traduites en français, et en particulier ces dernières années les éditions Phébus, dans la collection Libretto, se sont attachées à les revoir et/ou à en proposer de nouvelles, conformes aux originaux. En effet, pendant longtemps, en France, London a été considéré comme un écrivain pour la jeunesse et nombre de ses textes amputés ou édulcorés pour s'adresser à de jeunes lecteurs. Francis Lacassin (10x18 puis Laffont dans la collection Bouquins) a aidé à redécouvrir l'écrivain dans les années 1970, mais sans avoir guère questionné les traductions.
Dans la masse, il y a certes des textes plus faibles que d'autres, mais il y a aussi, et c'est ce qui compte, des merveilles. Les récits de London dégagent une force, une énergie et souvent une poésie si grandes qu'ils s'imposent comme des faits. Lire Jack London, c'est toujours entrer dans un univers. Et ces univers sont multiples, des grands espaces semi-vierges du Yukon et du Klondike, aux îles des mer du sud ; des usines aux routes et voies ferrées empruntées par des chemineaux en quête de travail ou d'ailleurs ; du monde des chasseurs de phoques à celui des boxeurs ; mais ils possèdent tous la même essentielle puissance. La preuve en est que souvent ses romans sont apparus à des lecteurs bien divers comme d'irréfutables arguments pour défendre leurs convictions, ainsi de Michaël, chien de cirque qui a suscité une campagne contre le dressage des animaux, ou John Barleycorn (si joliment intitulé, dans sa première traduction française, Le Cabaret de la dernière chance) dont se sont tant servi les tenants de la prohibiition.
London en véritable écrivain faisait confiance à la langue et elle le menait droit à l'essentiel : le monde "fonctionne mal" et les laissés-pour-compte, les pauvres, les femmes, les "sauvages", sont souvent bien plus respectables en tant qu'être humains que nombre de ceux dont il est dit qu'ils ont réussi. Si l'écrivain savait montrer la cruauté des uns, il savait bien mieux encore montrer la grandeur des autres.
Diderot disait à propos de la lecture des romans de Richardson : "J'avais parcouru dans l'intervalle de quelques heures un grand nombre de situations, que la vie la plus longue offre à peine dans toute sa durée. J'avais entendu les vrais discours des passions ; j'avais vu les ressorts de l'intérêt et de l'amour-propre jouer en cent façons diverses ; j'étais devenu spectateur d'une multitude d'incidents, je sentais que j'avais acquis de l'expérience." Tout lecteur de Jack London peut en dire autant.




A découvrir
: de nombreuses photos de Jack London.
Le site de l'Université de l'Utah consacré à Jack London. C'est passionnant !
A lire : un article tout ausi passionnant de Jean-Claude Trutt sur l'engagement politique et littéraire de London dans le socialisme.
A explorer : sur le site français consacré à Jack London, une bibliographie particulièrement soignée.



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