8 juillet 1621 : baptème de Jean de La Fontaine

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A propos de La Fontaine, ce site contient
: 1. Une présentation des Lettres du Limousin - 2. Une présentation du recueil des Fables, livre VII.




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comme tout le monde, il commence par naître, mais la date de l'évènement nous est inconnue. Il apparaît le 8 juillet 1621, pour son baptème, en l'église de Saint-Crépin-hors-les-murs, à Château-Thierry ; c'est le premier né de Charles de La Fontaine et de son épouse, Françoise. On suppose donc que sa naissance est de bien peu antérieure. En 1623, le couple aura un autre fils, Claude.
La famille est de bonne et solide bourgeoisie, tant du côté paternel que maternel quoique la branche maternelle ait plus d'illustration. (Anecdote due à Jean Orieux : c'est le grand-père maternel du poète qui importa d'Italie, où il l'avait vue en usage, la douche dans le thermalisme).
Le père est maître particulier des Eaux et Forêts du duché de Château-Thierry, ce qui vaudra à Jean une enfance champenoise.
Une enfance et une adolescence dont on ne sait strictement rien, même pas à quoi ressemblait le jeune garçon puis le jeune homme.  Ses portraits sont tous ceux d'un homme âgé.
Il fait à Château Thierry ses premières classes et la connaissance des deux frères Maucroix dont le second, François, sera son ami le plus cher durant toute sa vie. Le dernier billet qu'il nous reste de La Fontaine lui est adressé.
Il part, sans doute, vers 1636, étudier à Paris. Il semble surtout s'y être amusé. En tous cas, il y connaît Antoine Furetière (futur auteur du premier dictionnaire de langue française) qui l'atteste en 1652.  En 1641, il entre chez les Oratoriens avec le projet de devenir prêtre. Il n'y reste guère (18 mois), mais il va y nouer des liens qui dureront toute sa vie. Il avoue plus tard y avoir lu L'Astrée, qui ne devait pas être une lecture recommandée par ces religieux.
Lorsqu'il en sort, c'est pour retourner à Château-Thierry où il entrecoupe son séjour de voyages à Paris pour, officiellement, faire du droit, et pratiquement pour se joindre à la jeunesse littéraire de son temps, le groupe qui se dit "nobles chevaliers de la table ronde" et qui se réunit le jeudi, après-dînée, pour débattre littérature : Mainard, Furetière (avec lequel il a étudié), Pellisson, Maucroix, Charpentier, Tallemant des Réaux — qui en portera témoignage dans ses Historiettes, lui faisant une réputation de rêveur dont s'emparera la postérité ("Un garçon de belles lettres et qui fait des vers, nommé La Fontaine, est encore un grand resveur", suivent quelques anecdotes le prouvant et quelques autres qui paraissent tout droit sorties des Contes eux-mêmes, Pléiade, tome 1, p. 391-92).
En somme, que fait La Fontaine ? rien de tangible. Sans doute écrit-il, comme tous ses amis de "la table ronde", pour l'amusement du groupe plus que par volonté de se faire connaître.
Même s'il se marie en 1647, avec Marie Héricart qui n'a alors que quinze ans, acquiert une charge en 1652, a un fils en 1653, il ne change guère de mode de vie et se partage entre Château-Thierry et Paris ;  le mariage, par ailleurs,  ne semble pas être une réussite et les époux, après la mort du père, survenue en 1658, se sépareront de biens (sans doute pour protéger la fortune de Marie), puis se sépareront vraiment, après 1671 : La Fontaine continuant de vivre à Paris, Marie retournant à Château-Thierry.

Apparition du poète

La première oeuvre publiée de La Fontaine est une adaptation en français de L'Eunuque de Térence, en 1654, mais elle paraît sans le nom de l'adaptateur. Elle témoigne des solides connaissances du poète en latin, comme de ses talents d'adaptateur ; talent aussi de traducteur que ses contemporains reconnaissent en faisant souvent appel à lui pour traduire la poésie latine.
En 1658, l'oncle de Marie, Jacques Jannart, conseiller du roi et substitut du procureur général au parlement de Paris (dont le titulaire était Nicolas Fouquet) le présente au surintendant des finances dont la réputation de mécène n'est pas usurpée. La Fontaine lui offre un manuscrit d'Adonis, enluminé de fleurs et feuillages avec des écureuils, emblème de Fouquet. Le poème est une réécriture de l'une des Métamophoses d'Ovide. Il est admis dans le cercle, sans doute le plus séduisant du temps.




portrait de La Fontaine, Rigaud, 1690

Portrait de La Fontaine, par Rigaud, 1690 (musée de Monserrat).

Portraitiste attitré de Louis XIV, le peintre (1659 - 1743), immortalise ici un Académicien : un homme grave, posé, empesé où l'on ne devine rien de l'écrivain; un portrait qui correspond davantage à ces mots de La Bruyère dans lesquels on a voulu reconnaître La Fontaine: "Un homme paraît grossier, lourd, stupide, il ne sait pas parler, ni raconter ce qu'il vient de voir ; s'il se met à écrire c'est le modèle des bons contes, il fait parler les animaux, les arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point : ce n'est que légèreté, qu'élégance, que beau naturel, et que délicatesse dans ses ouvrages."   ( Les Caractères, "Des Jugements", 56 - 1691) Il est vrai aussi que Le Verrier disait qu'il était prude en conversation et d'une modestie sévère (cité par Clarac, p. 11), mais lui-même, dans son dernier billet à Maucroix, écrivait: "O mon cher, mourir n'est rien ; mais songes-tu que je vais comparaître devent Dieu ? Tu sais comme j'ai vécu."
De la gravité du portrait à la légèreté de l'homme , on hésite, et La Fontaine reste un mystère.


Dumas en a plaisamment mis en scène le petit monde dans Le Vicomte de Bragelonne, pas sérieux du tout sur le plan historique, mais





amusant sur le plan de la reconstitution d'une atmosphère : cercle magique des créateurs et du mécène. L'entourage de Fouquet, c'est tout ce qui rend illustre "le grand siècle", et le roi ne s'y trompe pas qui, une fois débarassé de ce rival trop séduisant, trop intelligent, récupère tout ce beau monde à commencer par Pelisson, qui mettra quand même quatre ans à se soumettre (embastillé, ni plus ni moins), à continuer par Molière. La chose sera plus délicate avec La Fontaine, et le roi ne semble pas lui avoir jamais pardonné ses liens avec Fouquet. 
Le Songe de Vaux, entrepris pour célébrer le château de Vaux-le-Vicomte, propriété de Fouquet, ne sera jamais achevé : en 1661, Louis XIV fait arrêter le surintendant qui finira ses jours en prison, ses amis se dispersent, l'oncle Jannart est exilé en province (à Limoges). La Fontaine l'accompagne. Ceci nous vaut un récit de voyage sous forme de six Lettres adressées à son épouse demeurée à Château-Thierry.



Poète, conteur et fabuliste

Revenu à Paris, gentilhomme servant de la duchesse douairière d'Orléans (et c'est seulement alors qu'il obtient un brevet de gentilhomme), il publie entre 1664 et le début de 1666, la première partie de ses Contes et nouvelles. Ces jolis récits légers, un rien coquins — qui n'en ont pas moins fait scandale —, divertissants, se réclament autant de Boccace que de Rabelais et des conteurs médiévaux. Fragonard, au XVIIIe siècle, en illustrera certains. Tout l'art de La Fontaine s'y déploie, transformant des contes souvent scabreux en petits bijoux de grâce et d'élégance suggérant discrètement une éthique du bien vivre, un éloge du plaisir et de l'amitié.
Et en 1668, paraissent 124 apologues ésopiques mis en vers, répartis en six livres, précédés d'une préface, d'une "Vie d'Esope le phrygien" et dédiés au dauphin, sous le titre de Fables choisies mises en vers. Le Fabuliste entre en scène et ne la quittera plus. Le livre rencontre un vif succès (il connaîtra quarante éditions du vivant du poète).
En 1669, paraît Les amours de Psyché et de Cupidon (suivi d'Adonis, dont c'est la première édition), dédié à La duchesse de Bouillon, un élégant récit de prose et poésie mêlées où La Fontaine développe le mythe d'Eros et Psyché rapporté dans L'Ane d'or ou Les Métamorphoses d'Apulée (vous en trouverez le texte à la BnF)
En 1672, la duchesse douairière étant morte, Mme de La Sablière accueille La Fontaine chez elle. Perrault raconte : "Le peu de soin qu'il eut de ses affaires domestiques l'ayant mis en état d'avoir besoin du secours de ses amis, Mme de la Sablière, dame d'un mérite singulier et de beaucoup d'esprit, le reçut chez elle où il est demeuré près de vingt ans." Il va y cotoyer un monde de savants dont le commerce va infléchir la rédaction des fables.
Dix ans après les premières fables , il leur ajoute 5 nouveaux livres, en 1678 et 1679 et, enfin, un 12e en 1693. Ces recueils, pourtant à nos yeux, plus intéressants, connaissent un moindre succès que le premier.
Entre temps, il aura publié de Nouveaux contes en 1674, sans privilège (autorisation royale) et qui seront aussitôt interdits à la vente par ordonnance de police.
Mais en même temps, il avait écrit La Captivité de Saint-Malc, poème dévot, et avait prêté son concours à la traduction de vers latins de La Cité de Dieu (Saint-Augustin) publiée par Giry en 1667.
Les visages de La Fontaine sont multiples : "Diversité est ma devise" lit-on dans un des Contes de 1774.
Elu en 1683 à l'Académie française, Louis XIV refuse d'entériner le vote et il faudra que La Fontaine attende l'élection de Boileau, l'année suivante (1684)  pour que le roi accepte enfin son admission au sein de la Compagnie.
Il meurt en 1695, après avoir officiellement désavoué ses contes, en 1693.






page de titre Fables

page de titre de l'édition de 1668.
La totalité du livre sur Gallica



Et après ?

Le poète mort, sa légende de "bonhomme" rêveur, "enfantin", paresseux se propage dessinant une créature sans doute charmante, mais peu fiable, ayant dilapidé son bien, vivant en parasite des grands, flatteur à l'occasion. On n'oublie pas de rappeler ses contradictions, un jour confit en dévotion, un autre se délectant dans les cercles les plus libertins de son temps, et les libertins du temps sont d'abord des athées avant d'être des épicuriens. Celui que la duchesse de Bouillon appelait son "fablier" devient une manière d'écrivain pour jeune public, avant la lettre. Si les fables sont continûment rééditées, en particulier au XIXe siècle où elles battent des records éditoriaux, il n'est pas rare que lui soit déniée la qualité même de poète. Et pourtant, il l'est. Et comment ! Sans doute un des plus grands, pour l'incroyable souplesse de ses vers, pour la finesse tout aussi grande de ses choix lexicaux, pour l'éclat de ses images, pour l'économie de ses moyens. Tout fait image dans les vers de La Fontaine, et ce n'est pas un hasard si tant d'illustrateurs ont éprouvé le besoin de se mesurer avec lui, de l'accompagner.
Qui ne sent que le début de "La laitière et le pot au lait", par exemple,
Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville."
avec son incise séparant le sujet du verbe, "fait voir", le geste, le mouvement, l'assurance du personnage tout autant que sa grâce, sa jeunesse aussi dans ce prénom dont la finale est celle d'un diminutif ?
Grâce, légèreté (au meilleur sens du terme), élégance sont bien les qualités les plus constantes du poète, mais il serait dommage d'oublier le sourire, un sens de l'humour dont la drôlerie n'épargne rien ni personne, pas plus le poète lui-même, et tout le monde se souvient de la conclusion de "La laitière...": "Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même / Je suis gros Jean comme devant." dont la formulation a pris des allures de proverbe.
L'épitaphe qu'il composa "d'un paresseux", sans doute dans les années du cercle "des chevaliers de la table ronde" semble un autoportrait, mais on oublie qu'il en composa une autre, peut-être aussi "autobiographique" que la première, à moins que les deux ne soient qu'un divertissement plaisant, comme ses amis d'alors en étaient coutumiers, ou comme on les aimait  dans les salons du temps, car on n'oserait penser que le "Paul" dont il s'agit puisse être Scarron, mort en 1660.


Epitaphe d'un paresseux                     

Jean s'en alla comme il était venu,            
Mangea le fonds avec le revenu,            
Tint les trésors chose peu nécessaire.        
Quant à son temps, bien le sut dispenser :        
Deux parts en fit, dont il soulait passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.


Epitaphe d'un grand parleur


Sous ce tombeau pour toujours dort
Paul, qui toujours contait merveilles :
Louange à Dieu, repos au mort,
Et paix en terre à nos oreilles !






Perrette, version Doré

Perrette, imaginée par Gustave Doré.

De nombreux illustrateurs, depuis le XVIIe siècle, ont interprété les Fables. Gustave Doré (1832 - 1883) est de ceux-là.
A voir : la totalité de son travail à la BnF.





A découvrir
: Le musée officiel de Château-Thierry
Madame de la Sablière, à travers un article que lui consacre Anatole France (La Vie littéraire, quatrième série,1892)
A écouter : quelques fables que propose le site Vive voix.




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