Le Guépard, 1958, Giuseppe Tomasi di Lampedusa

coquillage




A propos du
Guépard sur ce site : 1. Présentation de l'auteur et du roman - 2. notes pour la lecture du texte : page 1 - 3. Le narrateur du roman - 4. Les personnages - 5. Un extrait des Princes de Francalanza, Federico de Roberto, 1894






QUATRIEME PARTIE

p. 147 : La voiture d'enfant d'Eisenstein : allusion à la séquence de l'escalier dans Le Cuirassé Potemkine (1925), film de Serguei Mikhailovitch Eisenstein, relatant la révolte des marins de la mer Noire en 1905. Lorsque les soldats tzaristes tirent sur la foule massée sur les escaliers dominant le port d'Odessa, une mère assassinée lâche la voiture de son bébé qui dégringole l'escalier. Filmée en plongée et en contre-plongée, la course du landau est un sommet de pathétique cinématographique.

p. 148 : "Veni, sponsa de libano" : vers du "Cantique des Cantiques" , 4-8 (Bible, Ancien testament) "Venez du Liban, mon épouse" (traduction de Lemaître de Saci). Vers repris par Dante dans La Divine Comédie. La suite des versets est un éloge du corps féminin.

p. 151 : Mirabeau: Honoré Riquetti, comte de Mirabeau (1749-1791), noble provençal, élu député duTiers-Etat, il participe à la transformation des Etats-Généraux en Assemblée nationale ; on lui prête la formule "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baillonnettes". Célèbre surtout pour ses qualités oratoires.

p. 151 : Cavour : Camillo Benso, comte de Cavour (1810-1861), homme politique italien, artisan de l'unité. Président du Conseil constitutionnel de Piémont-Sardaigne,  jusqu'à sa mort.

p. 151 : Montecitorio : par métonymie, la chambre des députés italienne (installée dans ce Palais, à Rome, à partir de 1871)

p. 151 : Consulta : par métonymie, ministère des Affaires étrangères, (installé dans ce palais, à Rome,  de 1874 à 1924). [merci au "guichet du savoir" de la Bibliothèque de Lyon qui m'a permis de vérifier cette information]

p. 153 : Charles Dickens (1812-1870), célèbre écrivain anglais, auteur d'Olivier Twist, 1836-37, entre autres.

p. 153 : George Eliot (pseudonyme de Mary Ann Evans, 1810-1880), écrivain anglais, auteur d'oeuvres encore peu connues en 1860, ses romans les plus célèbres seront plus tardifs, Le Moulin sur la Floss- 1860, Middelmarch-1871-72.

p. 153 : George Sand (pseudonyme d'Aurore Dupin, 1804-1876) :  connaît une célébrité qui ne se démentira pas tout au long du XIXe siècle, dès son premier roman Indiana, 1832.

p. 153 : Gustave Flaubert :  (1821-1880),  Madame Bovary date de 1857 et le roman fait scandale lors de sa publication.

p. 153 : Alexandre Dumas (1802-1870) : extrêmement célèbre en raison à la fois de son théâtre et de ses romans (Les Trois mousquetaires, 1844, Le Comte de Monte-Cristo, 1845-46) mais aussi de  ses collaborations à la presse, y compris aux journaux qu'il lance lui-même. Proche de Garibaldi. Il est en Sicile en 1860, et dirigera un journal à Naples en 60-61. Sa méconnaissance, ici, apparaît plus comme un réflexe de classe que comme une réalité.

p. 153 : Angiola Maria, roman de Giulio Carcano (1812-1884)  dont le titre complet est  Angiola Maria. Storia domestica, 1839.

p. 156 : La reine de Saba : personnage légendaire, issu de la Bible (Rois, III, X), elle rend visite au roi Salomon et s'émerveille de sa sagesse. Le royaume de Saba, au Sud ouest de l'Arabie, est un pays de la haute antiquité (VIIIe au VIe siècle) dont la richesse était extrêmement grande. Bien que la Bible n'en dise rien, l'expression est connotée de l'idée de très grande beauté en sus de la richesse.

p. 156 : "formosissima et nigerrina"  : allusion à l'épouse du Cantique des cantiques, I, 4 (op. cit.) « Je suis noire mais je suis belle ».

p. 157 : Lanciers et Bersagliers : deux corps d'armée du royaume d'Italie.

p. 159 : CCS : Concetta Corbera Salina.

p. 161 : Eté de la Saint Martin : période de beau temps en automne autour du 11 novembre, date de la mort de Martin de Tours devenu saint Martin. Se nomme ainsi parce que la légende rapporte que des fleurs se seraient mises à pousser sur le passage du convoi funéraire entre Poitiers et Tours où il est enterré.

p. 161 : Les plaisirs obscurs : renvoient au libertinage sexuel d'une partie de la noblesse à la fin du XVIIIe siècle (cf. histoire de Prévan dans Les Liaisons dangereuses et de nombreux autres textes, y compris ceux de Sade)

p. 162 : Giovanni Prati : poète (1814-1884), ainsi décrit par Marc Monnier, dans L'Italie est-elle la terre des morts ?, 1860 : "Si vous rencontrez un grand garçon de 40 ans à cheveux bruns, aux yeux flâneurs, au visage long et allongé par l'impériale, au nez proéminent et diminué par la moustache, bonne tête en somme, et annonçant un artiste au premier regard, dites-vous à part que c'est lui et tendez-lui votre main, il vous tendra la sienne. C'est l'Italien le plus ouvert et le meilleur fils du monde : il se nomme Giovanni Prati. C'est là qu'il vit / sous les arcades..."
Monnier y explique comment il est le poète officiel de la maison de Savoie et fournit quelques exemples de ses oeuvres.


p. 171 : un "Virginie"  : type de cigare provenant de l'état de Virginia, USA. Le mot entre dans la langue française, avec cette acception, en 1845.

p. 175 : Notre dôme : la cathédrale de Milan, en italien "il Duomo"


p. 176 : ambrosien : qui est relatif à Milan, par extension. Ambroise, évêque de Milan modifie les rites et instaure de nouveaux chants. Jeu sur le mot, un optimisme milanais, ou/et religieux.

p. 176 : le temps de Charles d'Anjou : milieu du XIIIe siècle (le pape donne la Sicile à Charles d'Anjou, frère de Louis IX – saint Louis -  en 1265)

p. 176 : Missus dominicus : envoyé du maître, du seigneur ; titre que portaient les envoyés de Charlemagne,  des souverains carolingiens en général, qui étaient chargés de la surveillance des autorités locales. Ils n'existèrent qu'au IXe s.

p. 181 : Bellini et Verdi : voir plus haut, p. 61 et p. 66.

p. 183 : Une coupole de Saint-Pierre en albâtre : représentation de la coupole de la basilique Saint Pierre à Rome, dessinée par Michel Ange  (aujourd'hui, le Vatican); elle est surmontée d'une croix ; l'albâtre est une pierre blanche, translucide.

p. 184 : Le sénateur Papirius : anecdote rapportée par Tite-Live et Plutarque. Quand les Gaulois, commandés par Brennus (390 av. J.-C.) entrent dans Rome où seuls restent les sénateurs "un soldat gaulois porte une main hardie sur la barbe blanche du sénateur Papirius ; ce vénérable consulaire, irrité de cet affront, frappe le barbare avec sa baguette d'ivoire..." (Histoire de France, Louis-Philippe Ségur, 1830)

p. 184 : Incitatus, le cheval de Caligula : l'anecdote est rapportée par Suétone "La veille des jeux du cirque, il ordonnait à des soldats d'imposer silence à tout le voisinage pour que rien ne troublât le repos de son cheval Incitatus. Il lui fit faire une écurie de marbre, une crèche d'ivoire, des housses de pourpre et des licous garnis de pierres précieuses. Il lui donna un palais, des esclaves et un mobilier, afin que les personnes invitées en son nom fussent reçues plus magnifiquement. On dit même qu'il voulait le faire consul." (Vie de Caligula, traduction de M. Cabaret-Dupaty, 1893)

p. 184 : Senatores boni viri, senatus autem mal bestia : les sénateurs sont des hommes bons, mais le sénat est une mauvaise bête féroce.  Proverbe latin.

p. 187 : Exposition universelle de Londres: "Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations", organisée en 1851 pour présenter les nouveautés techniques et scientifiques. Par exemple, on y expose pour la première fois des reconstitutions, grandeur nature, de dinosaures. A cette occasion avait été construit le "Crystal Palace", lui-même représentation de la modernité : structure métallique et verre, projeté par Joseph Praxton.

p. 188 : Théâtre de marionnettes (teatro di burattini) : "Le théâtre de marionnettes dit "Opera dei Pupi" est né au début du dix-neuvième siècle en Sicile où il a rencontré un vif succès auprès des classes populaires. Les marionnettistes racontaient des histoires inspirées de la littérature chevaleresque du Moyen Âge et d’autres sources telles que la poésie italienne de la Renaissance, la vie des saints ou des histoires sur des bandits célèbres. Les dialogues étaient en grande partie improvisés. Les deux principales écoles siciliennes de marionnettes, celles de Palerme et de Catane, se distinguaient principalement par la taille et la forme des marionnettes, les techniques de manipulation et la variété des décors de toile de fond.
Ces théâtres étaient souvent des entreprises familiales. Les marionnettes, réputées pour l’expressivité de leur visage, étaient sculptées, peintes et construites par des artisans selon des méthodes traditionnelles. Les marionnettistes, s’efforçant de se surpasser les uns les autres lors des spectacles, exerçaient une véritable influence sur le public. Autrefois, étalées sur plusieurs soirées, les représentations constituaient autant d’occasions pour les gens de se retrouver."  (source : UNESCO, secteur de culture)
Chevalley pense aux marionnettes parce que le prince a parlé de la formation contemporaine de mythes, ceux que jouent les marionnettes.


p. 188 : Crispi : voir note p. 30.

p. 188 : Randazzo : ville de la province de Catane, au pied du volcan l'Etna, en activité. L'enfer évoqué est celui des éruptions. Taormina : ville côtière, à l'est de la Sicile, bénéficiant d'un paysage magnifique, d'un micro climat extrêmement doux. Ville de fondation grecque, les monuments de l'occupation grecque sont parmi les plus beaux de Sicile.

p. 188 : Les villes maudites de la Bible : Sodome et Gomorrhe (Genèse, XIX), verset 24 : "Alors le Seigneur fit descendre du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu."

p. 189 : Ezechiel : un des quatre grands prophètes bibliques (Ancien Testament, Livre d'Ezechiel, 48 chapitres). A Babylone, il prophétise la ruine de Jerusalem puis la restauration future d'Israël. Le Prince s'identifie à ses prophéties de destruction.

p. 191 : Laticlave : bande pourpre que les sénateurs romains portaient sur leur robe.

p. 193 : Proudhon : Pierre, Joseph (1809-1865), penseur socialiste français issu de la classe ouvrière. Célèbre, en particulier, pour avoir affirmé "La propriété, c'est le vol". Publie en 1846, Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère, qui déclenche une polémique avec Marx.

p. 193 : Un petit juif allemand : Karl Marx ( 1818-1883), philosophe et économiste. Avec Engels, publie le Manifeste du parti communiste, en 1848. Critique les socialistes de son temps, au premier rang desquels Proudhon, pour leur idéalisme. Pas si "petit" que l'affirme le prince, puisque qu'en 1864, est fondée à Londres la première Association internationale des Travailleurs, sous son influence, qui marque le début de ce qui deviendra le syndicalisme.

CINQUIEME PARTIE

p. 203 : Insurgés de la Basilicate et de la Terre de labour : (Terra di lavoro) régions à l'est et au sud de Naples où la résistance paysanne au changement de royauté persistera jusque dans les années 1870. Traités en brigands par les autorités, ces paysans ressemblent assez aux Chouans de Vendée en lutte contre la Révolution. "Les autorités appelaient "brigandage" [cette résistance] et mettaient en œuvre une répression féroce d'incendies de hameaux et d'exécutions collectives. Cent vingt mille hommes y étaient employés ; deux mille cinq cents "brigands" pour le moins furent passés par les armes, sans que les journaux en parlent, sans que les chancelleries protestent, dans l'indifférence totale des opinions libérales pour des paysans frustes et réactionnaires." (Yves-Marie Bercé)
Une commission  parlementaire d'enquête instituée en 1862 publia ces chiffres en 1863 : " 307 morts et 86 blessés"  pour les Italiens et "1038 fusillés, 2413 morts au cours des engagements et 2678 arrêtés" pour les "brigands" (Sergio Romano, op. cit. , p. 29)


p. 204 : Ave Maria, Gloria Patri : "Je vous salue Marie" et "Gloire au Père" ; dans la religion catholiques, les deux prières les plus répandues.

p. 204 : "lui voler ce qui lui appartient" (terres) / "inévitables confiscations futures des biens de l'Eglise": cette inquiétude du père Pirrone, présente dès la première partie, est fondée. En 1854, le parlement de Turin (Piémont-Sardaigne) avait voté la "loi des couvents" qui dissolvait les communautés religieuses, confisquait les terres pour les mettre en vente, constituait une "caisse" avec les gains pour subvenir aux besoins du clergé, garantissait une sorte de "retraite" aux moines. Cette loi sera appliquée dans les nouveaux territoires de l'Italie comme le raconte De Roberto dans Les Princes de Francalanza, deuxième partie, chapitre 6.
Le gouvernement italien procède à la vente des biens ecclésiastiques  entre 1867 et 1880. Dans le même temps, l'inquiétude du père Pirrone à l'égard des pauvres est elle aussi fondée dans la mesure où une enquète de 1876 montre que la pauvreté s'est aggravée, que la noblesse a fort peu été touchée, que le bénéficiaire de l'opération a été la bourgeoisie.


p. 206 : Cantharide : colépoptère de couleur vert d'or, d'aspect brillant. Désséché et broyé, il sert à faire des préparations vésicantes (qui contractent les vaisseaux sanguins) et aphrodisiaques.

p. 206 : La lumière du Golgotha : le Golgotha est la colline de Jérusalem où a lieu la crucifixion du Christ, sacrifice qui, aux yeux des catholiques, rédime le genre humain et le tire de l'obscurité de la damnation à laquelle le condamnait le péché originel (Adam et Eve mangeant le fruit défendu et chassés du paradis). La périphrase signifie donc "avant le christianisme".

p. 207 : Socrate : philosophe athénien (- 470 / - 399) condamné à mort pour impiété et corruption de la jeunesse. Exécuté au moyen de la ciguë, poison violent. N'a rien écrit, sa philosophie nous est connue par les textes de Platon (428 / 348 av. J.-C.)

p. 208 : "ad maiorem gentis gloriam": altération de la formule "ad maiorem dei gloriam" : "pour la plus grande gloire de la maison (de la gens)" au lieu de "pour la plus grande gloire de Dieu", devise de la Compagnie de Jésus (Jésuites).

p. 208 : Fata crescunt : les fatalités grandissent, croissent. Formule énigmatique par laquelle le père Pironne veut peut-être dire que la noblesse est à elle-même son destin, que le temps transforme des comportements, historiques à l'origine, en fatalité, en destin, en obligation comme l'adage "noblesse oblige" le dit aussi. 

p.209 : faquin (de l'italien "facchino" = portefaix) : personne méprisable, individu vaniteux, sot.
reître (de l'allemand "Reiter" = cavalier) : cavalier allemand mercenaire au service de la France ; à partir du XIXe siècle : soudard, soldat brutal.
pompier : fabricant et réparateur de pompes, puis spécialiste de la lutte contre les incendies. Au XIXe siècle, peintre et, plus généralement, artiste ou écrivain qui traite de sujets conventionnels et grandiloquents dans un style académique et prétentieux. Ce glissement de sens s'expliquerait par la présence de "casques" dans ces peintures néo-classiques.
savetier . En italien "ciabattino"  "figure miséreuse, crève la dalle, sale, sans culture", équivalent de "minable", "pauvre type". Pâtissier, en italien "pasticciere" : à lier au verbe "pasticciare" et donc à "pasticcio" (dont vient le mot "pasticciere") ou "pasticciato", c'est-à-dire à l'idée de gâcher quelque chose, la faire mal, créer un problème, abîmer un travail fait, barbouiller, salir un devoir". Quelque chose comme "rigolo", "incapable".  (merci à Valentina pour son aide)
Jésuite : hypocrite (signification courante)


p. 212 : Arioste : écrivain italien du XVIe siècle, auteur du Roland furieux, poème épique en 46 chants, 1580. Angélique y est la fille de Galafron roi du Cathay (Chine) dont s'éprend Roland qui devient fou en découvrant son amour pour un autre.
Le nom de Tancredi est aussi emprunté à un autre poème épique italien du XVIe siècle, La Jérusalem délivrée, 1580, du Tasse. Freud, dans Au-delà du principe de plaisir, 1920, en rapporte les malheurs comme exemple de répétitions qui, à première vue, paraissent inexplicables : "Le héros Tancrède tue, sans savoir que c'est elle, sa bien-aimée Clorinde dans un combat où elle a revêtu l'armure d'un chevalier ennemi. Après les funérailles, il pénètre dans l'inquiétante forêt enchantée qui frappe d'effroi l'armée des Croisés. Là, il fend un grand arbre avec son épée mais, de la blessure de l'arbre, jaillit du sang et la voix de Clorinde, dont l'âme était exilée dans l'arbre, se plaint à lui qu'il ait de nouveau blessé sa bien-aimée." (traduction Laplanche et Pontalis).
Ce n'est pas le seul écho entre le texte de Freud et ce roman.


SIXIEME PARTIE

p. 226 : la mauvaise affaire de l'Aspromonte: bataille entre les troupes régulières de Victor-Emmanuel II et les troupes de Garibaldi parties à la conquête de Rome, encouragées par Rattazi qui a succédé à Ricasoli à la tête du gouvernement. Devant les réactions internationales, ce dernier se rétracte. Le 29 août 1862, en Calabre, à Aspromonte, Garibaldi est vaincu et blessé, et mis en résidence surveillée. Parmi les 2000 hommes qui l'avaient accompagné, les officiers de l'armée royale, qui s'étaient joints à lui, furent jugés et certains condamnés à mort.

p. 229 : Colonel Pallavicino :  Lampedusa mêle le réel (l'existence du colonel, puis général — après l'Aspromonte justement — Pallavicini) et l'imaginaire (en utilisant le nom de Pallavicino porté à la fois par un poète satirique du XVIIe siècle, Ferrante Pallavicino,  et un homme politique de l'époque, ami et proche de Garibaldi, le marquis George Pallavicino-Trivulzio, qui est à ses côtés à l'heure de l'Aspromonte.)

p. 229 : Calatafimi : bataille, sur la route de Palerme,  le 15 mai 1860, entre les "Mille" (les chemises rouges) de Garibaldi et les troupes bourbonniennes, supérieures en nombre,  conduites par le général Landi. Victoire des chemises rouges.

p. 232 : Palais Pitti : célèbre Palais de Florence projeté par  Brunelleschi, commencé au XVe s., achevé et habité par les Médicis au XVIe siècle, aujourd'hui musée.

p. 232 : Carlo Dolci (1616-1686) peintre

p. 233 :  la reine Maria Carolina : (1752-1814): fille de Marie Thérèse d'Autriche, soeur aînée de Marie-Antoinette épouse de Louis XVI,  épouse de Ferdinand IV, réfugiée en Sicile lorsque les armées napoléoniennes s'emparent du royaume de Naples.

p. 240 : "la mort du juste", Greuze : Jean Baptiste Greuze (1725-1805), pas d'oeuvre portant ce titre. La description du tableau correspond en gros au  Fils puni, 2e volet d'un dyptique moralisateur. Dans le premier , le "mauvais fils" quitte la maison, dans le 2e, il revient trop tard, au moment où le père meurt. Les jeunes filles n'y lèvent nullement les bras au ciel et ne sont pas indécemment vêtues.

p. 243 : léthenne,   qui est relatif au Léthé. Dans la mythologie grecque, fleuve des enfers qui donne l'oubli.

p. 247 : Zambiachini : Callimaco Zambiachini, 1811-1862, compagnon de Garibaldi, y compris en Amérique du sud. Faire de Zambiachini un "manipulateur" revient à isoler Garibaldi pour vider de son sens politique toutes ses actions et le transformer plus aisément en "icône" de l'unification italienne.

p. 247 : Les Tuileries : Palais royal dans le prolongement du Louvre, Paris, (aujourd'hui disparu — détruit pendant la commune de Paris, 1871), métonymie pour le gouvernement de Napoléon III.

p. 247 : Le palais Farnèse : "Dès le XVIe siècle, le palais était la résidence des représentants des rois de France auprès de la cour pontificale" (source : Ambassade de France, Rome) par métonymie, la politique conjointe de Napoléon III et du pape. Les troupes françaises occupent Rome jusqu'à la guerre de 1870. C'est leur départ qui permettra l'occupation de la ville et le plébiciste qui rattachera les terres papales à l'Italie et la proclamation de Rome, capitale de l'Italie le 30 juin 1871. La "loi des garanties" avait été votée en mai accordant au pape l'extraterritorialité des palais apostoliques et un traitement annuel. Le Saint-Siège refuse de reconnaître l'Etat italien.

p. 247 : "quarante-huitarderies": actions comme celles de la révolution de 1848 quand une série de révoltes secoue l'Europe. Dans le discours de Pallavicino connote des actions généreuses, idéalistes, inefficaces.

p. 249 : d'autres d'une couleur différente ; et puis encore des rouges : ces "prophéties" de Pallavicino évoquent pour le lecteur de 1958, les "chemises noires" du fascisme mussolinien, et le rouge des communistes qui, pendant et après la Libération, sont une formation importante en Italie (31% de l'électorat en 1948).

p. 249 : La grande étoile: représentation symbolique de l'Italie, symbole maçonnique qui deviendra celui de la république en 1946. Mais dans un discours de 1861, Cavour avait déclaré : "L'étoile de l'Italie, c'est Rome ; voilà notre étoile polaire." La référence de Pallavicino ne peut-être que celle-là, il pense à la perspective de l'unité entière du pays avec Rome pour capitale, ce qui mettrait fin aux dissensions entre les diverses villes citées : Turin, Florence, Milan, Naples. Et il (le véritable Palavicini) sera d'ailleurs aux côtés de Garibaldi pendant la troisième guerre d'indépendance (1865-66).
Autre témoignage, Ippolito Nievo (écrivain et patriote qui accompagne Garibaldi en Sicile) écrit, en 1858, dans son roman Confessions d'un Italien (publié de manière posthume en 1867) sous la plume du narrateur personnage, Carlo Altoviti, Vénitien : "Rome est le noeud gordien de nos destinées ; Rome est le symbole grandiose et multiforme de notre race; Rome est notre arche d'alliance, qui dissipe de ses rayons les imaginations fumeuses des Italiens. Voulez-vous savoir si telle constitution politique, si telle forme de progrès peuvent être implantés dans notre pays et y donner de bons fruits ?... Interrogez Rome. C'est la pierre de touche, le juge qui sépare le bon grain de l'ivraie. C'est la Louve qui nous nourrit tous de ses mamelles : qui n'a pas bu de son lait est ignorant. " (éd. Fayard, 2006, traduction de Michel Orcel)


SEPTIEME  PARTIE

p. 257 : c'était midi, un lundi de la fin juillet : cf. le poème de Rimbaud dans Une saison en enfer :  « Elle est retrouvée. / Quoi ? L'éternité. / C'est la mer mêlée /  au soleil. » 

p. 258 : collines péloritaines (monti Peloritani) : chaîne de montagnes au nord est de la Sicile.

p. 260 : Jules Verne : écrivain français de la fin du XIXe (1828-1905), publie chez Hetzel à partir de 1862 une série de romans sous le surtitre de "Voyages extraordinaires". Ces romans illustrés ont un grand succès dans les familles et servent de cadeaux de fin d'année ou d'anniversaire pour les enfants.

p. 263 : Ba-Ta-Clan : célèbre café-concert de la fin du XIXsiècle et du début du XXe, à façade chinoise, ouvert à Paris en 1865.

p. 266 : "Tu che a dio spiegasti l'ale" : (Toi qui a ouvert tes ailes vers le Ciel) air de Lucia de Lammermor chanté par Edgard ( acte III, scène 2 de l'opéra en trois actes de Gaetano Donizetti, 1835). C'est l'opéra que madame Bovary va voir à Rouen, dans le roman de Flaubert. Elle y retrouve Léon. Emma Bovary meurt aussi avec un chant, celui de l'aveugle qui la terrorise. Lampedusa ôte, quant à lui, tout pathétique à la scène.

p. 267 : Arago, François (1786-1853) : entre à 23 ans à l'Institut des sciences ; directeur de l'Observatoire de Paris jusqu'à sa mort (pour en savoir davantage sur ce grand homme de science, voir le site de l'Académie des sciences)

HUITIEME  PARTIE

p. 274 : La Grande Catherine : Catherine, impératrice de Russie (1729-1796) de 1762 à sa mort. Soupçonnée d'avoir fait mettre à mort son mari. Admirée des philosophes des Lumières, cultivée, pragmatique, elle développa son pays. Sa vie privée (ses aventures amoureuses sont multiples) n'en fait pas vraiment une image adéquate pour Concetta, sinon, comme son neveu le perçoit, par son autoritarisme et sa hauteur.

p. 276 : dans le style de Cremona : Tranquillo Cremona (1837-1878) "un goût très prononcé pour le clair-obscur et les recherches chromatiques. Auteur surtout de scènes bourgeoises et de portraits, Cremona pratiqua une technique très particulière, où une touche hachée et vaporeuse crée des effets indécis et romantiques d'une subtile étrangeté » (source : Larousse en ligne) particulièrement ironique, dans la mesure où les peintures les plus célèbres de l'auteur représentent des scènes de la vie bourgeoise, voire amoureuse.

p. 276 : Symboles associés à Marie : l'enfant, naturellement, puisqu'elle est la mère du Christ ; la couronne, car elle est la "reine" des cieux ; le serpent parce qu'elle représente la féminité qui éteint le péché d'Eve, donc écrase le serpent, tentateur du jardin d'Eden ; l'étoile car elle est "Stella Maris" qui guide les marins à travers tempêtes et écueils vers le port et le croyant vers l'éternité.

p. 277 : Magasins Bocconi : les frères Bocconi ouvrent, en 1865, le premier grand magasin, à Milan. Au début du XXe siècle, les succursales s'étaient répandues dans d'autres villes. Dans le contexte, les objets, produits en série, qu'on y trouve, s'opposent au luxe des premiers objets évoqués.

p. 280 : d'un style "Maggiolino" :  Maggiolino est un ébéniste qui faisait des meubles en marqueterie, dans la lignée de Boulle, fin XVIII - début XIXe s.

p. 281 : Trinacrie : nom grec de la Sicile (Trinakria = trois pointes) devient un symbole de l'île : tête entourée de trois jambes. Le mot a déjà été rencontré, comme nom d'un journal, comme nom de l'hôtel où meurt don Fabrizio.

p. 281 : Oreille syracusaine de Denys : curiosité géologique de Syracuse, grotte dont l'ouverture rappelle un pavillon auriculaire, remarquable par ses dimensions et ses propriétés acoustiques : on entend ce qui s'y dit dans un rayon de 50 m. La légende veut que le tyran Denys (430/ 367 av. J.-C.) y enfermait ses ennemis pour écouter, de l'extérieur, ce qu'ils se disaient.

p. 284 : Paul Bourget : 1852-1935. poète, romancier, critique français. Extrêmement célèbre à la fin du XIXe s. pour ses analyses psychologiques.
Anatole France : 1844- 1924. romancier français important de la fin XIXe-début XXe siècle. Prononce l'éloge de Zola à son enterrement.
Gabriele d'Annunzio : 1863- 1938. Poète, il publie son premier recueil à seize ans, et romancier italien dont le premier roman  Il Piacere (Le Plaisir , 1889 ; traduit en français sous le titre L'Enfant de volupté)  fait scandale mais lui assure aussitôt la célébrité.
Matilde Serao : 1856-1927, romancière italienne dont Benedetto Croce dit, en 1903, qu'elle a "une fantaisie merveilleusement limpide et vive".
Ces références prouvent qu'Angelica, bien qu'approchant les soixante-dix ans, continue à être à la fois une femme active et cultivée. La petite fille de "pépé Mmerda" est bel et bien devenue une princesse. Elle vit pleinement son époque à l'encontre de ses cousines par alliance.


p. 285 : Volturno : fleuve du sud de l'Italie, non loin de Naples, près de Caserte.

p. 287 : Don Giovanni : opéra en deux actes de Mozart, 1787, sur un livret de Da Ponte. L'opéra reprend en partie la pièce de Molière, Dom Juan.

p. 287 : Goldonienne : qui est relatif au théâtre de Goldoni (Carlo Goldoni, 1707-1793, dramaturge vénitien ; rénove le théâtre italien)

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