Le roman policier

coquillage



Le dossier "roman policier" de ce site contient
: 1. Une présentation de Chandler et du Grand sommeil, 1939 (traduit par Boris Vian, 1948) - 2. Une présentation de Et on tuera tous les affreux, Vian, 1948 - 3. Une biographie de Simenon - 4. Une présentation de L'Affaire Saint-Fiacre, Simenon, 1932 - 5. Van Gulik, Assassins et poètes, 1968 -




Polar.
Le mot est connu de tous, la chose également, puisque sur les tables ou dans les vitrines des librairies, l'acheteur peut identifier les éditeurs, les collections spécialisées que presque toutes les grandes maisons d'édition possèdent aujourd'hui (un roman vendu sur quatre est un roman policier), et que Paris peut se vanter d'une bibliothèque consacrée au genre, la Bibliothèque des littératures policières,  active depuis 1995, rue du Cardinal Lemoine, dans le 5e arrondissement, autrement dit dans le Quartier Latin, voué depuis longtemps au savoir.
Ajoutons que des romans policiers sont souvent aux programmes des collèges et qu'il existe une branche spécialisée de la littérature jeunesse qui l'introduit dans les maisons autant que dans les écoles élémentaires.
Conclusion : nous savons tous ce qu'est un roman policier. Pas si sûr, pourtant. Et d'abord cette qualification a de quoi surprendre, dans la mesure où les romans dits policiers ne mettent pas souvent en scène de vrais policiers, plutôt des détectives amateurs (journaliste ou autre curieux) ou professionnels (le "privé" cher d'abord au roman américain). En France, en 1929, un des premiers critiques, Régis Messac, qui se penche sur le genre le nomme encore, en anglais dans le texte, "detective story", mais en 1938, François Fosca dans un essai, Histoire et technique du roman policier, utilise l'expression "roman policier", elle est restée, peu à peu remplacée cependant, dans le vocabulaire familier, par le terme "polar", abréviation semi-méprisante (le suffixe -ar(d) est toujours péjoratif en français), finalement adoptée, intégrée au dictionnaire et nommant un genre multiforme.
Le roman policier, ça commence quand ?
Pas chez les Grecs, comme certains s'empressent de le dire en faisant d'Oedipe, roi mythique de Thèbes, héros bien connu par la pièce de Sophocle, Oedipe-roi,  le premier personnage d'une histoire policière, enquêteur se découvrant assassin au bout de son enquête, tant et si bien qu'il a fini par entrer dans la fameuse Série noire, en 1994, sous la signature de Didier Lamaison. L'intrigue pourrait en effet, appartenir à un roman policier mais pour le lecteur-spectateur, aucune révélation n'est attendue puisque, lui, sait depuis le début ce qu'il en est. Depuis plus de 2000 ans qu'Oedipe alimente la réflexion, ce n'est pas en héros d'une histoire policière, loin s'en faut.
Pas davantage chez les Romains, pas plus que dans l'une ou l'autre des cultures européennes avant le XIXe siècle. Les Chinois, eux, ont des histoires de crimes et d'enquêtes, depuis bien longtemps (c'est même une des spécialités des conteurs dès le XIIe siècle), mais leur société s'est développée différemment de celles de l'occident, et les occidentaux ne découvrent cette réalité que bien tardivement, donc pas d'influence à chercher de ce côté-là.
Et la lecture si brillante des traces qu'effectue le Zadig de Voltaire (Zadig, 1748), n'appartient pas davantage au genre, quoique l' "enquêteur" et le "lecteur" s'inspirent souvent de l'acuité de son regard et de sa réflexion pour débrouiller les plus touffus mystères auxquels ils sont confrontés.




le masque

premier volume de la première collection française consacrée au roman policier, Le Masque, créée en 1927, par Albert Pigasse, fondateur, en 1925, de la maison d'édition La Librairie des Champs Elysées.

Le roman policier fait son apparition au XIXe siècle, après la première révolution industrielle, dans le cadre de l'expansion urbaine dont il privilégie le décor pour ses intrigues.



Un cadre privilégié : la ville
Une intrigue privilégiée : le mystère d'un meurtre
Un personnage privilégié : l'enquêteur
Un déroulement particulier : du présent du meurtre aux conditions de celui-ci, ce qui signifie, comme Caillois l'analysait déjà en 1941 (Le Roman policier, Sur, Buenos-Aires), l'organisation du récit sur deux temporalités: celle du présent de l'enquêteur orientée vers le futur de la solution, et celle de l'enquête qui va du présent au passé.



Ces ingrédients sont indispensables, même si au fil du temps, la créativité des auteurs va les associer (voire, plus tard, les dissocier) dans des configurations de plus en plus complexes.
La première configuration, toujours utilisée au XXIe s. est celle du roman d'énigme, de détection, de mystère, roman-problème. Elle se met en place dans trois nouvelles d'Edgar Poe (Le Double assassinat de la rue Morgue, 1841 — traduit par Baudelaire en 1855 ; Le Mystère de Marie Roget, 1842 — traduction de Baudelaire publiée en 1865 ;  La Lettre volée, 1844 — traduit par Baudelaire en 1855, sous le titre "Facultés divinatoires d'Auguste Dupin" ) ; Conan Doyle l'utilise à son tour en inventant l'enquêteur de référence, Sherlock Holmes ; elle se développe largement en Angleterre, mais encore aux USA aussi bien qu'en France, dans la première moitié du XXe siècle. L'écrivain emblématique de ces années-là étant Agatha Christie. C'est la période aussi où les écrivains définissent les règles auxquels ils obéissent (Austin Freeman, Van Dine avec ses 20 règles publiées dans American Magazine en septembre 1928), et où les critiques commencent à prendre au sérieux un domaine considéré par beaucoup comme ne relevant pas de la vraie littérature, bien plutôt de l'industrie du divertissement. Ces romans paraissent souvent, en effet, en feuilleton dans les journaux à grand tirage, pour n'être publiés que plus tard, en fascicules bon marché.


Des trois questions qui se posent autour du méfait (crime) initial : qui ? Comment ? Pourquoi ?, le roman d'énigme joue de toutes les possibilités du "COMMENT". C'est une littérature du jeu. L''enquêteur doit désigner, parmi un groupe restreint de suspects, le coupable du crime initial. Le lecteur rivalise avec lui pour ce faire. Peu à peu, c'est avec l'auteur que le lecteur se met à rivaliser pour éviter ses ruses et les pièges qu'il lui tend pour que l'enquêteur résolve l'énigme avant lui. Ruses et pièges pouvant aller jusqu'à l'absurde, comme s'en gausse Somerset Maugham, dans un article de 1945 (repris en volume en 1952) :
"Les écrivains se sont jetés sur toutes les découvertes médicales ou scientifiques. Ils ont poignardé leurs victimes avec des glaçons, les ont électrocutées par téléphone, ils ont injecté des bulles d'air dans leurs vaisseaux sanguins, mis des germes dans leurs blaireaux, leur ont fait lécher des timbres empoisonnés, ont caché des pistolets dans des caméras, mis au point d'invisibles rayons mortels." (Magazine littéraire, avril 1983, traduction de Robert Louis) et la liste pourrait continuer. C'est aussi la raison pour laquelle le mystère de la chambre close les fascine particulièrement et John Dickson Carr (qui signe aussi Carter Dickson) s'en fait une spécialité.
C'est ce schéma que la littérature jeunesse développe amplement, mais c'est aussi ce schéma qui alimente un large pan des productions contemporaines qui lui a donné une nouvelle vitalité en le greffant sur le roman historique. Van Gulik dans les années 1950 avait ouvert la voie en utilisant ses connaissances de sinologue pour imaginer à partir d'un personnage historique, le Juge Ti, actif au début de la dynastie des Tang (Ti naît en 630 et meurt vers 700), des intrigues policières permettant au lecteur de se familiariser avec la culture chinoise par le biais de la vie quotidienne des Chinois du  VIIe siècle. Aujourd'hui, Ellis Peters (la fin du Moyen Age, pendant la Guerre des Deux-Roses), Jean-François Parot (la 2e moitié du dix-huitième siècle), Anne de Leseleuc (l'antiquité romaine), Marc Paillet (le règne de Charlemagne) etc. , en font autant. L'intrigue du roman-problème sert aussi de structure à diverses entreprises de vulgarisation touchant la littérature, les sciences et les recherches médicales, le commerce international, le monde de l'édition, le fonctionnement des universités, et d'ailleurs tout sujet que l'on désire divulguer.  Il est aisé de le comprendre. Le roman problème s'est toujours donné pour but d'être un divertissement, de qualité, puisque exigeant de son lecteur de la finesse et de la perspicacité, l'invitant explicitement  — c'est le cas d'Ellery Queen — ou implicitement à rivaliser avec son enquêteur pour trouver le coupable ; que d'autre part, il est régi par la surprise ; il table donc toujours sur la curiosité du lecteur ; cette curiosité peut conduire ce dernier à s'enrichir de savoirs inattendus, les querelles religieuses du XIIIe siècle en Europe dans Le Nom de la rose (Umberto Eco, 1980 ; traduit par Jean Noël Schifano, 1982), comme elle peut le mener à prendre pour argent comptant certains délires mystico-littéraires, comme dans le Da Vinci code (Dan Brown, 2003 ; traduit par Daniel Roche, 2004).
Le roman d'énigme se porte donc bien, du moins en termes de production et de ventes.




série noire

n° 3 de la Série noire, fondée chez Gallimard, en 1945, par Marcel Duhamel. Les deux premiers étaient des romans de Peter Cheney.
Dans les années 1930, Gallimard avait déjà eu une collection spécialisée, Le Scarabée d'or (1936-1941), qui publia 29 titres.

Pourtant dans les années vingt du XXe siècle, au moment où il domine, et de loin, la production, des écrivains vont utiliser les mêmes ingrédients dans des configurations tout à fait différentes. Le "comment" cesse de les intéresser, ramené à sa brutalité première, un assassinat, sans fioritures, ce qui les intéresse maintenant c'est le "QUI" et partant le "POURQUOI". C'est dire qu'ils réinsèrent l'intrigue dans un contexte socio-économique. Le "père" de ce courant que les Etasuniens de l'époque vont appeler "hard boiled" ou "Tough guy novel" romans de "durs", est indubitablement Dashiell Hammet.
Le personnage de l'enquêteur reste, le plus souvent, le héros de ces histoires, mais il n'est plus le "détective" ou le "journaliste" qui analyse, déduit, reconstitue un puzzle, il descend dans la rue, se confronte physiquement au crime comme désordre social, et non plus comme "problème mathématique" (la formule est de Caillois). Il entre en contact avec  toutes les couches sociales, travaille avec (et souvent contre) la justice et la police, et dévoile dans ses tribulations les dessous d'une société urbaine communément gangrenée par l'injustice et la corruption. Le "pourquoi" se résume, le plus souvent, à l'argent et au pouvoir, mais les filets dans lesquels ces motivations primaires, autant que premières, se tissent, sont toujours inattendus. C'est toujours la curiosité qui anime le lecteur, mais une curiosité tournée vers le désir de savoir à quoi sont dus les dysfonctionnements qu'il perçoit, à la lecture de son journal, dans la société où il vit. C'est dire le lien étroit que ce roman entretient avec le fait divers. C'est dire aussi que la terminologie y trouve sa justification, car si le roman est "policier" c'est parce qu'il prend pour sujet privilégié, ce qui relève de droit (sinon de fait) de l'activité policière. Le roman, du coup, va démultiplier les personnages (très peu nombreux dans le roman d'énigme, puisque le criminel doit pouvoir être identifié par le lecteur, il faut nécessairement restreindre les possibilités et lui fournir tous les éléments de l'enquête). Il va les caractériser, en particulier,  par les niveaux de langue employés, introduisant le langage familier voire argotique.
L'autre mutation va concerner le traitement des lignes temporelles. L'enquêteur de ce que l'on nomme en France le "roman noir" va bien chercher dans le passé (il faut reconstruire les événements qui conduisent au crime), mais c'est surtout le présent qui l'intéresse et ce présent a tendance à ouvrir sur un avenir que l'événement initial déclenche, il n'y a pas que des motivations passées, il y a des conséquences. Le crime n'est pas isolé dans le temps, il a forcément des répercussions, et le travail de l'enquêteur va les faire surgir au grand jour.
A l'énoncé souvent plat du roman d'énigme, tendu tout entier vers sa résolution qui en fait tout l'intérêt, si bien qu'une fois dévoilée le lecteur s'ennuie à la relecture, succède une rédaction subtile, proprement littéraire, du moins pour ceux qui vont laisser leur marque dans l'histoire du genre. Cette production est, en effet, pléthorique (dans les années cinquante, en France, une collection comme la Série noire de Gallimard, publie jusqu'à 8 romans par mois). Si la rédaction en est relativement sèche, concentrée sur la succession rapide des actions, progressant aussi beaucoup à travers des dialogues, ces auteurs, contrairement à ce qui est souvent dit, ne s'interdisent jamais la réflexion, encore moins les descriptions ni les portraits des personnages, dans des notations brèves mais efficaces où un individu se définit fort bien à travers le simple choix d'une cravate.


C'est l'ensemble le plus riche et le plus diversifié de la production, celui aussi qui donne au roman policier sa place dans la littérature. On y peut inclure des écrivains aussi différents que Dashiell Hammet et Raymond Chandler, que Georges Simenon et Léo Malet, que Jean-Patrick Manchette et Stieg Larsson. C'est aussi sans doute celui qui donne son visage à ce genre pour avoir fourni une grande partie des scénarios des "films noirs" qui en ont diffusé les "images" auprès d'un vaste public, en même temps qu'en retour il subissait son influence, dans une construction en séquences (succession de scènes, importance des ellipses, raccords laissés au soin du lecteur), par exemple.
Prenant pour personnage principal un "dur" (qualité essentielle du "nouveau" détective qui doit payer de sa personne), il s'est aussi aventuré de l'autre côté, du côté des "durs" de la pègre ; "parrains" de la mafia, ou petits truands visant à devenir grands, il dévoile l'autre "face" d'une société donnée, celle où les règles du jeu sont les mêmes, mais bien plus visibles, ramenées à leurs composantes brutes sans le vernis imposé par les lois : l'autre y est toujours perçu comme un concurrent potentiel, et à éliminer, au sens le plus matériel du terme, avant qu'il ne le devienne vraiment.
Ces romans varient dans le temps et dans l'espace puisqu'ils s'inscrivent, par principe, dans une société donnée, même s'ils s'influencent réciproquement.
Certains écrivains, dans cette perspective de compréhension d'une société ont choisi de suivre un même personnage d'enquêteur, travaillant dans tous les milieux, fonctionnaire de police comme le héros récurrent de Simenon, le commissaire Maigret, ou détective privé, comme Nestor Burma, héros de Léo Malet. Parfois, groupe de policiers, comme les "détectives " de Ed McBain, travaillant tous dans le même commissariat d'une ville imaginaire qui ressemble fortement à New York. Parfois ce héros récurrent poursuit ses enquêtes dans le temps, ainsi de Matt Scudder (Lawrence Block) ou Pepe Carvalho (Montalban) ou Wallander (Henning Mankell)  faisant apparaître les mutations progressives de leurs villes (New York,  Barcelone) ou de leur pays (la Suède).
Reflets des préoccupations de leur époque et de leur société, ces romans se prêtent à toutes les relectures, la résolution de l'énigme laissant bien sûr intactes toutes les autres dimensions (sociologiques, psychologiques, philosophiques, voire esthétiques, mais si... mais si...) des romans.




Alex Raymond

Alex Raymond (1909-1956), dessinateur étasunien, créateur de Guy L'Eclair (Flash Gordon, à partir de 1934), puis, en 1946, de Rip Kirby, détective privé qui a toutes les caractéristiques des privés  du roman noir, et la même propension à trouver sur son chemin de splendides jeunes femmes.

Des variations nouvelles apparaissent épisodiquement qui ne durent guère. Ainsi, l'intérêt pour les personnages du "milieu" (les truands de tous bords) qui a donné dans les années 1950, en France, une série de romans entièrement écrits en "argot" (ex. Simonin, Touchez pas au Grisbi !), devenus au fil du temps, quasi illisibles, puisque l'argot est la part vive de la langue qui se démonétise le plus rapidement, chaque génération inventant le sien et recouvrant le précédent, sans parler de réalités sociales devenues parfois incompréhensibles au lecteur du XXIe siècle. Une exception, toutefois, les romans policiers signés San Antonio (pseudonyme de Frédéric Dard), écrits à la première personne par le commissaire portant ce nom, et qu'ont sauvé de l'oubli, le jeu avec la langue qui ne se contentait pas de l'argot, mais inventait à foison des néologismes, amusants le plus souvent, développait des métaphores cocasses et surprenantes, prenait à partie le lecteur, dévidait moultes réflexions sur la langue, la société, où le lyrisme le dispute à la satire, outre les personnages, le commissaire et son adjoint Bérurier, nouveaux Don Quichotte et Sancho Pança (les deux héros de Cervantès n'en finissant pas de se réincarner). San Antonio a fait les beaux jours du Fleuve noir pendant des décennies, et continue, par-delà la mort de son auteur, à amuser un lectorat qui lui semble toujours fidèle. Comme Ian Flemming, Frédéric Dard a des continuateurs.
D'autres variations ont été jouées sur ces mêmes règles : celle du roman fondé sur le suspense, celle du roman fondé sur la menace, la peur, ce qu'en français on catalogue "thriller", celle du roman dit d'espionnage, souvent roman policier à dimension internationale, qui se développe au moment de la Guerre Froide, dans les années 1950, mais se perpétue.
Le roman d'espionnage, qu'incarne parfaitement le James Bond imaginé par Ian Flemming, puis ses successeurs, ajoute à la dimension de l'enquête le caractère exotique de ses décors.  Il est de toutes les variantes du roman policier, le plus proche du roman d'aventures. Il obéit à des règles encore plus étroites que le roman d'énigmes : une question d'actualité (de préférence avec un horizon catastrophique, guerre mondiale, attentat terroriste à dimension planétaire), des voyages avec descriptions proches du guide touristique (et sans doute puisées dans ces derniers), scènes d'actions (violentes, particulièrement brutales, la torture n'étant nullement interdite, voire conseillée) suivies de scènes de sexe explicites. C'est presque aussi balisé dans le genre que les romans d'amour dont les éditions Harlequin ont la spécialité. Le pire, ou le meilleur, selon le point de vue, étant, en France, la série SAS.
La formule du roman policier se retrouve dans la bande dessinée, depuis les années 1930 aux Etats-Unis, plus récemment en France, mais tout aussi florissante. Tardi, par exemple, a adapté un certain nombre d'aventures de Nestor Burma, à commencer par Brouillard au pont de Tolbiac. L'adaptation est la règle la plus courante, mais d'autres dessinateurs et scénaristes inventent aussi des histoires originales, comme François Rivière avec Le Privé d'Hollywood, 1983 (en collaboration avec Philippe Berthet, dessinateur, et José Louis Bocquet, co-scénariste).



En conclusion, le roman policier, le polar, se reconnaît à son intrigue qui se construit par et pour un crime. Le crime n'en est jamais le prétexte, ni un élément annexe chargé de dévoiler un personnage ou une situation sociale. Thérèse Raquin (E. Zola), ou La Bête humaine (E. Zola) ou La Fille Elisa (E. et J. Goncourt) ne sont pas des romans policiers quoique le crime y soit un événement essentiel. Dans le roman policier, il s'agit ou de démasquer un coupable (roman d'énigme) ou de découvrir (au sens de mettre à jour), de désembrouiller les multiples fils dans lesquels un crime s'inscrit et s'explique socialement. Henning Mankell ne dit-il pas : " Le polar est le genre littéraire idéal pour mettre en scène les dysfonctionnements de notre société, sans pour autant tomber dans le manichéisme." (Télérama, 20 novembre 2010) et le regretté Jacques Le Goff, dans une interview, citait de lui cette phrase encore plus explicite : "je travaille dans une vieille tradition qui remonte aux Grecs anciens qui utilisaient le miroir du crime pour observer ce qui se passe au sein de la société entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui ne l'ont pas."


 


A découvrir
: les collections spécialisées les plus importantes sur le site polars.org.
Un travail universitaire (Daniel Chevrier, Université Rennes 2, 2009) sur la stratégie éditoriale des romans policiers et l'illustration.
A lire : une très intéressante interview de Butor, par Gilberte Jean,  définissant le roman policier comme un analgésique (Erudit).



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